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Covid-19 : en Espagne, moins de contaminations dans les régions sans pass sanitaire ?

Felicia Sideris
Publié le 15 janvier 2022 à 18h15, mis à jour le 16 janvier 2022 à 10h58
JT Perso

Source : TF1 Info

PASS SANITAIRE - Un médecin de Barcelone a témoigné ce vendredi sur LCI de la situation sanitaire en Espagne. Il a notamment assuré qu'une "étude parue dans la presse" montrait que les régions espagnoles sans "passeport Covid" enregistrent le moins de contaminations.

Mise à jour du 16 janvier

Suite à la publication de cet article, le Dr Philippe Emanuely nous a précisé la source de ses propos. Nous l'avons ajoutée ici.

C'est la preuve à ses yeux que l'Espagne est un pays "formidable". Interrogé sur LCI ce vendredi 14 janvier, le docteur Philippe Emanuely, qui exerce à Barcelone, a affirmé qu'une "étude incroyable" prouvait l'inefficacité du pass sanitaire dans la lutte contre le Covid-19. Tandis que chaque communauté autonome peut choisir d'appliquer ou non le "certificado covid", des travaux montreraient "que la propagation de l'épidémie est inférieure dans les communautés autonomes qui n'ont pas adopté le pass sanitaire". C'est très inexact.

"La même incidence" chez les uns et les autres

Aucune de nos recherches n'a permis de remettre la main sur cette "étude" évoquée par le médecin généraliste. Par contre, il existe bien deux articles de presse sur le sujet. Le premier, titré "le pass sanitaire n'arrête pas Omicron", a été publié le 12 janvier dans le quotidien El Periódico de España, un nouveau journal national lancé à l'automne dernier par le grand groupe espagnol Prensa Ibérica. Ceci dit, l'article n'explique absolument pas "que la propagation de l'épidémie est inférieure" dans ces régions. Il titre en réalité sur ces régions qui subissent "la même incidence que les autres".

 

Treize communautés autonomes exigent actuellement ce sésame, notamment pour accéder à des bars, des restaurants ou des salles de sport. Or, parmi elles, on trouve les trois communautés qui comptabilisent le plus de cas quotidiens, soit la Navarre, le Pays basque et l'Aragon. Les deux premières régions ont rendu obligatoire le "passeport Covid" pour l'accès aux restaurants, boîtes de nuit, hôtels et salles de sport. Quant à l'Aragon, ce certificat n'est demandé qu'à l'entrée des boites de nuits d'une capacité de 50 personnes ou plus. Cependant, font aussi partie de cette liste des communautés exigeant un "passeport Covid" les îles Canaries et l'Andalousie. Or, ces territoires sont, au contraire, ceux qui observent le taux d'incidence le plus faible à ce jour dans le pays. 

Enfin, sur les quatre communautés autonomes qui n'ont pas fait le choix du pass sanitaire, deux d'entre elles ont un taux d'incidence plus élevé que la moyenne nationale (Castilla y León et Extremadura).

La deuxième source, envoyée par le docteur Philippe Emanuely après la publication de cet article, titrait par contre bel et bien sur ces régions plus restrictives qui voient "leurs infections augmenter de 48%" quand celles qui ne l'ont pas implanté voient ce taux croître de 39%. Publié par le site d'actualité en ligne OkDiario le vendredi 14 janvier, l'article s'appuie sur le nombre d'infections enregistrées. C'est-à-dire que le journaliste note que dans les régions avec pass sanitaire, on comptabilise 1,6 million d'infections en plus en un mois. Tandis que dans les quatre autres qui n'ont pas adopté cette mesure, il n'y a eu "que" 638.000 infections en plus. Une analyse qui rencontre plusieurs limites, dont celle de la temporalité. Elle observe en effet les chiffres bruts un mois après la mise en place du pass, sans prendre en compte la situation sanitaire de chaque région au moment de cette décision. Les gouvernements choisissent en effet généralement de "mettre en œuvre des restrictions au moment où les cas augmentent", agissant par réaction et non par anticipation. Par conséquent, le nombre de cas peut continuer d'augmenter pendant un certain temps après la mise en œuvre de ces consignes. C'est une cause qui précède l'événement et non une conséquence. 

Si ces articles montrent bien les limites de cet outil pour freiner la propagation du Covid-19, et notamment de son variant Omicron, ils ne permettent pas de conclure sur l'efficacité ou non d'une mesure de santé publique. Par ailleurs, les experts interrogés par El Periódico de España ne critiquent pas cet outil en tant que tel, mais son utilisation. Ainsi, ils estiment qu'elle fut une mesure "trop tiède" pour faire face au nouveau variant plus contagieux apparu avant les fêtes de fin d'année, regrettant qu'elle soit "appliquée de manière inégale dans les territoires", comme le résumait Joan Carles March, professeur à l'École andalouse de santé publique. À ses yeux, il aurait fallu rendre cet outil "plus strict pour être efficace". 

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