Déserts médicaux : un "accès déplorable" aux soins en France dénoncé par l’UFC-Que Choisir

Maëlane Loaëc (avec AFP)
Publié le 8 novembre 2022 à 10h22

Source : JT 20h Semaine

L'association de défense des consommateurs a évalué l'accès des Français aux généralistes, mais aussi aux pédiatres, gynécologues et ophtalmologues en métropole.
Partout sur le territoire, de nombreux Français rencontrent des difficultés d'accès, notamment à cause des dépassements d'honoraires des professionnels, "en très forte hausse".

En matière de santé, tous les Français ne sont pas logés à la même enseigne, loin de là. Dans une étude publiée mardi, l'UFC-Que Choisir tire la sonnette d'alarme et pointe l'ampleur de la désertification médicale en France, un fléau régulièrement au cœur du débat public. 

L'association de défense des consommateurs a élaboré une carte interactive métropolitaine de la "fracture sanitaire" pour les médecins généralistes, mais aussi trois spécialités dites "d'accès direct", c'est-à-dire pour lesquelles le rendez-vous n'est pas conditionné à une consultation préalable chez le médecin traitant : les pédiatres, les gynécologues et les ophtalmologues. Pour pallier le problème, elle préconise de réguler l'installation des praticiens et de mettre un terme aux dépassements d'honoraires. 

Un quart des femmes et des enfants éloignés d'un spécialiste

Le constat du "déplorable accès géographique et financier aux soins en France" est sans appel. La part de Français habitant à moins de 45 minutes de route d'un professionnel de santé est vertigineux. "Un quart des femmes et un quart des enfants vivent respectivement dans un désert médical gynécologique et un désert médical pédiatrique", déplore l'association dans cette étude. La pédiatrie, en particulier, traverse d'ailleurs ces derniers mois une crise inédite. L'association qualifie de "désert médical" les zones où la densité médicale est "au moins 60% inférieure à la moyenne nationale".  Par ailleurs, 19% des habitants, soit 12,3 millions de personnes, vivent éloignés d'un ophtalmologue.

"Quant à l'accès à un médecin généraliste, clé de voûte du système de soins en France, il est particulièrement difficile pour pas moins de 15,3 millions d'habitants de notre pays", qui ne trouvent pas un docteur à moins de 30 minutes de route de leur domicile, ajoute-t-elle. Un chiffre bien supérieur à ceux avancés par le ministère de la Santé qui estimait en 2018 entre 3,7 millions et 7,4 millions le nombre de Français vivant dans une zone sous-dotée en généralistes.

L'association propose ainsi sur son site une carte interactive permettant de visualiser les zones de carence. Au niveau de l'offre de généraliste, le territoire national est globalement bien doté, malgré une concentration de déserts médicaux en couronne, autour de la région parisienne, dans le centre du pays et en Corse, entre autres. Mais la répartition des professionnels de santé est particulièrement inquiétante en ce qui concerne les trois spécialités que l'UFC-Que Choisir a passées au crible : la quasi-totalité du territoire métropolitain est recouvert de rouge, signalant un désert médical. Seules quelques poches en sont préservées, principalement les grandes villes, l'Île-de-France, l'Alsace, la Côte d'Azur, la région de Lyon et de Bordeaux, etc.

Et même au sein de ces poches, certains secteurs sont plus privilégiés que d'autres. "Contrairement aux idées reçues, les déserts médicaux concernent aussi bien les zones rurales qu’urbaines", note toutefois l'association. Ainsi, la région parisienne présente de manière générale un taux d'accès aux généralistes et spécialistes supérieur à la moyenne, mais certaines villes sont moins bien dotées, situées par exemple en Seine-Saint-Denis ou dans les Yvelines.

Des dépassements d'honoraires dissuasifs pour les patients

Pour mener son étude, l'UFC-Que Choisir a également évalué les tarifs pratiqués. Les dépassements d'horaires, notamment, sont pratiqués par environ 47% des pédiatres, 64% des ophtalmologues et 69% des gynécologues, des chiffres "en très forte hausse depuis 2016"

Il apparaît ainsi que "lorsque l'on ne prend en compte que l'accès aux médecins ne pratiquant pas de dépassements d'honoraires, la pénurie de médecins croît de manière affolante" : la part des enfants vivant dans un désert pédiatrique passe à près de 47% et celle des femmes vivant dans un désert gynécologique à 67% environ. Quant aux déserts ophtalmologiques, le nombre de concernés passent à quelque 63% des habitants. "Le frein financier est la première explication (29 % des cas) du renoncement aux soins des patients", ajoute-t-elle sur son site.

L'association remet en cause les mesures d'incitation à l'installation menées par les pouvoirs publics depuis 15 ans. Elle demande aux législateurs de ne plus permettre aux médecins de s'installer en zones surdotées "à l'exception du secteur 1 (tarif de la Sécurité sociale) quand la situation l'exige", de fermer l'accès au secteur 2 (à honoraires libres) et de supprimer les aides publiques aux médecins ne respectant pas le tarif de la Sécurité sociale.


Maëlane Loaëc (avec AFP)

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