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Covid-19 : un variant "mortel dans 80% des cas" a-t-il été créé par des chercheurs ?

Publié le 18 octobre 2022 à 17h29
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Des internautes alertent sur le travail de chercheurs de l'Université de Boston.
Ils auraient créé une "nouvelle souche du Covid-19" qui serait mortelle "huit fois sur dix".
C'est une fausse information issue d'une interprétation erronée du travail de cette équipe américaine.

La recherche serait-elle incapable d'apprendre de ses erreurs ? Ou pire, souhaiterait-elle les répéter ? C'est, en substance, les questions qui échauffent certains esprits complotistes. Depuis ce lundi 17 octobre, internautes et figures de cette sphère alertent sur les travaux d'une équipe de chercheurs de l'Université de Boston. D'après eux, elle aurait "créé une nouvelle souche du Covid-19" en laboratoire, à partir du variant Omicron et de la souche originale venue de Wuhan. Ce nouveau variant "tue l'hôte infecté dans 80% des cas", croit par exemple savoir Florian Philippot. Derrière ce message alarmiste, quelle réalité ?

Des informations "fausses et inexactes"

Au cœur des quelque 58.000 publications à ce sujet, une seule et même source. Un article du Daily Mail. Publié le 17 octobre, son titre est on ne peut plus clair. "L'université de Boston crée une nouvelle souche mutante du Covid-19 qui a un taux de mortalité de 80%." Dans les colonnes du quotidien britannique, on découvre que des chercheurs auraient "ajouté la protéine spike d'Omicron à la souche originale de Wuhan (...)" afin de créer le variant "le plus infectieux de tous les temps". "Huit souris sur dix infectées par la souche créée en laboratoire sont mortes au laboratoire de l'Université de Boston", assure le tabloïd. 

Une révélation qui prouverait que la recherche sur la manipulation des virus se poursuit, malgré les craintes qu'une pratique similaire ait pu être au cœur de l'épidémie de Covid-19. De quoi inquiéter les adeptes des théories farfelues, qui se demandent si ces scientifiques sont "fous". "Ils continuent les expériences de gain de fonction et créent des virus mortels !", craint l'une d'elle, quand un autre se demande "dans quel but" ces travaux sont réalisés. "Ils préparent la dernière vague", croit deviner un dernier. 

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Il n'en est rien. En jetant un œil sur les travaux au cœur de la polémique, on découvre que le tabloïd a complètement déformé les recherches américaines. En réalité, l'étude visait à examiner la protéine "Spike" du variant Omicron en la comparant avec la souche originale. Afin d'observer certaines différences entre les deux virus, l'équipe du National Emerging Infectious Diseases Laboratories (NEIDL) a utilisé un modèle animal très particulier, chez qui le Covid-19 (source originale) "provoque une infection mortelle". Ultra-sensible au virus, cette espèce de souris a succombé huit fois sur dix au virus original. A contrario, "tous les animaux infectés avec Omicron ont survécu". "Ces résultats indiquent que la protéine Spike n'est pas le principal déterminant de la pathogénicité d'Omicron chez les souris", concluent les chercheurs. Ce n'est donc rien d'autre que la source originale du virus, celle de Wuhan, qui a tué les petits rongeurs. 

En résumé, l'étude n'a rien à voir avec les travaux sur les gains de fonction - ces expériences au cours desquelles les virus sont délibérément manipulés pour être plus infectieux ou mortels - comme le craignent les internautes. D'ailleurs, dès le lendemain de ces pseudo révélations, l'Université de Boston a réfuté l'article britannique, le qualifiant de "faux et inexact". Dans un communiqué, l'Université affirme au contraire que "cette recherche a rendu la réplication du virus moins dangereuse". De son côté, le directeur du NEIDL, Ronald Corley, accuse ceux qui diffusent cette rumeur d'avoir donné "un caractère sensationnel" au message. "Cette déclaration déforme non seulement les résultats de l'étude, mais aussi ses objectifs." 

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Felicia SIDERIS

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