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Covid-19 : observe-t-on une "augmentation brutale de la mortalité" dans les pays très vaccinés ?

Felicia Sideris
Publié le 7 janvier 2022 à 18h02
Covid-19 : observe-t-on une "augmentation brutale de la mortalité" dans les pays très vaccinés ?

Source : istock

SURMORTALITÉ - L'avocat anti-vaccin Fabrice Di Vizio a affirmé mercredi dans l'émission TPMP qu'il existait une "augmentation brutale de la mortalité" dans les pays les plus vaccinés. C'est faux.

C'est sans aucune interruption qu'il a déversé ses théories anti-vaccin à une heure de grande écoute. Devant les caméras de TPMP, Fabrice Di Vizio a voulu "résumer" ce mercredi 5 janvier les arguments qui le poussent à s'opposer à la vaccination contre le Covid-19. Au milieu de la multitude de justifications entendues par le passé, l'avocat du professeur Didier Raoult a révélé l'existence d'une "note" prétendument publiée le jour même. Selon lui, celle-ci montrerait que les pays "ultra-majoritairement" immunisés ont remarqué "une augmentation brutale de la mortalité sur un mois et demi". Phénomène dont on ne connaitrait "pas la cause" et que l'avocat n'a donc pas hésité à lier à la campagne vaccinale. Qu'en est-il réellement ? 

Une surmortalité en Europe...

Aucune de nos recherches n'a permis de remettre la main sur cette "note" évoquée par l'avocat au barreau de Paris visé par une enquête disciplinaire. Interrogé par nos soins, l'intéressé, qui n'en n'est pas à sa première rumeur infondée, n'a pas répondu à nos sollicitations.

Ceci dit, le jour même, certains internautes ont alerté sur ce même phénomène sur les réseaux sociaux. S'appuyant sur les statistiques de la mortalité en Europe, ils assurent que ces données "montrent un excès de mortalité généralisé en 2021 depuis l'utilisation du vaccin" en population générale. Sur les graphiques qui illustrent l'un de ses tweets, on voit effectivement la courbe de la "surmortalité en Europe" (en anglais sur l'image ci-dessous) grimper en 2021. Et juste avant son explosion, une flèche nous indique le "début de la vaccination chez l'adulte" ou chez le "jeune". Alors comment l'expliquer ? 

Un internaute assure que "l'excès de mortalité généralisé en 2021" en Europe est lié à la vaccination - Twitter

La source de ce graphique est assez robuste. Il est issu du projet EuroMomo pour "European Monitoring of excess Mortality for public health action", soit le réseau de "surveillance européenne de la surmortalité pour une action de santé publique", en français. Mis en place à l'échelle du continent, il a pour objectif "d'homogénéiser" les données sur le sujet et avoir des résultats comparables entre chaque pays, comme l'expliquait Santé publique France en 2013.  

Or, le dernier bulletin du EuroMomo portant sur l'ultime semaine de 2021 souligne bel et bien une "surmortalité substantielle" observée à travers les données des 25 pays européens participants au projet. Phénomène que l'on peut visualiser à travers les différents graphiques mis en ligne sur le site du projet. La courbe de la surmortalité chez les personnes âgées de 15 à 44 ans semble dépasser celle de l'année 2020 à partir de la semaine du 26 avril. Soit, selon l'internaute, au moment de l'ouverture à la vaccination pour cette tranche de la population. Un constat inexact. En France par exemple, l'élargissement de la vaccination à toutes les personnes âgées de 18 à 49 ans ne s'est fait que le 12 mai, soit après le "décollage" de cette courbe.

Quant aux enfants, on voit la surmortalité dépasser celle de l'année précédente et la moyenne générale en semaine 38, soit à partir du 20 septembre dernier. Encore une fois, cet événement ne coïncide pas avec l'ouverture à la vaccination pour cette tranche d'âge. Il a fallu attendre le 25 novembre, soit deux mois plus tard, pour que les autorités sanitaires européennes donnent leur feu vert à la vaccination des enfants de 5 à 11 ans.

... portée par les pays peu vaccinés !

Au-delà de ces seules contradictions autour du calendrier, comment expliquer cette hausse de la mortalité ? Et peut-elle être liée à la vaccination ? Non, bien au contraire. À l'opposé de ce que dit l'avocat anti-vaccin, ce triste phénomène n'est pas visible dans les pays "majoritairement vaccinés"... mais bien dans ceux qui n'ont pas protégé leur population ! 

Ainsi, ni le Portugal ni Malte, champions de la vaccination en Europe avec respectivement 89% et 84% de la population immunisée, n'ont connu de hausse conséquente de la mortalité depuis le début de l'année 2021. Et en Espagne, troisième sur le podium, la mortalité a même diminué les derniers mois de 2021. Idem en France, où 74% de la population totale a reçu ses injections contre le Covid-19. 

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En réalité, la surmortalité sur le continent est essentiellement portée par les pays de l'Est peu vaccinés et touchés par une vague de contaminations particulièrement mortelles. C'est le cas par exemple de la Hongrie qui, avec seulement 62% de sa population protégée, est l'un des pays avec la surmortalité la plus élevée du continent. Cas encore plus frappant, la Bulgarie. Selon les données du EuroMomo, cet État qui n'a vacciné que 28% de sa population a enregistré 58.440 décès supplémentaires depuis avril 2020. Le 16 novembre dernier, l'agence Reuters se penchait d'ailleurs sur la situation de ce pays, "le moins vacciné de l'UE", où les décès "dépassent de 50% la normale". 

Pour résumer, et contrairement à ce qu'a affirmé Fabrice Di Vizio, l'Europe de l'Est est désormais devenue l'épicentre de la surmortalité sur le continent. Et ce, en raison même du retard pris dans le déploiement de la vaccination.

Covid-19 : qui sont les 5 millions de non-vaccinés de France ?Source : JT 20h Semaine
JT Perso

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