Covid-19 : la propagation fulgurante du variant Omicron

Variant Omicron : faut-il privilégier le port du masque FFP2 ?

Maxence GEVIN
Publié le 2 janvier 2022 à 18h46, mis à jour le 2 janvier 2022 à 18h56
JT Perso

Source : TF1 Info

DÉCRYPTAGE - Pour faire face à la nouvelle vague de Covid-19 et au variant Omicron, des scientifiques et personnalités politiques recommandent l'usage du masque FFP2 pour la population de l'Hexagone. Est-ce une bonne idée ?

Plusieurs personnalités issues de la politique ou de la médecine ont fait du port du masque FFP2 leur cheval de bataille pour tenter d'enrayer la propagation du variant Omicron du Covid-19 en France. "J'appelle à la généralisation du FFP2", a réclamé, ce dimanche sur LCI, le député LR Éric Ciotti. "On va y venir, j'en prends le pari, parce que ce masque protège plus [...], jusqu'à 100 fois plus", a-t-il ajouté. 

"L’importance du FFP2, c’est de le porter dans les transports en commun, les lieux où il y a beaucoup de monde et où l’on reste longtemps", abonde Anne Souyris, adjointe à la mairie de Paris en charge de la santé. L'Université de Lyon I a, elle, déjà franchi le pas en mettant à disposition de chaque étudiant un masque FFP2 pour les partiels du mois de janvier. Mais alors, cet équipement est-il véritablement indispensable pour lutter contre la nouvelle vague épidémique ? 

Un équipement qui filtre 94% des petites particules

Pour analyser l'intérêt éventuel du FFP2, il faut d'abord comprendre de quoi il s'agit. Cet équipement, aussi appelé "bec de canard" pour sa forme très reconnaissable, répond à la norme européenne EN 149 (équivalant aux normes N95 ou KN95 dans d’autres pays). Cela signifie qu'il protège les voies respiratoires contre les particules fines et toxiques, les poussières ainsi que certains virus. Lorsqu’il est correctement positionné, il englobe l’intégralité du visage, du dessous des yeux jusqu’au menton, sans que l’air sorte ou pénètre par les bords du masque ou autour du nez. Le cas échéant, le FFP2 est d'une efficacité redoutable puisqu'il a une capacité filtrante de 94 % des particules de 0,6 micromètre.

Toutes ces caractéristiques rendent le masque FFP2 plus efficace que le chirurgical, puisqu'il protège à la fois le porteur et son entourage. "La grosse différence entre le FFP2 et le chirurgical, c'est que le masque FFP2 est hermétique. Il ne laisse pas passer d'air et a une double filtration : vers l'extérieur et vers l'intérieur", confirme souligne Christian Curel, le président du syndicat des fabricants français de masques. "Le masque chirurgical simple protège surtout les autres. On le porte pour éviter les projections vers les autres. En revanche, le FFP2 protège extrêmement efficacement individuellement", abonde sur TF1 la Dr Guylaine Ferré, médecin généraliste. Autre avantage : sa durée de protection peut aller jusqu'à huit heures, contre quatre heures maximum pour le masque chirurgical.

Plus de chance d'être contaminé avec un masque chirurgical

En outre, des chercheurs de l'université de Göttingen, en Allemagne, et de l'université de Cornell, aux États-Unis, ont récemment publié une étude dont "les résultats suggèrent que l'utilisation des masques FFP2 devrait être préférée aux masques chirurgicaux". Selon cette dernière, si une personne saine se retrouve en face d'une personne positive au Covid-19 pendant 20 minutes et qu'elles portent toutes les deux un masque FFP2, les risques pour la première de contracter le virus sont 75 fois plus faibles qu'avec des masques chirurgicaux.

Néanmoins, pour l'heure, la France n'a pris aucune disposition pour faire en sorte de privilégier le masque FFP2. Le Conseil scientifique - dans son avis daté du 8 décembre et consacré aux fêtes de fin d'année - ne le recommande ainsi que pour "les personnes les plus fragiles ou non vaccinées", "avec toute la complexité néanmoins liée à cet usage". De son côté, le ministre de la Santé, Olivier Véran, dit avoir demandé l’avis du Haut Conseil de la santé publique "sur la question des masques FFP2, notamment des soignants, compte tenu de la très forte circulation du variant Omicron et de manière à éviter les paralysies dans certains services totalement essentiels". En temps normal le "bec de canard" est essentiellement utilisé à l'hôpital dans les services accueillant de nombreux malades du Covid-19, en réanimation ou au bloc chirurgical. 

Un équipement "trop contraignant" pour le grand public

De nombreuses raisons expliquent cette réticence, quand bien même certains de nos voisins (Autriche, Italie, certains Landers allemands) ont déjà sauté le pas. "On ne met un masque FFP2 que dans des conditions où on est vraiment au contact du malade. En dehors de ça, on peut privilégier des masques chirurgicaux, qui marchent très bien", affirme Rafik Masmoudi, médecin urgentiste Hôpital Georges Pompidou, ce dimanche sur LCI. Cet équipement "peut être nécessaire pour le personnel médical pratiquant un geste qui génère de l'aérosol, comme une intubation. Mais il pourrait être trop contraignant et trop technique pour le grand public", pointe, de son côté, Didier Lepelletier, chef du service de bactériologie et hygiène hospitalière du CHU de Nantes, dans les colonnes de La Croix. 

Au-delà du fait qu'il soit, possiblement, surdimensionné pour un usage quotidien, le FFP2 n'est pas simple à utiliser. "Théoriquement il protège mieux, mais encore faut-il l'utiliser correctement et supporter son adhérence bien plus forte au visage", indique à La Croix Alexandre Bleibtreu, infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Ce type de masque - rendant la respiration plus difficile - pourrait être plus difficile à faire accepter au grand public que le chirurgical. "Il est beaucoup plus imperméable [...] mais c'est probablement une contrainte parce que c'est mal supporté", témoigne à BFM Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). Son usage est également loin d'être élémentaire, comme le confirme le virologue Bruno Lina, membre du Conseil scientifique : "La crainte avec les masques FFP2 c'est qu'ils ne sont pas si simples à porter et ils sont difficiles à porter comme il faut (...) Il vaut mieux un masque bien placé qu’un FFP2 mal porté", martèle-t-il. 

Un masque plus coûteux

Par ailleurs, le prix des masques FFP2 est largement plus élevé que celui des chirurgicaux, environ 60 centimes l’unité, soit 12 € une boîte de 20 en pharmacie. 

Enfin, le fait qu'il soit plus proche du visage fait que le masque FFP2 n'est pas adapté à tous les profils, selon une étude réalisée sur des soignants de plusieurs pays, et parue en septembre dans la revue médicale Anaesthesia.

En somme le port du masque FFP2 semble être la meilleure solution sur le plan strictement sanitaire. Toutefois, cet équipement s'accompagne de nombreux désagréments, rendant sa généralisation plus incertaine et difficile. Point positif, la filière, qui était il y a peu "quasi à l'arrêt faute de demande", a aujourd'hui une capacité de production d'une vingtaine de millions de masques FFP2 par semaine, selon le président du syndicat des fabricants français. Des usines pourront également s'adapter si besoin. "On peut construire de nouvelles machines, par exemple, pour augmenter les capacités de production", affirme Christian Curel


Maxence GEVIN

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