Pourquoi sommes-nous de plus en plus allergiques ?

Propos recueillis par Maëlane Loaëc
Publié le 12 mai 2022 à 21h41, mis à jour le 13 mai 2022 à 11h37

Source : JT 13h Semaine

De plus en plus de personnes sont désormais sensibles aux allergies.
Leur nombre a presque triplé depuis les années 1970, et pourrait atteindre 50% de l'humanité en 2050.
Le réchauffement climatique contribue pour une grande part au phénomène, explique l'allergologue Dr Sophie Silcret-Grieu.

Depuis quelques semaines, la saison des allergies au pollen est ouverte, avec son cortège de symptômes désagréables : toux, éternuements, irritations... Chez certaines personnes, des cas plus graves peuvent apparaître, comme de l'asthme. Plus largement, le nombre de maladies allergiques et de patients ont grimpé dernièrement et le phénomène s'accélère. 

En cause notamment : le changement climatique, dont l'incidence est lourde sur notre environnement, explique Dr Sophie Silcret-Grieu, allergologue à Paris et membre du conseil d'administration de l'association Asthme & Allergies*.

Avez-vous remarqué une augmentation du nombre de personnes sujettes aux allergies ces derniers temps ? 

Ces dernières semaines, le nombre de cas augmente en effet, mais c'est la saison pollinique qui le veut : de millions de grains de pollen éclosent dans l'atmosphère, et de nombreuses personnes y sont extrêmement sensibles. Les pollens ont un pouvoir allergisant, mais aussi un effet irritant : un grain de pollen vu au microscope ressemble un peu à un oursin, donc quand on en respire, c'est comme si on inhalait de la laine de verre. Sans compter les déchets végétaux qui sont aussi irritants.  Mais plus largement, on a observé ces dernières décennies une explosion du nombre d'allergies, avec l'apparition de nouveaux allergènes que l'on ne connaissait pas il y a trente ans, mais aussi du nombre de personnes allergiques. C'est une courbe oscillante, avec des hauts et des bas, mais le mouvement global est à la hausse. L'OMS estime qu'en 2050, la moitié de la population pourrait être sujette à des allergies : c'est une extrapolation, mais n'est pas improbable. Dans les années 1970, 5 à 10% de la population étaient allergiques, contre 20 à 30% aujourd'hui. 

On n'a pas remarqué de cas de Covid plus graves chez les personnes allergiques

Sophie Silcret-Grieu, allergologue à Paris, membre de l'Association Asthme & Allergies.

Comment expliquer cette explosion ? 

Cette hausse est très multifactorielle. Elle est liée à nos habitudes de consommation :  par exemple, on mange davantage de graines aujourd'hui, ce qui peut provoquer des allergies. Mais au-delà de ça, plusieurs phénomènes frappent les allergologues, comme l'accélération d'un phénomène encore anecdotique il y a trente ans, mais qui est de plus en plus fréquent aujourd'hui : les allergies croisées, c'est-à-dire des allergies alimentaires qui accompagnent les allergies aux pollens. 

Il y a aussi des facteurs climatiques et liés l'environnement végétal, qui jouent un rôle de premier plan. Dans le cas du pollen, le réchauffement climatique contribue à ce que les saisons polliniques débutent plus tôt. Elles peuvent aussi durer plus longtemps et les épisodes peuvent être plus violents. On constate aussi l'apparition d'allergies à des pollens dans des régions où ils n'étaient pas présents jusque-là. 

Par exemple, la plante de l'ambroisie, normalement limitée à la vallée du Rhône, remonte régulièrement sur le territoire. Cela dépend du choix des espèces que l'on souhaite planter, mais aussi du changement climatique, qui mène au développement d'espèces végétales dans de nouvelles zones. Des régions du Nord pourraient à terme héberger des espèces spécifiques aux régions du Sud. 

La pollution a-t-elle également une responsabilité dans cette hausse ? 

Les polluants jouent en effet un rôle à la fois direct et indirect sur l'allergie. Ils abiment les voies respiratoires : à l'image d'un papier de verre, ils les irritent, les rendent plus perméables et sensibles aux allergènes. L'autre effet, c'est que les polluants agissent sur la structure des pollens. Un pollen ressemble à une noix qui renferme à l'intérieur de sa coquille une partie allergisante, et lorsqu'il est exposé à la pollution, cette coquille s'érode et libère donc plus de particules allergisantes.

Il existe aussi un phénomène épigénétique : l'exposition prolongée à la pollution peut rendre notre comportement génétique plus propice à exprimer l'allergie. Nos gènes ne sont pas modifiés, mais certains d'entre eux, en particulier ceux de l'allergie, peuvent davantage s'exprimer. Notre capital génétique ressemble en fait à une pelote de laine : en fonction de la manière dont on la présente, on en voit certaines parties et pas d'autres. C'est une des raisons qui expliquent que les populations actuelles sont plus allergiques que les générations précédentes.

La crise sanitaire a-t-elle également un rôle à jouer dans l'explosion du phénomène ? 

On a découvert que le masque pouvait protéger partiellement des allergies, ce qui est logique, car il filtre les pollens. Avec la fin du port du masque dans les lieux publics, on perd cet effet protecteur. On peut donc continuer à le porter en extérieur si on le souhaite, même si la priorité lorsqu'on souffre de symptômes allergiques reste de consulter. Quant aux infections au Covid-19, elles pouvaient amplifier un peu les symptômes allergiques dans les semaines qui suivaient la contamination. Pour autant, on n'a pas remarqué de cas de Covid plus graves chez les personnes allergiques. Il est encore trop tôt pour dire si l'après-Covid favorisera les allergies. 

*Cette association a mis en place un numéro vert gratuit pour aider les patients souffrant d'allergies : 0800 19 20 21.


Propos recueillis par Maëlane Loaëc