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Motricité, langage, socialisation... Les écrans sont-ils un réel danger pour les jeunes enfants ?

Publié le 15 avril 2024 à 12h02, mis à jour le 15 avril 2024 à 15h33

Source : TF1 Info

Deux députés LR souhaitent qu’une loi vienne réguler l’exposition des enfants de moins de trois ans aux écrans.
Leur usage serait associé à des risques pour la santé et le développement des plus jeunes.
TF1info a échangé avec un spécialiste de l’Inserm pour savoir ce que nous apprend la science au sujet de l’impact (ou non) des écrans.

Dans le viseur de deux députés LR, l’exposition aux écrans pourrait bientôt être limitée pour les enfants de 0 à 3 ans. C’est en tout cas l’objet d’une proposition de loi que porte l’élue du Doubs Annie Genevard. Parmi les mesures envisagées, on retrouve entre autres l’interdiction des tablettes, télévisions et autres smartphones pour les enfants en crèche ou gardés par une assistante maternelle.

Les arguments invoqués ? Le fait que les écrans perturberaient "énormément de fonctions chez les jeunes enfants". Sont mis en avant une "diminution de la motricité et la perturbation des repères", une "difficulté relationnelle avec l’entourage" ou bien encore "des retards de langage". 

Des écrans synonymes de sédentarité

Ces risques sont-ils étayés par des études scientifiques ? Les plus jeunes enfants sont-ils les plus vulnérables ? Les parents doivent-ils se saisir de la question à la maison ? Pour le savoir, Les Vérificateurs ont échangé avec le chercheur Jonathan Bernard, épidémiologiste à l’Inserm.

En matière de santé, "le consensus actuel est que le temps d’écran est du temps de sédentarité", explique le spécialiste. "Par voie de conséquence, nous constatons un risque accru de surpoids". S’ajoutent à cela des "perturbation du sommeil", tant "dans sa durée que dans sa qualité", ainsi qu’un impact notable sur la vision. Les problèmes de vue se trouvent accentués, avec en particulier un risque accru de développer une myopie.

Le chercheur insiste sur le fait que les enfants dans la tranche d’âge "0-3 ans ou 0-6 ans" sont ceux qui se révèlent les plus vulnérables. Il s’agit en effet de périodes durant lesquelles le "sommeil joue un rôle essentiel pour le développement" et qui voient les jeunes "prendre des habitudes". Si les adultes "ont la capacité de faire des choix éclairés pour leur santé, c’est n’est pas le cas d’un enfant", forcément plus fragile. Jonathan Bernard glisse par ailleurs qu’en ce qui concerne le surpoids, "la science a montré qu’une manifestation chez l’enfant va considérablement accroître le risque de persistance à l’âge adulte". Ce qui se déclenche tôt au cours de l’existence, en résumé, "a plus de chances de perdurer", un état de fait "assez commun sur le plan biologique" avec un corps qui "se façonne pendant l’enfance".

Le langage également affecté

Quid de l’exposition aux écrans en ce qui concerne le développement des jeunes enfants ? À ce sujet, l’expert de l’Inserm rapporte que la science a mis en avant durant la dernière décennie "qu’un temps d’écran prolongé est associé à un moins bon développement du langage". De 0 à 5 ans, les enfants se trouvent dans une phase d’apprentissage, ce qui n’est "pas le cas des adultes", chez qui l’impact n’est pas comparable. 

Pour que se développe de manière efficace le langage, "on sait qu’il faut une interaction, et qu’elle soit bidirectionnelle", note Jonathan Bernard. "Or, la télé ou les autres écrans ne sont pas bidirectionnels, il n’y a pas d’échange qui s’instaure ou de mise en situation de l’enfant"

Il est difficile d’établir un âge limite auquel les écrans verraient leur impact réduit, puisque "de la variation s’observe entre individus". Comme pour la marche, "les enfants ne se développent pas tous au même rythme". En matière d’exposition, trois ans constitue un seuil "assez consensuel en France", note le spécialiste de l’Inserm, "mais pas forcément à l’international". Ce serait en effet plutôt deux ans aux États-Unis et du côté de l’OMS. L’Organisation mondiale de la Santé qui prodigue d’ailleurs comme recommandation de ne pas passer plus d’une heure par jour devant un écran entre 2 et 5 ans.

Des connaissances à affiner

Dans les années qui viennent, les chercheurs vont continuer à s’intéresser à l’impact de l’exposition aux écrans. Ce sujet d’étude demeure en effet complexe, notamment parce qu’il faut interroger les parents pour connaître les habitudes de leurs enfants – ce qu’ils ne sont pas toujours capables d'estimer avec précision. Il s’agit aussi de réussir à prendre au mieux en compte "les facteurs sociaux et familiaux qui sont à l’œuvre", résume Jonathan Bernard. "On ne peut pas priver des groupes d’individus d’écrans pendant 10 ans à des fins scientifiques, ni contrôler les conditions expérimentales."

Pour mesurer encore plus précisément l’impact des écrans chez les plus jeunes, "il nous manque aujourd’hui une connaissance fine des conséquences à long terme chez les individus exposés". Un plus grand recul sur le devenir des enfants est nécessaire, ce qui supposerait "d'investir de manière pérenne dans les études longitudinales existantes – synonymes de suivis au long cours – ainsi que d'en lancer de nouvelles afin d'étudier la génération actuelle d’enfants".

Un sujet connexe a enfin émergé : la "technoférence", néologisme issu de la contraction des mots "technologie" et "interférence". L’idée, explique l’épidémiologiste, "c’est que l’écran du smartphone utilisé par le parent fait obstacle aux interactions avec l’enfant". Si le parent "n’est pas réactif aux sollicitations des enfants, cela pourrait avoir des conséquences sur leur développement socioaffectif et cognitif"

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Thomas DESZPOT

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