La plateforme est accusée de promouvoir les médecines alternatives, comme la naturopathie.
Retour sur cette polémique qui a conduit l’Ordre des Médecins à prendre position.

Ce mardi 23 août, l’Ordre des médecins a demandé à Doctolib "de renforcer ses règles éthiques pour s'inscrire sur sa plateforme", craignant "la confusion" entre professionnels de santé et disciplines sans fondement médical. Car sur les réseaux sociaux, des professionnels de santé et des patients reprochent au groupe de permettre à ses utilisateurs de prendre rendez-vous chez des naturopathes, dont certains ont des pratiques dangereuses, proches du charlatanisme et à dérives sectaires. 

Comment la polémique est-elle née ?

Comme une grande majorité d’entre elles à l’ère moderne, la polémique vient donc des réseaux sociaux. Le premier tweet ayant fait mention de la présence de naturopathes sur le site Doctolib remonte au 19 août. Le compte "Unreadu93" interpelle alors la plateforme : "Je découvre en tapant par hasard que vous proposez des consultations… de naturopathie. C’est comme si BlaBlaCar avait ouvert une rubrique Emile Louis. Vous voulez exterminer les gens ? Vous vous rendez compte que votre sceau les valide ?". Une remarque à laquelle ont semblé souscrire d’autres internautes.

Si ce n’est pas la première fois que Doctolib est visé par de telles critiques (il y a trois ans, cet internaute interrogeait déjà la plateforme à ce sujet), cette fois, la polémique prend. Parce qu’un autre élément vient s’ajouter, les liens de certains profils avec Irène Grosjean, naturopathe adepte du crudivorisme et accusée d’agression sexuelle sur mineur (nous y reviendrons plus bas). À tel point que l’Ordre des médecins en personne a rappelé publiquement la plateforme à l’ordre, lui demandant de "renforcer ses règles éthiques d’inscription afin de garantir la sécurité et la qualité des soins pour les patients".

Doctolib a-t-il pris des mesures ?

La plateforme a commencé par suspendre 17 comptes de naturopathes, certains se réclamant de Thierry Casasnovas et d’Irène Grosjean, et promis que des "mesures" seraient "prises prochainement". Si seulement 3% des professionnels inscrits exerceraient des professions non réglementées, Doctolib a rapidement communiqué sur le sujet pour éteindre la polémique. Et indiqué qu’un plan d’action serait bientôt présenté pour "renforcer le contrôle et la modération des profils d’activités légales non réglementées". En effet, ces professionnels, n’ayant pas de diplôme reconnu et pratiquant une médecine alternative, ne sont pas soumis à une vérification de leur profil aussi poussée que les autres. Interrogé, Doctolib assure avoir "une liste de mots clés permettant d’identifier de potentielles dérives sectaires : si un praticien utilise un de ces mots-là, la fiche est mise hors ligne".

Qui sont Irène Grosjean et Thierry Casasnovas ?

Tous deux se revendiquent de la naturopathie et du crudivorisme. La première, âgée de 92 ans, a une certaine influence, sur laquelle Usbek et Rica se penchait récemment. Se présentant comme "docteure en naturopathie depuis 1958", Irène Grosjean ne consulte plus. Elle anime dorénavant des conférences tout en proposant des formations via son site web et en faisant la promotion de son livre, La vie en abondance. D’après le collectif Conspiracy Watch, elle s’est distinguée "par ses prises de position radicalement hostiles à la vaccination et son compagnonnage avec la complosphère francophone".  Et ses pratiques ont été de nouveau discréditées dans une vidéo repartagée le 22 août par le compte "L’Extracteur", sur Twitter. Dans cet entretien, Irène Grosjean incite ceux qui l’écoutent à accomplir des attouchements sexuels sur leurs enfants pour faire baisser leur fièvre.

Thierry Casasnovas, lui, est un peu plus connu dans la sphère complotiste. Devenu, grâce à sa chaine YouTube aux plus de 580.000 abonnés, "une personnalité incontournable dans le petit monde des 'médecines non-conventionnelles'", d’après Conspiracy Watch, ce conférencier de 48 ans se dit persuadé que la nourriture crue et les jus frais peuvent sauver de n’importe quel mal.  Il diffuse son discours dans des vidéos cumulant 200.000 à 500.000 vues chacune, vendant par la même occasion des extracteurs de jus. Sans la moindre formation médicale, Thierry Casasnovas distille pourtant des conseils pour guérir d’un long et douloureux cancer, d'une dépression, ou de n’importe quelle autre maladie. Il y a un an, le youtubeur annonçait son départ de la plateforme… Avant de mieux revenir pour une saison 2. 

Désormais, la justice s’intéresse de près à son cas, après plusieurs centaines de signalements à la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Depuis octobre 2021, il fait même l’objet d’une information judiciaire pour "exercice illégale de la médecine".

Pourquoi la naturopathie est-elle contestée ?

Tout simplement parce qu'il ne s'agit pas d'une médecine conventionnelle, reconnue comme telle. La naturopathie consiste en une pratique à visée thérapeutique, prônant des méthodes naturelles pour se maintenir en bonne santé et en finir avec des maux, comme les règles douloureuses ou l’arthrose, voire des maladies graves. Ces méthodes comprennent souvent un changement d’alimentation, avec le crudivorisme par exemple, ou une autre hygiène de vie induisant une perte de poids. 

Nous sommes donc face à une médecine alternative : ceux qui la pratiquent n’ont pas de diplôme reconnu par la profession et ne sont donc pas conventionnés. Et le ministère de la Santé le rappelle, "dans la très grande majorité des cas, les pratiques de soins non conventionnelles n’ont pas fait l’objet d’études scientifiques ou cliniques montrant leurs modalités d’action, leurs effets, leur efficacité, ainsi que leur non-dangerosité". Ainsi, les traitements dispensés "apparaissent plus personnalisés, mais ils n’offrent pas les mêmes garanties d’efficacité et de sécurité que la médecine conventionnelle".


Caroline QUEVRAIN

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