Les organisations syndicales du secteur de la tech et du conseil ont signé un accord permettant la mise en place d’un "congé fausse couche".
Il s’agit de la première branche professionnelle à mettre en place un tel droit.
Les personnes concernées pourront s'arrêter deux jours en cas d'interruption spontanée de grossesse avant 22 semaines.

Un tabou peu à peu levé. Dans le courant du mois de mars, les femmes salariées dans le secteur de l'ingénierie, du numérique, du conseil, de l'événementiel et de la formation professionnelle pourront bénéficier d’un arrêt maladie de deux jours en cas de fausse couche. Les hommes employés dans ce domaine pourront également bénéficier de ce droit si leur conjointe, également salariée dans le secteur, fait une fausse couche.

Une avancée symbolique dans un secteur majoritairement masculin

Les personnes concernées auront ainsi le droit à deux jours d’arrêt en cas d'interruption spontanée de grossesse avant 22 semaines. Ce droit a été inscrit dans la Convention collective de la Syntec, qui regroupe les syndicats professionnels spécialisés dans ces secteurs, et devrait concerner plus de 3000 groupes et sociétés françaises qui sont représentés par cette fédération. Suite à la signature de l'accord par les organisations syndicales en décembre dernier, la branche professionnelle est devenue la première en France à avoir réglementé en la matière.

Une avancée symbolique dans ce secteur qui compte une majorité d’hommes en termes de salariés, s'est par conséquent félicité l'organisation. Sur les 952.000 employés en France, 34% seulement sont effectivement des femmes. Pour Hubert Giraud, représentant du Syntec, il s’agit d’envoyer un signal aux femmes. "Si vous travaillez dans cette branche, on prendra soin de vous", assure-t-il auprès de franceinfo.

Avant cette mesure, les situations de fausse couche n’étaient pas du tout prises en compte au sein des entreprises et des ressources humaines en France. En début d’année 2022, la députée écologiste indépendante Paula Forteza avait pourtant tenté dans une proposition de loi d’ouvrir la prise en charge dans le secteur professionnel en général, avec la création d’un "parcours de soins complet et spécifique de la fausse couche", composé d’un temps d'information, d’un entretien psychologique si la patiente le souhaite et jours de congé pour se remettre, pour la femme concernée et son ou sa partenaire. Cette proposition de loi avait néanmoins été entièrement retoquée lors des débats à l’Assemblée nationale.

La fausse couche, plus "seulement une affaire de femme"

Pourtant, quelque 15% des grossesses se terminent par une fausse couche, selon un rapport publié en 2021 dans la revue médicale The Lancet, le plus souvent, au cours du premier trimestre. En France, au moins 150.000 femmes sont concernées chaque année. Or, il s'agit d'un événement "qui peut avoir des conséquences aussi bien physiques que psychologiques", indique le Syntec dans son accord.

Pour Judith Aquien, à l’origine d’une campagne de sensibilisation des entreprises sur la question à travers le mouvement #ParentalChallenge, l’ouverture de ce droit dans ce secteur est aussi un message pour les hommes. "Cela lève un autre tabou qui est celui de l’implication des seconds parents, et notamment des hommes dans les questions de parentalité. Cela refond un récit qui disait que la grossesse, et ici, la fausse couche, est seulement une affaire de femme", souligne-t-elle auprès de TF1info.

Également autrice d’un livre sur le tabou de la condition des femmes en début de grossesse, intitulé Trois mois sous silence, Judith Aquien espère par ailleurs que cette première étape permettra progressivement une généralisation de la mesure, dans d'autres branches du secteur privé comme d'un point de vue législatif. 

Le sujet de la fausse couche est en tout cas peu à peu devenu un "sujet RH, un sujet de société et un sujet de santé mentale", a-t-elle constaté. 130 entreprises, dont certaines en dehors du secteur du numérique, à l’instar de L’Oréal ou de Kellogg's France, se sont déjà engagées à mettre en place un arrêt maladie spécifique, selon des conditions et des durées variables. Cela représente plus de 15.000 employées en France.


Aurélie LOEK

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