Folie de l'Ozempic sur TikTok : les médecins et les autorités sanitaires tirent la sonnette d'alarme

par Annick BERGER avec AFP
Publié le 1 mars 2023 à 15h28

Source : TF1 Info

Sur TikTok, le mot-clé #Ozempic culmine à plus de 500 millions de vues.
Cet antidiabétique fait fureur sur le réseau social pour ses propriétés amaigrissantes.
En France, le phénomène engendre des tensions d'approvisionnement et inquiète médecins et autorités.

Le phénomène continue de prendre de l'ampleur et alerte les autorités sanitaires. L'Ozempic, un antidiabétique promu sur TikTok pour ses propriétés amaigrissantes, va faire l'objet d'une "surveillance renforcée" en France. C'est ce qu'ont annoncé, dans un communiqué commun, l'Assurance maladie et l'Agence de sécurité du médicament (ANSM). Le médicament est commercialisé dans l'Hexagone par le laboratoire Novo Nordisk depuis 2019. Disponible seulement sur prescription médicale, il est utilisé dans le traitement du diabète de type 2.

Mais sa vente est insuffisamment contrôlée, alertent les deux organismes. "Des remontées de terrain font état d'un usage détourné chez des personnes non diabétiques dans un objectif de perte de poids", indiquent l'ANSM et l'Assurance Maladie, rappelant que son utilisation doit être réservée aux diabétiques.

Des ruptures de stock périodiques

Les deux entités vont donc renforcer la surveillance par le suivi des données de vente et de remboursement issues du système national des données de santé (SNDS), des signalements d'usage non conforme et des déclarations d'effets indésirables aux centres régionaux de pharmacovigilance.

Selon les données citées par l'ANSM, entre octobre 2021 et octobre 2022, environ 600.000 patients ont reçu un médicament de la classe des analogues du GLP-1, dont 215.000 patients la spécialité Ozempic. Parmi ces derniers, "2185 bénéficiaires d'Ozempic peuvent être considérés comme non diabétiques", selon les estimations de l’Assurance Maladie qui estime le mésusage aux alentours de 1%.

Si ces détournements restent "limités" selon les autorités, ils pourraient toutefois avoir un impact sur la disponibilité du produit pour les patients diabétiques. Des tensions sur l'approvisionnement ont été constatées par l'ANSM et le laboratoire, notamment en raison d'une explosion de la demande au niveau mondial. Interrogé par l'AFP en février, Novo Nordisk a admis que sa "capacité d'approvisionnement actuelle ne répond pas toujours à cette demande excédentaire" et déploré "une disponibilité intermittente et des ruptures de stock périodiques".

Des effets indésirables potentiellement graves

Au-delà de la question de l'approvisionnement, le côté sanitaire inquiète également. Car l'Ozempic peut "entraîner des effets indésirables potentiellement graves, tels que des troubles gastro-intestinaux, des pancréatites ou des hypoglycémies", mettent en garde les autorités de santé. Pour le Pr Jean-Luc Faillie, en charge de la pharmacovigilance du médicament, les risques du sémaglutide, son principe actif, sont "maîtrisés" au vu des bénéfices dans le diabète, mais "il y a toujours des incertitudes, notamment chez les patients obèses sur le long terme". "Si on l'utilise pour perdre quelques kilos, là le bénéfice thérapeutique est nul, c'est juste de l'esthétique alors que les risques sont toujours présents", met-il en garde. 

Outre des nausées, "il existe aussi des risques plus rares, mais plus graves, comme des pancréatites aigües, qui peuvent survenir même à doses faibles, des troubles biliaires, de rares cas de constipation sévère qui peuvent conduire à l'obstruction intestinale", relève-t-il, pointant aussi un "risque accru de cancer de la thyroïde" après plusieurs années de traitement.


Annick BERGER avec AFP

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