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"Pfizer documents" : y a-t-il eu un "très gros problème" avec le site argentin des essais cliniques du vaccin ?

Felicia Sideris
Publié le 12 mai 2022 à 17h21
ILLUSTRATION

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Source : Angela Weiss / AFP

Selon certains internautes, des documents de Pfizer montrent que les essais cliniques du vaccin contre le Covid-19 étaient frauduleux.
Un site, situé en Argentine, attire particulièrement leur attention.
Cette rumeur est infondée.

Les "Pfizer documents" ne cessent d'alimenter l'imagination de certains internautes. Les milliers de pages de données du laboratoire américain, publiées peu à peu par l'agence du médicament des États-Unis, sont décryptées et interprétées avec inquiétude par tous les opposants à la vaccination contre le Covid-19, qui ne cessent d'y trouver de nouvelles théories. Dernière en date partagée dès ce 9 mai : un site participant aux essais cliniques aurait des données jugées anormales. Derrière cette énième rumeur, quelle réalité ? 

Plus de 1000 personnes embauchées

Selon une adepte de la diffusion de fausses informations sur le vaccin, il y aurait un "très gros problème avec le site 1231". Vidéo à l'appui, l'internaute s'étonne en effet de la rapidité de recrutement de nouveaux participants aux essais. Selon elle, le site ne vaccinait que dix personnes par jour, avant de subitement en inoculer des centaines. "On rentre dans des choses qui ne sont plus du tout de l'ordre de l'explicable", affirme-t-elle sur la vidéo. Avec "5761 participants vaccinés entre le 06 août et le 20 septembre 2020", elle estime qu'il y a "clairement un petit problème".

 

De fait, les données mises en ligne par la Food and Drug Administration (FDA) montrent que parmi les sites dans le monde où ont eu lieu des essais cliniques pour le laboratoire américain, l'un d'eux a particulièrement trouvé des bénévoles. Il s'agit du fameux site 1231, situé en Argentine. Mais est-ce si étonnant ? Pas vraiment. En fait, comme le montre l'étude sur l'efficacité et la sécurité du vaccin Pfizer, sur les 152 sites à travers le monde, il n'y en avait qu'un en Argentine. 

Pourtant, ce pays a participé à lui seul à 15 % de l'ensemble des données. Pour la simple et bonne raison que le pays d'Amérique du Sud a fait le choix de centraliser dans un seul et même centre l'ensemble des essais cliniques du pays. Dans un article du New York Times publié le 30 septembre 2020, on apprenait ainsi que ce site, situé dans l'hôpital militaire de Buenos Aires, avait déjà trouvé 33.000 volontaires, pour seulement 4500 créneaux horaires. Raison pour laquelle d'ailleurs l'expérimentation a fait l'objet d'un audit par l'agence du médicament argentine (ANMAT), comme le soulignait son responsable en décembre 2020

Seulement, pour les internautes, ce seul centre n'a pas pu gérer des effectifs d'une telle ampleur. Ils s'étonnent en effet qu'un seul homme arrive à vacciner autant de monde. À savoir un certain "Fernando Polack", affiché en référent. Là encore, les internautes ont raison. C'est d'ailleurs lui qui témoignait dans les pages du quotidien américain. Sauf qu'ils ont omis de faire un tour dans la presse locale. À l'époque, on y apprenait en effet que ce même Fernando Polack avait travaillé avec "1000 personnes" pour mener à bien les trois phases des essais cliniques pour Pfizer.

LES VÉRIFICATEURS - Vaccination : les essais sont-ils toujours en cours?Source : TF1 Info

En résumé, l'Argentine - second pays qui a le plus participé aux essais cliniques pour Pfizer après les États-Unis - a décidé de centraliser l'ensemble des essais dans un seul centre, ce qui explique le nombre étonnant de bénévoles embauchés. Et pour ce faire, le site en question avait des centaines de travailleurs. Encore une fois, les "révélations" trouvées dans les "Pfizer documents" n'en sont pas. Pour le moment, aucune des théories avancées par les sphères anti-vaccin (vérifiées ici, ici et ici) ne tient la route. 

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