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Les variants vont-ils rendre nécessaire l'injection d'une 3e dose de vaccin ?

Thomas Deszpot
Publié le 25 mars 2021 à 11h30, mis à jour le 25 mars 2021 à 21h22
Si une "3e dose" est nécessaire, elle ne sera pas identiques aux premières qui auront été injectées.

Si une "3e dose" est nécessaire, elle ne sera pas identiques aux premières qui auront été injectées.

Source : DENIS CHARLET / AFP

LES VÉRIFICATEURS AVEC L'INSERM - Des médias anglophones, mais aussi Bill Gates, évoquent la possible nécessité d'une 3e dose de vaccin en raison de l'émergence des variants. Hypothétique ? Probable ? On fait le point.

Mise à jour du 25/03/2021 : 

Cet article du 25 février a été enrichi de récentes données relatives au développement du variant décelé au Royaume-Uni. Une situation qui pose plus que jamais la question du recours à une nouvelle dose de vaccin.

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Le variant anglais continue sa propagation dans l'Hexagone, aggravant une situation sanitaire déjà précaire. Les données de Santé Publique France sont sans appel : "L'analyse des résultats des tests de criblage des variants d'intérêt collectés via l'outil SI-DEP montrait toujours une augmentation de la proportion de suspicions de variant 20I/501Y.V1 (UK) qui représentait 72,0% des tests criblés en S10", écrivaient il y a quelques jours les experts de l'agence. 

Une progression des variants qui alerte les pouvoirs publics et qui a fait réagir Bill Gates. Le fondateur de Microsoft, cible régulière des conspirationnistes, a réagi à leur propagation et donné son avis sur les mesures qui seraient sans doute nécessaires à l'avenir pour contenir leur impact.

Mi-février, des médias français ont rapporté que le fondateur de Microsoft a confié "dans un entretien qu'il pourrait être nécessaire d'envisager d'administrer une troisième dose du vaccin contre le coronavirus". Une déclaration rapidement relayée en ligne, laissant planer le doute sur l'efficacité des vaccins actuels. Bill Gates suggérerait que cette 3e dose permettrait de lutter contre les variants, dont l'apparition et le développement restent observés avec la plus haute attention. 

Dans le cadre de son partenariat avec l'Inserm, LCI a cherché à savoir si la généralisation de nouveaux variants pourrait à l'avenir conduire à dispenser à grande échelle une 3e dose du variant. 

Le terme de 3e dose se révèle maladroit

Avant tout, il est important de se pencher sur les propos exacts tenus par Bill Gates. Qu'a-t-il dit ? Que "l'enjeu actuel est de savoir si nous devons simplement atteindre une couverture très élevée pour les vaccins actuels, si nous avons besoin d'une troisième dose identique, ou si nous avons besoin d'un vaccin modifié". Et d'ajouter que le laboratoire "AstraZeneca en particulier a un défi à relever avec le variant", se référant ici au sud-africain contre lequel il serait moins performant. "Les deux autres, Johnson & Johnson et Novavax, sont légèrement moins efficaces [contre ces nouvelles souches, ndlr], mais le restent suffisamment pour que nous les homologuions rapidement tandis que l'on réfléchit à un futur vaccin", cette fois davantage concentré sur les variants.

On observe donc que contrairement à ce qu'ont rapporté certains médias en France, Bill Gates considère l'injection d'une 3e dose uniquement comme une option parmi d'autres. Faudra-t-il néanmoins l'envisager sérieusement ? Pour le savoir, LCI a contacté l'immunologiste Jacqueline Marvel, directrice de recherche à l'Inserm et membre du Centre international de recherche en infectiologie. Elle a pris connaissance des articles rédigés par les médias britanniques et américains, le Daily Mirror notamment, et résume leur propos ainsi : "L'idée derrière cette évocation d'une 3e dose est de dire qu'il faudrait peut-être réimmuniser avec un vaccin basé sur une souche variante."

Elle fait en particulier référence au fameux variant sud-africain, "pour lequel les taux d'anticorps protecteurs seraient beaucoup plus faibles que pour la souche initiale". Si vous recevez deux doses du vaccin Pfizer ou Moderna, l'idée ne serait donc pas d'en recevoir une 3e identique à l'automne, mais plutôt de se voir administrer un vaccin modifié, permettant de mieux cibler les nouvelles souches du virus contre lesquels les doses actuellement injectées seraient moins efficaces. "Il ne faut pas confondre troisième dose d'un vaccin classique avec les deux doses d'un vaccin classique, et une vaccination complémentaire contre un ou plusieurs variants", ajoute son confrère de l'Inserm Vincent Maréchel, professeur de virologie à Sorbonne-Université. "Cette seconde option est celle qui est mise en place contre les virus grippaux par exemple, qui changent d’une année sur l’autre."

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"Comme le virus s'adapte au fur et à mesure, on va devoir sans doute, nous aussi, nous adapter", fait remarquer Jacqueline Marvel, tout en rappelant que du point de vue vaccinal, nous avons beaucoup de chance. "Les taux de protection sont quand même très élevés", glisse-t-elle, "de 85, 90%". Dès lors, "même si ça diminue de 20 ou 30% avec un variant, on reste dans des zones de protection qui restent très importantes". Elle note qu'en Afrique du Sud, les spécialistes ont montré que les vaccins sont toujours efficaces, bien qu'un peu moins, y compris contre la nouvelle souche qui a fait son apparition dans le pays.

"Pour le moment, on a un vaccin qui protège contre à peu près toutes les formes," résume l'immunologiste. "Et si ça venait à diminuer, il n'est pas exclu que l'on conserve toujours une protection contre les formes sévères. Si les gens qui aujourd'hui vont à l'hôpital sont un peu moins bien protégés, cela restera toujours très positif s'ils ne développent plus de formes sévères bien qu'en étant symptomatiques". Elle souligne "qu'aujourd'hui, contre la forme initiale, on a l'impression que les gens ne sont carrément plus malades du tout", des résultats particulièrement positifs.

Des adaptations facilitées

On comprend en interrogeant les chercheurs que la nécessité d'une vaccination future sera conditionnée à l'efficacité des vaccins actuels contre les variants existants et contre ceux qui seraient amenés à émerger. Rien ne permet à l'heure qu'il est de certifier que des vaccinations régulières ou ponctuelles seront nécessaires, même si cette hypothèse est envisagée sérieusement et jugée probable.

Jacqueline Marvel observe qu'outre-Atlantique, les législateurs "ont d'ores et déjà expliqué que si Moderna et Pfizer modifiaient leurs vaccins pour l'adapter aux nouvelles souches, ils pourraient déclencher une procédure simplifiée avec des essais cliniques beaucoup plus petits". De sorte que soit validé plus rapidement un vaccin adapté aux nouveaux variants. "Tout le monde est en train de se préparer à l'idée que si les variants circulent et commencent à dominer, il faudra réimmuniser contre ces variants." Ce jeudi Pfizer/BioNTech a indiqué être en "discussions avec les autorités de régulation" pour soumettre une version modifiée de son vaccin "avec une séquence spécifique aux variants", mais va également procéder à des tests pour évaluer l'intérêt d'une 3e dose sur un possible sur un renforcement immunitaire face aux variants du virus.

Preuve que les autorités ne voient pas la campagne actuelle de vaccination comme une fin en soi, le commissaire européen Thierry Breton a annoncé mercredi que "l'Europe devrait être en capacité de produire entre 2 et 3 milliards de doses par d'ici la fin de l'année". La population européenne étant légèrement inférieure à 800 millions, cela permet d'envisager non seulement de délivrer deux doses par personne, mais également davantage si nécessaire. 

En résumé, il est donc possible que les variants obligent à procéder à de nouvelles vaccinations à l'avenir, en particulier si le niveau d'efficacité des vaccins actuels venait à diminuer très fortement. Pour autant, cela ne signifierait pas véritablement l'injection d'une 3e dose, puisqu'il s'agit de développer une immunité contre une nouvelle forme du virus. Avoir recours à une dose identique aux deux premières ne permettrait pas de stimuler une réponse immunitaire efficace contre des variants émergents. Les vaccins alors dispensés seraient adaptés aux nouvelles souches, à l'instar de ceux qui sont proposés tous les ans contre la grippe.  

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