L'info passée au crible

Pourquoi le test sérologique ne fait-il plus partie du pass sanitaire ?

Felicia Sideris
Publié le 13 mai 2021 à 20h15, mis à jour le 14 mai 2021 à 2h46
Une employée de l'entreprise NG Biotech de Guipry (Ille-et-Villaines) en plein test de dépistage du coronavirus

Une employée de l'entreprise NG Biotech de Guipry (Ille-et-Villaines) en plein test de dépistage du coronavirus

Source : Damien MEYER / AFP

ANTICORPS - La députée anti-masque Martine Wonner a critiqué le pass sanitaire adopté par l'Assemblée nationale dans la nuit de mardi à mercredi, car il n'intègre pas de test sérologique. Nous avons passé cette affirmation au crible.

Anti-masque fervente, défenseuse du "vaccin chinois" et propagatrice de fausses informations dans l'hémicycle, Martine Wonner est désormais contre le pass sanitaire. Entre autres critiques, l'ancienne députée LaREM a regretté ce mercredi 12 mai sur Sud Radio que cette solution proposée par le gouvernement afin d'envisager une réouverture du pays "exclue" un critère "essentiel" à ses yeux. À savoir celui de la sérologie, seul moyen selon l'élue Libertés et territoires de "savoir si les individus sont dotés d'anticorps" contre le Covid-19. Comment justifier ce paradoxe ? 

Une décision à l'échelle européenne

Le texte de loi voté dans la nuit de mardi à mercredi par les députés de l'Assemblée nationale après un couac au sein de la majorité ne prévoit effectivement que trois types de certificats intégrés au pass sanitaire : un test PCR ou antigénique négatif, l'attestation de vaccination, mais aussi un mystérieux "certificat de rétablissement de la Covid-19"

En fait, ce nouveau document prouvant qu'une personne a été atteinte du virus puis en a guéri, est venu remplacer la piste d'un test sérologique, solution finalement écartée. Pour l'obtenir, il ne faudra donc pas avoir réalisé une recherche d'anticorps. Mais simplement montrer un test PCR ou antigénique positif depuis "plus de quinze jours et de moins de deux mois", selon les récentes précisions de la Direction générale de la santé (DGS). Il aura ainsi la même valeur qu'un test négatif ou une vaccination complète. 

Une solution adoptée pour plusieurs raisons, notamment son adéquation avec les consignes européennes. La Commission européenne avait proposé le 17 mars que soit envisagée cette piste. Ce qu'a donc fait la France, ce pass visant, comme l'explique le gouvernement sur son site, à proposer "les mêmes règles, simples, partout en Europe"

De plus, elle a un avantage sur la sérologie. Elle permet de certifier que la personne n'est plus contagieuse, "les tests sérologiques ne permettent pas de statuer si la personne est contagieuse ou pas", relevait la Haute autorité de Santé (HAS) dans une récente évaluation sur la "place des tests sérologiques dans la stratégie de prise en charge de la maladie Covid-19". 

Une sérologie négative après le vaccin ? C'est normal

Seulement, des internautes voient dans ce revirement la preuve d'une machination. L'un d'eux assure ainsi que la décision a été prise afin d'empêcher les personnes vaccinées de réaliser ce type de dépistage. "Ce serait embêtant de voir la durée et le vrai taux d'immunité de ces vaccins", croit-il savoir. 

Un message semblable à celui d'un autre internaute. Sur Twitter, ce "médecin engagé pour le rétablissement de la juste vérité" s'est étonné de faire une sérologie négative alors qu'il avait été inoculé avec deux doses de Pfizer. "Donc pas d'anticorps après contre le fameux sarscov 2", alerte-t-il, se demandant "à quoi sert ce vaccin".

Si le message est écrit sur le ton de la révélation, il n'y a en réalité rien d'étonnant. Avoir une sérologie négative après un vaccin est absolument normal, ce dépistage ne recherchant pas les bons anticorps. C'est ce qu'expliquait dès le 11 mars dernier l'Académie nationale de médecine dans un communiqué au titre particulièrement clair : "La recherche d'anticorps est inutile et peut même prêter à confusion." 

La société savante y prévenait du "risque lié à un mauvais usage et à une interprétation erronée des examens sérologiques" si ceux-ci sont effectués "dans le but d'évaluer la réponse immunitaire après vaccination". De fait, parmi la centaine de tests sérologiques admis en France, la majorité cherche à trouver les anticorps dits "anti-nucléocapside", c'est-à-dire ceux produits par une infection "naturelle" au coronavirus. Des examens qui sont dès lors "inadaptés" à la recherche d'une protection provoquée par les vaccins actuellement disponibles en France. 

Qu'il s'agisse de Pfizer, Moderna ou AstraZeneca, tous produisent des anticorps dits "anti-spike". Voilà pourquoi la recherche sérologique n'est officiellement préconisée par la HAS que dans des cadres très précis : la surveillance épidémiologique à l'échelle du pays ou le diagnostic chez les patients n'ayant pu réaliser de PCR. 

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Felicia Sideris

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