Un internaute affirme que la protéine spike induite par les vaccins à ARN messager se retrouverait dans le lait maternel.
Il s'appuie sur une ancienne interview truffée de fausses informations.
Les experts interrogés nous assurent que la protéine n'est pas transmise dans le lait maternel, contrairement aux anticorps.

C'est un sujet ultrasensible, à l'origine de nombreux fantasmes et fausses informations. Depuis l'ouverture de la vaccination contre le Covid-19 aux femmes enceintes, en avril dernier, des internautes alertent sur de prétendus impacts chez le fœtus et la mère. Nouvelle rumeur apparue ce mercredi 9 février sur les réseaux sociaux : la protéine spike, dont une copie est produite lors de la vaccination contre le Covid-19 par ARN messager, se retrouverait dans le lait maternel. Pour répondre à cette inquiétude, nous avons interrogé deux chercheurs de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Le message de l'internaute fait référence à une petite phrase passée inaperçue dans une interview qui remonte au 1er juin 2021. Dans un entretien notamment traduit par le blog France Soir, un certain Byram Bridle évoquait la vaccination à ARN messager, dont le principe est de montrer au corps les instructions pour la synthèse de la protéine spike. Or, selon ce docteur du Collège vétérinaire de l'Ontario, celle qu'on appelle aussi la "protéine de pointe" serait "dangereuse et toxique". Une rumeur complètement erronée, qui avait rapidement fait le tour des sphères anti-vaccin. Comme nous l'expliquions déjà ici, le spécialiste en immunologie virale s'appuyait sur des documents authentiques, mais en faisait une interprétation trompeuse. 

Désormais, c'est une autre de ses affirmations qui attire l'attention. Celle selon laquelle la protéine spike serait "transmise par le lait maternel aux enfants allaités". Ici, ce docteur au Collège vétérinaire ne citait aucune étude précise, affirmant simplement l'avoir observé dans les données du très officiel "Vaccine Adverse Event Reporting System". Baptisé plus communément "Vaers", c'est le programme de signalement des effets indésirables des vaccins aux États-Unis. Or, la mort d'un nourrisson dont la mère était vaccinée, a bien été recensée à cause d'une "purpura thrombotique thrombocytopénique", un trouble rare, dans lequel de petits caillots sanguins se forment soudainement. 

Seulement, cette analyse comporte plusieurs erreurs. Tout d'abord, en aucun cas les informations du Vaers ne démontrent de relation causale entre le vaccin et les effets enregistrés. Comme nous l'explique Marie-Ghislaine de Goër, docteure en immunologie à l'Inserm, "rien dans le lien du Vaers n'établit de lien de causalité entre la vaccination de la mère et le décès de l'enfant". Le site lui-même, prévient que "les rapports du Vaers ne peuvent être utilisés pour déterminer si un vaccin a causé ou contribué à un événement indésirable". Car ce système fonctionne sur un modèle de signalement "passif", ce qui signifie que tout le monde peut soumettre un "effet secondaire" très facilement.

De plus, comme le relevait la presse allemande, ce signalement d'un lait maternel contaminé à la protéine de pointe présente une incohérence de taille. Selon les informations du rapport, la patiente avait reçu sa deuxième dose de vaccin Pfizer le 17 mars 2020. Or, il n'y avait pas de vaccins homologués à ce moment-là. Par ailleurs, concernant la maladie en elle-même, qui peut être liée à des facteurs génétiques ou causée par des autoanticorps, il paraît "hautement improbable qu'une telle pathologie puisse être déclenchée en quelques heures par un hypothétique passage de la protéine spike dans le lait maternel", selon Marie-Ghislaine de Goër.

LES VÉRIFICATEURS - Y a-t-il un lien entre l'infertilité et l'inoculation de vaccin à ARN messager ?Source : JT 20h WE

Un phénomène inenvisageable

Le cas avancé par le professeur Bridle est donc contestable. Et n'amène aucunement la preuve d'un impact du vaccin dans le lait maternel. Par ailleurs, les travaux du docteur sur ce sujet ne sont retracés dans "aucun article, ni sur Pubmed, ni sur les serveurs de preprint", relève l'ingénieure au sein de l'unité Immunologie intégrative des tumeurs et immunothérapie du cancer de l'Inserm. La seule trace de cette théorie se trouve dans une revue où Bryam Bridle "établit des liens entre différentes publications, sans amener de preuves expérimentales de ce qu'il affirme".

"Aucune étude ne montre que ce serait le cas", comme nous le confirme le Professeur Olivier Picone, gynécologue obstétricien et président de la Fédération française des centres de diagnostic prénatal. Auprès de TF1info, ce spécialiste de l'Inserm estime que, même d'un point de vue théorique, un tel phénomène serait difficilement envisageable. "La protéine spike est fabriquée dans les cellules du muscle deltoïde après vaccination et est ensuite exprimée à la surface des cellules du muscle deltoïde", rappelle-t-il. "Cette protéine ne circule donc pas dans le sang, et ne se retrouve pas dans le lait." Une telle idée serait d'autant plus absurde que, même au cours d'une contamination au Covid-19, lorsque le virus circule librement dans le sang, "aucune publication n'a trouvé de la protéine spike dans le lait maternel". 

Par contre, les spécialistes interrogés à ce sujet relèvent tous que la vaccination a bien un effet sur le lait. Et celui-ci est bénéfique. "Les anticorps, eux, passent dans le lait et c'est tant mieux", nous explique ainsi le Professeur à l'Université Paris Diderot, citant une récente étude parue dans la revue Obstetrics & Gynecology. Dans ces travaux, des chercheurs de l'Université du Massachusetts ont analysé les échantillons de 30 femmes, vaccinées entre janvier et avril 2021, qui ont fourni du lait maternel avant d'être inoculées, puis trois semaines après la première et la deuxième dose. Les analyses n'ont trouvé aucune protéine de pointe. Au contraire, elles ont montré que les anticorps "sont transférés via le lait maternel". Ce qui protège le nourrisson. 

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Felicia SIDERIS

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