Non, le CSA n'a jamais appelé les médias à boycotter le Pr Perronne

Publié le 16 décembre 2021 à 13h52
Le CSA rappelle qu'il ne fait jamais preuve d'ingérence dans le choix des invités.
Le CSA rappelle qu'il ne fait jamais preuve d'ingérence dans le choix des invités. - Source : Capture écran YouTube

VICTIMISATION - Régulièrement décrié pour ses prises de position dans le cadre de l'épidémie, le Pr Christian Perronne soutient que le CSA fait pression sur les médias pour ne pas le recevoir. Faux, ce dernier n'en a pas le pouvoir et ne contrôle jamais le choix des invités, même sulfureux.

Ancien chef de service au sein de l'APHP, le Pr Christian Perronne est devenu au cours de la crise sanitaire une figure des mouvements antivax. Régulièrement épinglé pour les fake news qu'il propage en marge de l'épidémie, il a par exemple soutenu que le vaccin contre le Covid-19 n'empêchait pas la transmission, y voyant une première "depuis Pasteur". Une affirmation fausse, comme nous vous l'expliquions début décembre.

Invité d'un récent "doctothon", un live de 24 heures diffusé en ligne et rassemblant toutes les figures de la complosphère francophone, le Pr Perronne s'est réjoui d'une telle initiative. Il en était d'ailleurs le parrain, aux côtés de la députée Martine Wonner (ex-LaREM), autre égérie des collectifs anti-vaccins. Cet événement lui a permis de livrer sa vision de la situation sanitaire, tout en glissant au passage un tacle au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). "Je veux toujours bien m'exprimer, malheureusement c'est le CSA qui a demandé aux médias de plus me recevoir", a-t-il lancé. "Faux", rétorque l'institution, qui rappelle ses prérogatives et spécifie qu'elle n'a aucun droit de regard sur les invités des chaînes de télévision ou des radios. 

Les médias libres d'inviter qui ils le souhaitent

Un boycott du Pr Peronne serait-il orchestré par le CSA ? L'argumentaire semble curieux, d'autant que lors des dernières semaines, ce dernier a notamment été invité de CNEWS, de Radio Courtoisie ou du média russophile Sputnik. Surtout, le rôle du CSA n'est pas de valider ou de contester le choix de solliciter tel ou tel intervenant. Sollicité par LCI, le Conseil insiste sur le fait qu'il "n'intervient jamais a priori", en amont d'une diffusion. "Notre travail consiste, une fois saisi, à vérifier que les chaînes n'ont pas manqué à leurs obligations. Qu'elles soient légales ou conventionnelles."

En pratique, il s'agit pour le CSA de s'assurer que les télés et radios respectent les lois en vigueur, comme celle n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication (dite Loi Léotard). Elle stipule entre autres la libre communication, un principe fondateur qui "ne peut être limité que dans la mesure requise, d'une part, par le respect de la dignité de la personne humaine, de la liberté et de la propriété d'autrui, du caractère pluraliste de l'expression des courants de pensée et d'opinion et, d'autre part, par la protection de l'enfance et de l'adolescence, par la sauvegarde de l'ordre public, par les besoins de la défense nationale, par les exigences de service public, par les contraintes techniques inhérentes aux moyens de communication, ainsi que par la nécessité, pour les services audiovisuels, de développer la production audiovisuelle".

Les chaînes, par ailleurs, signent des conventions avec le CSA, qui les engagent et sont ensuite utilisées comme base pour évaluer si les programmes diffusés se conforment à un cadre réglementaire. Ces textes sont accessibles à tous, à l'instar de celui signé par TF1. Il stipule entre autres que "l’éditeur veille dans son programme" à "ne pas inciter à des pratiques ou comportements dangereux, délinquants ou inciviques ; à respecter les différentes sensibilités politiques, culturelles et religieuses du public ; à ne pas encourager des comportements discriminatoires en raison de la race, du sexe, de l’orientation sexuelle, de la religion ou de la nationalité"

Il doit par ailleurs veiller à "promouvoir les valeurs d’intégration et de solidarité qui sont celles de la République et à lutter contre les discriminations ; à prendre en considération, dans la représentation à l’antenne, la diversité des origines et des cultures ; à respecter la délibération du Conseil supérieur de l’audiovisuel relative à l’exposition des produits du tabac, des boissons alcooliques et des drogues illicites à l’antenne des services de radiodiffusion et de télévision".

Rien n'empêche donc les médias d'inviter le Pr Perronne. De la même manière qu'ils pourraient accueillir sur leurs plateaux d'autres personnalités controversées, que ce soit l'humoriste Dieudonné ou des personnes lourdement condamnées par la justice. Il est toutefois de la responsabilité des chaînes de veiller au strict respect des lois et de garantir la présence d'une parole contradictoire. Ne pas laisser n'importe qui raconter n'importe quoi, en résumé. Si Christian Perronne est intervenu à de multiples reprises dans les médias depuis le début de l'épidémie sans que le CSA y trouve à redire, le Conseil avait épinglé en janvier la radio RMC, jugée fautive pour avoir affiché un manque de "rigueur", "d'équilibre" et de "maîtrise de son antenne". Le médecin avait en effet quelques mois plus tôt soutenu que l'épidémie ne "tuait plus" en France. Sans qu'une contradiction suffisante ait été apportée à de telles affirmations trompeuses. 

Pour expliquer la raréfaction des interventions médiatiques du Pr Perronne, il apparaît donc mensonger de pointer du doigt la responsabilité du CSA. Sans doute faut-il plutôt s'interroger sur la pertinence des propos tenus par l'ancien chef de service de l'APHP. Démis de ses fonctions à l'hôpital de Garches il y a presque un an jour pour jour, sa direction avait invoqué des "propos considérés comme indignes de la fonction qu'il exerce". Tout en rappelant que ses sorties controversées lui avaient déjà valu précédemment une série d'avertissements, dont il n'avait pas tenu compte.

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.


Thomas DESZPOT

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info