Coronavirus : la pandémie qui bouleverse la planète

Covid-19 : porter des lunettes, un réel atout face au risque de contamination ?

Recueilli par A. LE GUELLEC
Publié le 30 septembre 2020 à 9h45
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

ÉCLAIRAGE - Une étude vient conforter la thèse selon laquelle les personnes portant des verres correcteurs sont moins infectées au Covid-19. Doit-on y voir un lien de cause à effet ? Un spécialiste nous répond.

Et si les verres de correction étaient aussi des verres de protection ? C'est ce que suggère une étude réalisée à l'hôpital Suizhou Zengdu, dans la province de Hubei, en Chine, selon laquelle les personnes portant des lunettes plus de huit heures par jour, sont moins touchées par le Covid-19 que les autres. 

Publiée dans la revue médicale Jama Opthalmology le 16 septembre, cette dernière vient conforter de précédentes recherches, publiées dans The Lancet mi-mai. Celle-ci concluait qu'une protection des yeux - visière ou lunettes - était associée à une moindre probabilité d'infection, à avoir 6 % contre 16 % sans protection. 

Faut-il pour autant oser le raccourci selon lequel les lunettes protégeraient automatiquement du coronavirus, jusqu'à encourager à en porter systématiquement en complément du masque. Nous avons demandé son avis au Professeur Bahram Bodaghi, chef du service d'ophtalmologie de la Pitié-Salpêtrière (Paris), et secrétaire général de la Société française d'ophtalmologie (SFO).

Je n'irais jusqu'à recommander le port de lunette quand on en n'a pas besoin

Pr Bahram Bodaghi

LCI : Que nous apprend plus en détails cette dernière étude et le résultat est-il surprenant ? 

Pr Bahram Bodaghi : Pour resituer le contexte, il s'agit d'une étude observationnelle menée sur plus de 275 patients en Chine. Ses auteurs ont comparé le nombre de personnes qui portaient des verres correcteurs dans la population générale, soit environ 31%, à celui qui concerne les patients hospitalisés avec un diagnostic Covid-19. Ce qui est intéressant c'est que 5% seulement d'entre eux portaient des verres correcteurs au moins huit heures par jour. Cela ne veut pas dire que la myopie elle-même ou l'amétropie seraient une protection contre le Covid-19, mais que le port de lunettes est une barrière physique. Cette étude reste toutefois une constatation, et ne suffit pas à conclure que les lunettes sont le paramètre de protection principal chez les personnes qui n'ont pas été touchées, d'autres facteurs associés au fait de porter des lunettes peuvent être liés : l'âge, le fait de ne moins se toucher les yeux... En conclusion, je n'irais jusqu'à recommander le port de lunette quand on en n'a pas besoin.

Ce que nous apprend cette étude n'est pas vraiment surprenant car on a très rapidement pris conscience du fait que les lunettes sont une protection complémentaire face au risque d'infection même si le risque le plus important de transmission demeure les voies aériennes. D'ailleurs ce risque est pris en compte dans les recommandations. Et en tant que professionnels de santé, on est habitués à cette protection quand on prend en charge des patients, et c'est encore plus vrai dans les services de réanimation et dans tous les services où le risque de contagion est élevé. Les dentistes et les chirurgiens maxillo-faciaux y ont recours aussi par exemple. Donc il y le masque et aussi des lunettes de protection puisqu'on sait que les visières de protection ne sont pas les plus efficaces.

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Pouvez-vous nous expliquer en quoi les yeux se révèlent une porte d'entrée du virus ? 

Pour commencer, il faut rappeler que quand on parle de l’œil il y a le globe et puis les enveloppes qui maintiennent ce globe dont une extérieure à l’œil, que l'on appelle la conjonctive. Celle-ci a des fonctions de défense. C'est elle qui donne l’aspect du blanc de l’œil et les traits rouges que l'on aperçoit sont les vaisseaux conjonctivaux. Or, quand il y a une infection, il y a deux moyens de contagion principaux : le premier passe par les voies lacrymales qui communiquent avec le nez, cela peut être le cas quand les enfants sont relativement enrhumés et qu'ils développent une conjonctive ou à l'inverse quand des bactéries passent par les voies lacrymales et se déversent au niveau du nez. Le second concerne la muqueuse conjonctivale elle-même, puisqu'elle est très vascularisée et pourrait être infectée mais ce mode de contagion est plus controversé dans le cas du Covid.

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Lorsque le virus atteint les yeux, comment cela se manifeste-t-il ?

On sait que les infections virales en général, et c'est le cas du Covid-19, peuvent s’accompagner de conjonctives. Donc la muqueuse conjonctivale peut être touchée. C'est-à-dire que des patients contaminés peuvent avoir des sécrétions avec du virus dans les sécrétions. Selon les études qui viennent de Chine, entre 0,7 à 3% des patients sont concernés. Mais cela reste le principal symptôme oculaire. En effet, alors que le virus touche principalement les poumons, le cœur, les yeux sont relativement épargnés malgré quelques cas de neuro-ophtalmologie et quelques données controversées sur l'atteinte de la rétine. 

Toutefois, les conjonctivites virales qui surviennent dans des contextes épidémiques nous conduisent toujours à faire très attention, et c'est d'autant plus vrai concernant le Covid. Car au-delà de la manifestation oculaire, il y a donc ce risque de transmission par voies lacrymales qui se déversent au niveau du nez et peuvent être en relation avec les voies aériennes supérieures ou les muqueuses conjonctivales. Et derrière, on le sait, le risque de développer une forme sévère de la maladie. 


Recueilli par A. LE GUELLEC

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