Covid-19 : la France face à la 7e vague

Trois questions sur le vaccin franco-autrichien Valneva, qui vient d'être autorisé par l'UE

Maëlane Loaëc (avec AFP)
Publié le 29 juin 2022 à 9h17
JT Perso

Source : Les MATINS LCI

Le sérum de Valneva devrait pouvoir être livré en Europe, après plusieurs mois de déconvenues pour conserver ses contrats.
Actuellement commercialisé dans un seul pays, il repose sur une technologie plus traditionnelle que l'ARN messager.
Mais pour l'heure, son efficacité n'a été prouvée que pour les 18-50 ans.

Après des mois de bataille, le vaccin Valneva pourrait enfin se faire une place sur le marché européen, du moins en principe. Vendredi 24 juin, la biotech franco-autrichienne a annoncé que la Commission européenne venait d'autoriser son sérum, emboîtant le pas de l'Agence européenne des médicaments (EMA) qui avait fait de même la veille, après plusieurs mois d'examen. Un précieux sésame, même s'il reste limité : selon le communiqué de l'entreprise, son vaccin a seulement été autorisé pour une première dose chez les adultes âgés de 18 à 50 ans.

Le sérum VLA2001 rejoint ainsi la liste des cinq autres sérums déjà approuvés au sein de l'UE : Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca, Johnson & Johnson et Novavax. Grâce à cette autorisation, Valneva pourrait en théorie commencer à livrer le continent, avec lequel elle a passé fin 2021 un accord initial portant sur 60 millions de doses d'ici à 2023. Mais rien n'est encore garanti.

Sur quoi repose sa technologie ?

Le laboratoire, basé à Nantes, avait réalisé les premiers essais de son vaccin candidat sur l'homme en décembre 2021. C'est désormais le premier sérum approuvé en Europe utilisant la technologie traditionnelle du virus inactivé, une technologie plus traditionnelle que celle de l'ARN messager. "C’est une technologie utilisée depuis plus de 70 ans pour le vaccin contre la grippe, qui est administré chaque année", expliquait à l'AFP, en avril, le directeur général de Valneva, Franck Grimaud. Les sérums chinois SinoVac et SinoPharm sont calqués sur le même modèle. 

"Pour ce type de vaccin, vous utilisez l'ensemble de l’enveloppe du virus en question que vous inactivez, et ça permet non seulement de générer des anticorps contre la fameuse protéine Spike (à la surface du Covid-19, ndlr), mais également d’autres anticorps variés", avait-il détaillé. Le vaccin de Valneva "contient le SARS-CoV-2 inactivé (tué), qui ne peut pas provoquer la maladie", a expliqué de son côté l'EMA. De nombreux vaccins infantiles utilisent le même procédé.

Pfizer et Moderna, à l'inverse, recourent à une technologie à ARN messager, qui consiste à injecter dans l'organisme des brins d'instructions génétiques qui dictent aux cellules du patient ce qu'il faut fabriquer pour lutter contre la maladie. Quant à AstraZeneca et Johnson & Johnson, ils utilisent la technologie innovante du vecteur viral : ils prennent comme support un type de virus très courant appelé adénovirus, qui a été modifié pour transporter dans l'organisme des informations génétiques permettant de combattre le Covid.

Quels sont ses atouts et ses limites ?

L'EMA assure que le vaccin Valneva répond à ses critères "en matière d'efficacité, de sécurité et de qualité" : les données ont montré que le sérum déclenche une production plus élevée d'anticorps contre la souche originale du Covid-19 pour les 18 à 50 ans. Les effets secondaires restent quant à eux généralement légers (fatigue, maux de tête, douleurs musculaires et des nausées) et disparaissent en quelques jours après la vaccination.

Cette technologie traditionnelle fait dire au laboratoire qu'elle serait en mesure de convaincre les personnes encore non vaccinées contre le Covid-19. En France, ce sont environ 3,2 millions de personnes parmi les profils éligibles qui n'ont encore reçu aucune dose de vaccin, selon CovidTracker. "Nous souhaitons offrir une nouvelle option aux 15% d’Européens de plus de 18 ans qui ne sont pas encore vaccinés", a déclaré le patron de l'entreprise dans les colonnes de Ouest-France.

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Cette méthode présente aussi des atouts pratiques : selon le patron du laboratoire, les vaccins inactivés peuvent être "stockés entre 2 et 8 degrés", soit la température d'un réfrigérateur classique. La règle vaut aussi pour les vaccins Pfizer et Moderna, mais uniquement pendant 30 jours maximum. La biotech vise par ailleurs une protection plus longue, "pas seulement deux ou trois mois, mais sur une année". Des essais ont aussi été lancés pour que VLA2001  puisse être utilisé comme rappel chez des personnes primo vaccinées avec d'autres sérums. 

Mais pour l'heure, aucune conclusion n'a pu être tirée sur son efficacité chez les plus de 50 ans, alors que ce sont les plus de 60 ans qui sont déjà concernés par la 4e dose. Autre limite du sérum : les données restent encore "limitées" sur sa capacité à protéger contre des variants préoccupants, comme les sous-variants d'Omicron, BA.4 et BA.5, désormais souches dominantes dans de nombreux pays européens. 

Où est-il déjà autorisé ?

Le sérum de Valneva avait déjà été approuvé au Royaume-Uni, aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, seul pays où il est pour l'instant commercialisé. Car la biotech a aussi essuyé plusieurs déconvenues. En septembre 2021, le gouvernement britannique, qui lui avait passé commande pour 100 millions de doses et avait été le tout premier à le faire - alors même que le sérum était encore en développement - a résilié son contrat. Finalement, Valneva a annoncé à la mi-juin avoir trouvé un accord à l'amiable avec le Royaume-Uni, sans en préciser les termes.

Quant à l'Europe, le laboratoire avait prévu de livrer ses premières doses au deuxième trimestre 2022, mais la procédure a pris du retard. Courant mai, l'UE a fait savoir qu'elle envisageait de résilier cette commande, face à une production mondiale importante. Le 10 juin dernier, l'entreprise avait appelé à doper les commandes pour pouvoir maintenir ce contrat. "On pense qu'il est nécessaire d'avertir de manière sérieuse que le programme peut tout simplement s'arrêter sans un volume de commandes suffisant", avait affirmé Franck Grimaud à l'AFP. 

Le patron du laboratoire avait aussi lancé un appel à l'Hexagone : "La France est l'un des pays qui a passé l'une des plus importantes commandes initialement. Dans la recherche d'une solution, elle peut et elle doit jouer un rôle". La validation européenne qu'il vient de décrocher pourrait rebattre les cartes.


Maëlane Loaëc (avec AFP)

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