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Covid-19 : face au variant Omicron, la 3e dose protège-t-elle à plus de 90% des formes graves ?

par Caroline QUEVRAIN
Publié le 18 décembre 2021 à 15h56
Hôpital de Bastia, 15 décembre 2021

Hôpital de Bastia, 15 décembre 2021

Source : PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

VACCINATION - Jean Castex a insisté sur l’efficacité vaccinale contre les variants et notamment contre Omicron. En cas de dose de rappel, les vaccins à ARNm empêcheraient de développer une forme grave dans plus de 90% des cas, assure le Premier ministre, qui se fonde sur la version préliminaire d’une étude.

Contre toute-attente, le gouvernement a cédé à l’hypothèse du pass vaccinal, ne permettant plus qu’aux vaccinés d’accéder à certains établissements et certaines activités. Tandis qu’un projet de loi en ce sens sera présenté le 5 janvier en Conseil des ministres, le Premier ministre a insisté vendredi 17 décembre sur la nécessité de faire sa dose de rappel contre le Covid. 

En conférence de presse, Jean Castex a cité des chiffres pour illustrer l’efficacité vaccinale face au variant Omicron, qui semble être plus contagieux que tous les précédents variants : "Les premières données scientifiques dont nous disposons montrent qu’avec deux doses, le vaccin semble efficace à 70% contre les formes graves de Omicron, ce qui est déjà très important. Avec trois doses ou l’équivalent, cette barrière de protection augmente fortement et dépasse de nouveau les 90%." 

70% contre les formes graves avec 2 doses

Alors, que sait-on de la résistance de ce nouveau variant aux vaccins actuels ? Et en particulier sur le risque de développer une forme grave de la maladie ? En réalité, il n'existe pas d'études exhaustives sur les caractéristiques d’Omicron (contagiosité et dangerosité) et l'efficacité vaccinale, faute de nombre de cas suffisants. Mais les premiers résultats publiés en Afrique du Sud, où le variant a été découvert, et au Royaume-Uni sont encourageants. Une étude conduite par Discovery Health, une assurance maladie privée d'Afrique du Sud, a été menée à partir de 211.000 tests PCR positifs, dont 78.000 attribués à Omicron. 

Sur le modèle d’une double vaccination au Pfizer, l’étude observe un échappement immunitaire avec Omicron, avec seulement 33% d’efficacité contre le risque de contamination, mais une bonne résistance contre les formes graves du Covid : le vaccin protègerait à 70% d’un risque d’hospitalisation liée à la maladie. Problème, dans un pays où seule 26% de la population est complètement vaccinée, selon la plateforme Our World in Data, et où la dose de rappel n’est même pas envisagée pour l'instant, le seul scénario présenté ici est celui d'une double vaccination.

Le Royaume-Uni, un cas d'école

Pour évaluer l’efficacité de la troisième dose, il faut regarder du côté des Britanniques qui ont là encore une longueur d’avance. Et cela pour deux raisons : Omicron circule largement dans le pays (plus de 5000 tests séquencés étaient déjà attribués à Omicron la semaine du 5 décembre, contre 30.000 pour le Delta, selon le consortium en charge du séquençage) et 45% des plus de 12 ans avaient déjà reçu une dose de rappel mercredi 15 décembre. De quoi donner de la matière aux chercheurs voulant se pencher sur l’efficacité de la dose de rappel face à Omicron. 

Dans une étude publiée le 9 décembre en pré-print (une version pas encore validée par ses pairs), l’Agence britannique de sécurité sanitaire a analysé 581 cas du variant Omicron et 56.439 cas du variant Delta. D'après l'analyse de ces tests, une dose de rappel Pfizer reçue deux semaines plus tôt protègerait entre 71% et 75% des formes symptomatiques. Mais s’agissant du risque de développer une forme sévère, le nombre de cas analysé ici est trop faible pour parvenir à des résultats, estiment les auteurs, qui se montrent pourtant optimistes : "Il faudra attendre quelques semaines avant de pouvoir estimer l'efficacité d'Omicron contre la maladie grave, mais sur la base de cette expérience, il est probable qu'elle sera sensiblement plus élevée que les estimations contre la maladie symptomatique des variantes préoccupantes du SRAS-CoV-2 et des variantes à l'étude en Angleterre." 

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Une autre étude est allée plus loin à partir de modélisations fondées sur quatre études différentes, dont celles du laboratoire Pfizer et de l’agence britannique de sécurité sanitaire. Publiée sur medRxiv le 14 décembre, un site de prépublications dans la recherche médicale, elle se penche sur l'efficacité de la double vaccination et celle de la dose de rappel. Dans le cas de deux doses de vaccin Pfizer ou Moderna reçus six mois plus tôt, le risque de formes symptomatiques serait freiné à 40% et celui de formes graves à 80%. Dans le cas d’une dose de rappel avec un vaccin à ARNm, les formes symptomatiques seraient évitées à 86,2% et les formes sévères à 98,2%. 

"Les données sur la perte de neutralisation contre la variante Omicron révèlent une fuite considérable des réponses neutralisantes, mais indiquent que des niveaux élevés de protection contre les infections symptomatiques et sévères sont susceptibles d'être atteints" en misant sur "les vaccins existants qui ciblent la protéine" Spike, soit les vaccins à ARNm, concluent les chercheurs. Ce sont ces derniers résultats qui ont été cités par Jean Castex lors de son point presse du 17 décembre, et qui se retrouvent également dans l'avis du Conseil scientifique sur le variant Omicron, mis à jour le 16 décembre. Ils méritent toutefois d'être validés par une publication dans une revue scientifique, mais aussi confirmés par d'autres données issues de la vie réelle.

Variant Omicron : de premières études rassurantesSource : JT 20h Semaine

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Caroline QUEVRAIN

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