Covid-19 : la vie avec le virus

Fin de la remontée des données des tests Covid : "Le risque est d'avoir un temps de retard à l'hôpital"

Publié le 26 octobre 2022 à 19h01
JT Perso

Source : TF1 Info

L'Alliance pour la biologie médicale a annoncé suspendre la transmission des données de dépistage du Covid-19 à compter de ce jeudi, en protestation au budget de la Sécurité sociale.
Le suivi de l'épidémie s'en trouve-t-il menacé ?
TF1info fait le point avec le Dr Benjamin Davido, infectiologue.

La France va-t-elle bientôt devenir aveugle face au nombre de cas positifs au Covid-19 ? Opposés au budget de la Sécurité sociale qui leur impose 250 millions d'euros d'économies par an, les biologistes ont annoncé, ce mercredi 26 octobre, qu'ils arrêteraient, dès jeudi 27 octobre, de comptabiliser le nombre de tests positifs chaque jour. "Devant la surdité des pouvoirs publics, nous avons décidé de suspendre la transmission des données de dépistage sur la plateforme SI-DEP à partir du 27 octobre", a déclaré à l'AFP le président de l'Alliance pour la biologie médicale, Alain Le Meur.

Si les Français connaîtront toujours le résultat de leur test, le nombre de cas quotidiens sera, lui, amputé d'une partie du dépistage réalisé. Ce qui devrait biaiser le suivi des vagues épidémiques. "Quantitativement, nous allons perdre la trace du virus", analyse pour TF1info le Dr Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). "Le Covid-19 frappe fort, vite à et à répétition. Ce chiffre a un intérêt : avoir une estimation du pic des hospitalisations, qui intervient une quinzaine de jours plus tard que le pic des contaminations."

"Avec les autotests, il y a déjà un trou dans la raquette"

En l'absence de remontées exhaustives des cas, "le risque est d'avoir un temps de retard à l'hôpital sur un éventuel rebond épidémique", poursuit le Dr Davido. "Il y aura un angle mort dans le suivi de l'épidémie, qui n'apparaîtra qu'au moment des hospitalisations. La préparation de la gestion des vagues à l'hôpital" se retrouvera amoindrie.

Toutefois, le chiffre des contaminations passe désormais au second plan, les autorités ne prenant aucune mesure quelque soit l'ampleur de la vague. "Depuis plusieurs mois, nous sommes dans une situation de complaisance vis-à-vis des vagues successives", estime l'infectiologue. "De facto, compter le nombre de cas a moins d'intérêt."

D'autant que celui-ci est sans doute déjà sous-estimé. "Avec la démocratisation des autotests, qui ne remontent pas sur SI-DEP, il y a déjà un trou dans la raquette", souligne le Dr Davido, pointant le changement de comportement des Français, qui ne se ruent plus sur les tests PCR ou antigéniques en raison des réinfections. "La suspension ne va donc pas tout changer dans le suivi de l'épidémie, même si nous allons perdre de l'avance."

Lire aussi

La France pourrait alors se retrouver dans la même situation que pour le suivi d'autres maladies, comme la grippe ou la bronchiolite, dont le nombre de cas quotidiens n'est pas recensé. "Pour la grippe, nous n'avons pas besoin d'avoir une remontée des tests en ville pour savoir que chaque année, elle frappe de janvier à mars avec un pic en février", tempère l'infectiologue. "Malheureusement, le Covid-19 et ses variants peuvent frapper tout le temps. La saisonnalité n'a pas encore été atteinte."


Idèr NABILI

Tout
TF1 Info