Folie de l'Ozempic sur TikTok : l'antidiabétique toujours plus détourné pour mincir

Publié le 3 août 2023 à 16h13

Source : TF1 Info

L’Agence française du médicament alerte à nouveau les professionnels de santé sur le mésusage de l'Ozempic qui persiste.
Un premier signal avait été donné en mars alors que l'antidiabétique est détourné en "pilule minceur".
Outre les effets secondaires déjà connus, les risques d'idées suicidaires et d’automutilations sont actuellement évalués à l'échelle européenne.

Les premières mises en garde sont-elles restées vaines ? Cinq mois après l'alerte des autorités sanitaires sur le mésusage de l'Ozempic, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) constate que celui-ci persiste. Pire, qu'il augmente. 

Aujourd'hui détourné pour ses propriétés amaigrissantes, ce médicament est à l'origine réservé aux patients diabétiques de type 2 insuffisamment contrôléset uniquement prescrit sur ordonnance. 

Conséquence : "Ce mésusage se fait au détriment des personnes diabétiques (type 2) qui peuvent avoir des difficultés d'accès à leur traitement", déplore dans un communiqué l’ANSM. Si des tensions d’approvisionnement existent à l'échelle nationale, elles persistent surtout au niveau mondial, et ce même si Novo Nordisk, qui commercialise le médicament, a sensiblement augmenté sa production.

Le mésusage a doublé en un an

"La part des patients considérés comme en mésusage parmi ceux ayant perçu un remboursement de l'Ozempic est passée de 0,7 % en mai 2022 à 1% en septembre 2022 puis 1,4% fin mai 2023" en France, détaille l'ANSM. Ce qui représente environ 3000 personnes actuellement. Outre les tensions d'approvisionnement qu'il provoque, le phénomène inquiète surtout pour ses effets indésirables. 

En plus de nausées, "il existe aussi des risques plus rares mais plus graves comme des pancréatites aigües, qui peuvent survenir même à doses faibles, des troubles biliaires et de rares cas de constipation sévère qui peuvent conduire à l'obstruction intestinale", expliquait en mars dernier le Pr Jean-Luc Faillie, de l'université de Montpellier, en charge de sa pharmacovigilance. 

Le médecin pointait aussi un "risque accru de cancer de la thyroïde" après plusieurs années de traitement. "Si on l'utilise pour perdre quelques kilos, là le bénéfice thérapeutique est nul. C'est juste de l'esthétique alors que les risques sont toujours présents", mettait-il en garde. Des incertitudes demeurent "notamment chez les patients obèses sur le long terme".

De nouveaux effets indésirables graves ?

Outre ces risques déjà connus, une évaluation est actuellement menée par l’agence européenne du médicament sur l'Ozempic et sa famille de médicaments concernant les risques d’idées suicidaires et d’automutilations.

"C’est une classe thérapeutique toute récente. Il n’y a pas énormément de données disponibles sur les effets indésirables rares", précise auprès de Ouest-France Marie Tardieu, cheffe du pôle des médicaments anti-diabétiques à l’ANSM, évoquant "un signal venu d’Islande" concernant ces éventuels nouveaux effets indésirables.

C'est sur le réseau social TikTok,  fin 2022 en Australie, que le produit injectable a commencé à faire fureur pour ses propriétés amaigrissantes. Son principe actif, le sémaglutide, agit en se fixant sur les récepteurs d'une hormone qui a un rôle dans le contrôle de la glycémie et stimule la libération d'insuline lorsque le taux de glucose dans le sang est élevé. Mais il ralentit également la vidange de l'estomac, diminuant de fait l'appétit et engendrant des pertes de poids importantes, de l'ordre de 10% en un an. 

Nouveau point d'étape en septembre

C'est d'ailleurs cette propriété qui a permis à l'industriel d'obtenir la commercialisation du sémaglutide dans de nombreux pays, dont les États-Unis, à une dose plus forte et sous un autre nom, Wegovy, indiqué pour le traitement de l'obésité. En France, le Wegovy a reçu un avis favorable de la Haute autorité de santé (HAS) dans le traitement de l'obésité fin décembre. Il est pour le moment limité aux personnes très obèses avec une maladie associée.

Face au contexte préoccupant, l'ANSM et l'Assurance Maladie réuniront en septembre les associations de patients et les professionnels "afin de faire un nouveau point d'étape et définir un plan d'actions concerté en fonction des dernières données disponibles", a-t-il été précisé.


Audrey LE GUELLEC

Tout
TF1 Info