Covid-19 : le défi de la vaccination

Covid-19 : avant l'arrivée des nouveaux vaccins, la France compte-t-elle trop de stocks ?

Idèr Nabili
Publié le 29 septembre 2022 à 18h44
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Lundi 3 octobre, les premiers Français recevront les nouveaux vaccins contre le Covid-19, ciblant Omicron.
Une nouvelle étape qui pose la question de nos stocks actuels : comment vont-ils être écoulés ?

La campagne de vaccination contre le Covid-19 redémarre. À l'approche de l'hiver, alors que le nombre de nouvelles contaminations augmente, la France se prépare à vacciner une nouvelle fois les personnes fragiles volontaires. Pour ce faire, elle dispose depuis quelques semaines du feu vert des autorités de santé pour utiliser de nouveaux vaccins ARN messager, ciblant plus spécifiquement Omicron et ses sous-variants.

Dès ce lundi 3 octobre, "nous aurons ces nouveaux vaccins à disposition", a annoncé en début de semaine le ministre de la Santé et de la Prévention, François Braun, au micro de franceinfo. Mais des millions de doses du vaccin "première version" figurent déjà dans les stocks du pays. Au 27 septembre, "la France possédait 1,85 million de flacons de Moderna 'classique' et 1,7 million de flacons de Pfizer 'classique'", annonce la Direction générale de la Santé (DGS) à TF1info. Chaque flacon de Moderna pouvant contenir dix doses, et six pour Pfizer, le pays dispose donc de près de 29 millions de doses en réserve.

À quoi vont-elles servir ?

Le ministère se veut rassurant, affirmant qu'elles garderont une place importante dans la campagne de vaccination. "À court terme, les vaccins classiques resteront injectés jusqu'à l'arrivée des nouveaux vaccins adaptés", nous indique la DGS. D'autant que tout le monde ne pourra pas se voir administrer ces vaccins bivalents. "Ils n'ont reçu une autorisation de mise sur le marché que dans le cadre du rappel vaccinal", souligne la DGS. "Le stock de vaccins 'classiques' permettra donc de maintenir l'accès à la primo-vaccination."

Mais le temps presse, la durée de vie des vaccins étant limitée dans le temps. À titre d'exemple, une fois produit, un flacon de Moderna se conserve sept mois au congélateur, puis un mois au réfrigérateur, sans pouvoir être recongelé, selon les recommandations du ministère. Prise au piège, la Suisse a récemment dû jeter quelque dix millions de doses de vaccin dont la date de péremption venait d'être dépassée.

Conserver les anciens vaccins ? Il n'y a pas de logique

Dr Benjamin Davido, infectiologue

Un scénario similaire pourrait-il se produire en France ? C'est ce que craint Jérôme Martin, co-fondateur de l'Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament. Avec l'arrivée des nouveaux vaccins, "le risque de gâchis existe", explique-t-il à TF1info, d'autant que "plusieurs millions de vaccins Moderna classiques devraient atteindre leur péremption d'ici à décembre 2022", nous indique la DGS. "Pourquoi en avoir commandé autant sans s'assurer de la capacité à les utiliser ensuite ?", se demande Jérôme Martin.

"Ces vaccins 'de secours' ne trouveront pas preneurs", appuie le Dr Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), interrogé par TF1info. "Il va falloir les mettre de côté, il n'y a pas de logique à les conserver. C'est comme un nouveau téléphone : une fois que le modèle le plus récent sort, la population ne se bagarre pas pour acheter l'ancien."

Le surplus de doses offert aux pays à faibles revenus ?

L'une des options pour écouler les stocks, sans passer par la case poubelle, reste de les offrir aux pays qui n'ont pas les moyens de les acheter, par exemple via le programme Covax. D'après l'alliance internationale Gavi, qui s'appuie sur des données arrêtées début septembre, la moitié de la population des pays pauvres n'a pas encore reçu ses deux doses de vaccin.

Mais cette solution n'a pas que des atouts, prévient Jérôme Martin. "Considérons-nous vraiment que les pays pauvres doivent se contenter de ce que nous ne voulons plus ?", demande-t-il. "Envoyer des vaccins dont la date de péremption approche, c'est demander à des pays aux systèmes de santé beaucoup plus fragiles que le nôtre d'écouler ces stocks en peu de temps. Une vie sauvée reste une vie sauvée, mais il faut faire attention : recevoir des vaccins que les Français n'ont pas voulu peut nourrir la réticence vaccinale."

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"Donner les vaccins de première génération comble un vide de certains pays qui n'en ont pas du tout", tempère le Dr Davido, qui rassure sur les dates de péremption. "Durant la campagne de vaccination contre la variole du singe, certains vaccins étaient périmés depuis 2019", assure-t-il. "Il faut voir dans quelle mesure nous sommes capables d'expliquer que la date de péremption peut être élargie en fonction des conditions de conservation du flacon."


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