ENQUÊTE – "Ma gencive est décollée" : dents blanches, gouttières... Les dérives de l’esthétique dentaire

par Virginie FAUROUX | Reportage TF1 : Lise Cloix, Stéphane Deperrrois et Philippe Verron
Publié le 10 avril 2024 à 8h30

Source : TF1 Info

Des dents blanches et parfaitement alignées, en un temps record et à un prix dérisoire, voilà ce que proposent certains influenceurs sur les réseaux sociaux.
Des milliers de personnes, en quête d'un sourire parfait, se tournent donc vers ces méthodes, non sans risques.
Car ces produits vendus sans ordonnance pour quelques centaines d'euros peuvent se révéler dangereux.

"Comment faire pour avoir les dents blanches ?" : des centaines de vidéos vantant la perfection du sourire hollywoodien circulent sur les réseaux sociaux. Mais ce business peut parfois devenir très dangereux. Sandrine est l'une de ces victimes. Dans une vidéo, elle alertait il y a quelque mois ses abonnés. "Je suis en train de perdre mes dents à cause de ce produit", affirmait-elle, tout en montrant un paquet contenant des bandes blanchissantes, plébiscitées sur les réseaux sociaux. Elle a accepté de témoigner dans le 20H de TF1, dont la vidéo est en tête de cet article. "Ça avait l'air efficace. Il n'y a pas une seule personne qui disait que ce n'était pas efficace. Je me suis dit : 'pourquoi pas tester pour 3 euros ?'", raconte-t-elle. 

Un prix effectivement alléchant, 10 à 100 fois moins cher que pour un blanchiment professionnel. Mais après un mois d'utilisation, des douleurs et des saignements apparaissent. "Ma gencive est décollée. Quand j'appuie un petit peu dessus, ça se décolle. À chaque fois que je me brosse les dents, c'est un bain de sang. Non seulement j'ai peur que ce soit à vie et j'ai peur que mes dents tombent", s'inquiète-t-elle. 

Ces bandes sont vendues légalement en accès libre dans un magasin discount, sans aucun suivi médical, donc souvent mal utilisé. Le JT de TF1 a montré la liste des substances à David Couchat, orthodontiste et président de la Fédération française d'orthodontie. Il y a notamment à l'intérieur du chlorite de sodium, dangereux pour l'émail. "Le chlorite de sodium est utilisé pour produire du dioxyde de chlore qui est un désinfectant. C'est l'équivalent de ce que vous trouvez dans les produits pour piscine par exemple", dénonce-t-il. De son côté, le fabricant affirme que la substance est inoffensive si utilisée à un taux réglementaire. "Nous comprenons que certains docteurs soient inquiets, mais tous les produits que nous mettons sur le marché sont conformes aux normes européennes", indique Peter Karsten, porte-parole de l'entreprise Karsten dans un communiqué. 

Il n'y a pas de suivi médical, ça veut dire qu'on n'a pas de suivi sur l'état des gencives, sur les caries éventuelles du patient.
David Couchat, orthodontiste et président de la Fédération française d'orthodontie

Un autre produit star sur les réseaux sociaux est vendu tout aussi légalement, il s'agit d'une gouttière transparente pour aligner les dents. Elle est proposée sur Internet 3 à 4 fois moins cher qu'en cabinet. Une simple radio chez un dentiste partenaire suffit pour recevoir la gouttière à domicile. Ensuite, il n'y a plus de rendez-vous en cabinet. Contrairement aux orthodontistes, le reste se fait entièrement sur Internet. "Il n'y a pas de suivi médical, ça veut dire qu'on n'a pas de suivi sur l'état des gencives, sur les caries éventuelles du patient, sur le fait que les dents peuvent ne pas se déplacer comme c'était prévu. Au final, c'est un traitement qui, au mieux, ne va pas marcher et au pire provoquer de gros dégâts", alerte David Couchat.

Le JT de TF1 a contacté l'un des leaders des gouttières en ligne : Dr Smile. Il assure que chaque produit est moulé sur mesure par un professionnel de santé. "Le suivi du traitement des produits est entièrement réalisé par des dentistes agréés (...) Chaque patient se rend en moyenne quatre fois en cabinet", avance Mathilde Banino, la porte-parole. Une cliente assure pourtant le contraire. Quand elle débute son traitement, aucun dentiste ne vérifie l'état de ses dents. "Elle s'est contentée de faire le scanner 3D, rien d'autre", assure-t-elle. Après quelques semaines d'utilisation, elle sent ses dents bouger. Son dentiste lui conseille de tout arrêter. Elle contacte alors l'entreprise d'aligneur dentaire pour demander une annulation du traitement. "Ils l'ont refusé. Ils m'ont envoyé des mises en demeure, un huissier", déplore-t-elle. S'ensuit un bras de fer jusqu'à l'indemnisation. L'entreprise assure pourtant qu'en cas de complication, un remboursement est naturellement proposé. 

Il est bien difficile pour les clients de se défendre, car aujourd'hui, rien n'interdit la vente de ces produits. "La loi dit que malheureusement, curieusement aussi, ces dispositifs ne sont pas nocifs pour la santé humaine. Le patient se retrouve seul face à cette entreprise et il n'a aucune possibilité d'avoir un recours par rapport au conseil de l'Ordre", explique Ludovic Barbry, président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes de l'Ordre national des chirurgiens dentistes. Seule solution : saisir la justice et déposer plainte. Les Fédérations d'orthodontistes espèrent, de leurs côtés, faire modifier la loi pour interdire ces pratiques.


Virginie FAUROUX | Reportage TF1 : Lise Cloix, Stéphane Deperrrois et Philippe Verron

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