ANALYSE - Un comité d'experts a remis ce mardi au gouvernement un rapport sur la gestion française de la crise sanitaire. S'il note une bonne réponse gouvernementale sur le plan économique et social, il pointe malgré tout plusieurs échecs.

Regarder en arrière pour apprendre de ses erreurs. Le 25 juin 2020, Emmanuel Macron a souhaité que soit installée une mission indépendante chargée d’évaluer la réponse française à la crise sanitaire, prenant en compte le volet économique et social et en comparaison internationale. 

Tandis qu'un rapport d'étape avait été remis en octobre dernier, la version finale a été rendue ce mercredi au chef d'État par l'épidémiologiste suisse Didier Pittet, qui a mené ces travaux destinés à évaluer "les forces et les faiblesses" de la stratégie française. S'il ne remet pas en cause sa cohérence et ses grands principes, il pointe néanmoins plusieurs échecs, ou rectifications de tir à effectuer.

Trop d'hésitations au printemps 2020

Les auteurs du rapport regrettent en premier lieu l'insuffisance du niveau de préparation à la crise, qui a notamment débouchée sur le manque de masques au printemps 2020. Conformément aux recommandations de l’OMS, dans le contexte de l’adoption du Règlement Sanitaire International, la France s’est dotée d’un plan de préparation à une pandémie grippale en 2005. Il a ensuite été régulièrement mis à jour, jusqu'en 2011. Or, "les mesures les plus importantes, qui ont été décidée in fine, telles que le couvre-feu, le confinement ou la place donnée à une stratégie du type 'tester, tracer, isoler', au-delà de la phase initiale de freinage, n’étaient pas prévues dans le plan pandémie français, pas plus que dans celui des autres pays étudiés"

"Conséquence de ce manque de préparation opérationnelle, la pénurie de masques a en outre souffert des hésitations sur leur doctrine d’emploi et d’insuffisances graves de gestion", ajoutent les auteurs selon qui "une intervention plus précoce aurait peut-être pu permettre un confinement moins strict et moins pénalisant pour l’économie".

Le rapport insiste également sur la mortalité de l'épidémie de Covid-19 dans le pays et sur la première vague, particulièrement forte. Si la France se situe en position médiane parmi les 33 pays les plus affectés par le Covid-19, "elle se situe nettement au-dessus de la moyenne européenne (1092 décès par million)", avec 1332 décès par million d’habitants, souligne le texte. Dans le classement des pays, réalisés de "pays peu ou pas affectés" à "pays très affectés", la France se classe ainsi, selon les experts, dans la dernière catégorie.

Les plus de 85 ans plus durement touchés

L'équipe dirigée par l'épidémiologiste suisse regrette également le manque d'anticipation du gouvernement face à la deuxième vague. "L’échappement de l’épidémie au contrôle n’a pas été perçu immédiatement", notent-ils en citant notamment une absence de capacité de tests à grande échelle et une mauvaise compréhension de la situation par les autorités sanitaires en raison d’un "déficit d’expertise" et d'un dispositif de surveillance sanitaire pas assez préparé à ce genre de situation.

Plus fortement touchés par l'épidémie qu'au Royaume-Uni ou aux États-Unis, les Français de plus de 85 ans ont pâti de cette gestion de crise sur la durée. "Contrairement aux autres pays qui avaient subi le choc initial, cette situation s’est dégradée lors de la deuxième période", soulignent ainsi les auteurs qui conseillent, parmi une liste de 40 propositions, "d'améliorer le dispositif de prise en charge des personnes âgées en établissement", notamment en renforçant la médicalisation des Ehpad et en systématisant l’appui hospitalier. 

Sur le plan économique, le rapport juge la réponse de l’État globalement positive et à la hauteur du choc avec des mesures de préservation de l'emploi prises massivement et rapidement. Les experts estiment également que sur le plan sociétal, l'aspect psychologique des Français a été pris en compte.


C.A.

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