Épidémie inédite d'E.coli : 5 choses à savoir sur la bactérie

Audrey LE GUELLEC
Publié le 31 mars 2022 à 15h26
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Escherichia coli est associée à une vague de contaminations sans précédent dans l'Hexagone.
Les intoxications liées à cette bactérie se manifestent par des symptômes caractéristiques.
Ces derniers peuvent déboucher sur des cas très graves, notamment chez l'enfant.

Avec 41 cas graves identifiés et 34 supplémentaires en cours d'évaluation, au moment où nous écrivons ces lignes, le 31 mars, l'épidémie d'infections à Escherichia coli qui frappe actuellement la France est déjà sans précédent. Les autorités sanitaires avaient sonné l'alarme fin-février après une recrudescence de cas pédiatriques et deux morts suspectes. Depuis mercredi, le lien entre certains de ces cas récents et des pizzas de la marque Buitoni (Nestlé) est confirmé, un rappel massif de ces produits étant déjà engagé depuis deux semaines.

Si cette bactérie peut provoquer des cas très graves, notamment chez l'enfant, elle n'est pour autant pas la principale cause d'intoxication alimentaire. Comment reconnaitre une infection ? Quelles en sont les causes ? Quand faut-il s'inquiéter ? On fait le point.

De quoi parle-t-on ?

Escherichia coli, dite E.coli, désigne en réalité toute une famille de bactéries, qui sont loin d'être toutes dangereuses pour la santé. Au contraire, elles sont présentes en grand nombre dans l'appareil digestif, où une partie d'entre elles jouent un rôle dans le bon fonctionnement de l'organisme.

Mais certaines variétés d'E.coli peuvent, à l'inverse, provoquer des intoxications. Il s'agit, le plus souvent, de variétés "productrices de shigatoxines", comme c'est le cas dans la vague récente de contaminations françaises.

Quels sont les symptômes ?

Ces intoxications, qui se traduisent essentiellement par des maux de ventre et des diarrhées dans les trois ou quatre jours suivant l'ingestion, ne sont pas graves dans la majorité des cas et passent généralement en une dizaine de jours. Mais elles peuvent, dans de rares cas, provoquer des complications, avant tout chez les jeunes enfants et les personnes âgées. Il s'agit le plus souvent d'un "syndrome hémolytique et urémique" (SHU) qui se traduit généralement par une insuffisance rénale aiguë et de graves problèmes sanguins, avec comme conséquences potentielles un coma ou la mort. 

Les autorités rappellent, en conséquence, la nécessité de consulter un médecin en cas d'apparition, dans les dix jours après la consommation de produits concernés par des rappels, de diarrhées, douleurs abdominales ou vomissements. La consultation s'impose aussi si, dans les quinze jours, apparaissent des signes de grande fatigue, de pâleur, ou une diminution du volume des urines, qui deviennent plus foncées. "En l'absence de symptômes dans les 15 jours suivant la consommation, il est également rappelé qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter", conclut la DGS.

Comment éviter une infection ?

Cette forme potentiellement dangereuse et mortelle d'E.coli "se transmet à l’homme principalement par des aliments contaminés, comme de la viande hachée crue ou mal cuite et du lait cru", explique l'OMS. Mais ce n'est pas tout : "on associe un nombre croissant de flambées à la consommation de fruits et de légumes - graines germées, épinards, laitues, chou cru, salades", poursuit-elle.

Un autre élément est crucial : la température. Si celle-ci atteint 70°C, la bactérie est détruite, ce qui implique de veiller à bien cuire les aliments. D'où les interrogations qui émergent concernant la vague récente de cas liés à des pizzas de la marque Buitoni, cuites avant d'être congelées. Ont-elles pu conserver en elles la bactérie incriminée ? On ne le sait pas encore, différentes hypothèses étant à l'étude, selon Santé publique France. 

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D'où certaines recommandations de rigueur pour limiter le risque d'infection. Le lavage des mains doit notamment être systématique avant la préparation des repas, tandis que les viandes, notamment la viande hachée de bœuf, doivent être bien cuites à cœur. Les fromages à base de lait cru et les produits laitiers fabriqués à partir de lait cru ne doivent quant à eux pas être consommés par les enfants de moins de 5 ans.

Les recommandations concernent aussi les préparations à base de farine (pizza/pâte à cookies/gâteau/tarte...) qui ne doivent pas être consommées crues ou peu cuites. Les légumes, salades, fruits, herbes doivent être soigneusement lavés avant consommation ; les ustensiles de cuisine (surtout lorsqu'ils ont été en contact préalablement avec des aliments crus) et plans de travail doivent, eux aussi, être soigneusement lavés. Par ailleurs, les enfants ne doivent pas boire d'eau non traitée (eau de puits, torrent, etc.) et les plus petits (moins de 5 ans) doivent éviter le contact avec les vaches, veaux, moutons, chèvres, daims, etc., et l'environnement de ces derniers. En cas de contact avec ces animaux, le lavage des mains doit être systématique, rappelle Santé publique France. Enfin, les aliments crus doivent être conservés séparément des aliments cuits ou prêts à être consommés, et les plats cuisinés et les restes alimentaires doivent être rapidement mis au réfrigérateur, suffisamment réchauffés et consommés rapidement.

Les cas graves sont-ils fréquents ?

Il existe régulièrement des rappels de produits alimentaires où des bactéries E.coli dangereuses ont été identifiées, mais les cas graves ou mortels restent relativement peu fréquents. Au niveau de toute l'Europe, la pire flambée d'infections à E.coli remonte à 2011. Au total, une cinquantaine de personnes sont mortes, surtout en Allemagne et en Suède. "On estime que, pour jusqu'à 10% des patients, l'infection à E.coli (productrice) de shigatoxines peut évoluer en SHU, avec un taux de létalité de 3 à 5%", résume l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Parmi les infections alimentaires, la salmonellose et la listériose provoquent nettement plus de décès. La première notamment, est à l'origine de plusieurs centaines de morts chaque année en France.

Comment soigne-t-on ?

Les traitements sont encore incertains. Deux anticorps de synthèse, l'éculizumab et le ravulizumab, constituent des pistes prometteuses mais à confirmer. 

En tout état de cause, il ne faut pas donner d'antibiotique à un patient infecté par des bactéries E.coli productrices de shigatoxines : ils n'ont aucun intérêt contre elles, voire peuvent empirer la situation.


Audrey LE GUELLEC

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