Six organisations syndicales de praticiens libéraux appellent à une nouvelle journée de mobilisation ce mardi.
Des fermetures de cabinets sont attendues, tandis qu'une manifestation est prévue à Paris.
Depuis des semaines, les médecins réclament une revalorisation du tarif de la consultation, et s'inquiètent aussi d'un projet de loi contesté sur la prescription médicale.

Le bras de fer se poursuit entre les médecins libéraux et le gouvernement. Mobilisés depuis plusieurs semaines déjà, les praticiens manifesteront leur mécontentement ce mardi. Ils contestent à la fois une proposition de l’Assurance maladie d’augmenter le tarif de base de la consultation de 25 à 26,50 euros, insuffisante à leurs yeux, mais aussi un texte de loi qui sera examiné mardi au Sénat, prévoyant l'accès à certains soignants sans prescription médicale. 

Six syndicats ont ainsi appelé ou apporté leur soutien à une nouvelle journée de mobilisation ce mardi, prévoyant des fermetures de cabinets médicaux et une manifestation à Paris.

Revaloriser à 26,50 euros la consultation, une "provocation"

La revalorisation du tarif de base de la consultation de 1,50 euro avait été lancée par l'Assurance maladie dans le cadre de négociations tendues avec les syndicats de médecins, prévues jusqu'à fin février. Elle a été vécue comme "une provocation" par les organisations. Pour cause, le jeune collectif "Médecins pour demain", soutenu par plusieurs syndicats (FMF, UFML, SML et Jeunes Médecins), avait pour sa part revendiqué le doublement du tarif de base de consultation, de 25 à 50 euros

Ce collectif a déjà appelé à plusieurs grèves depuis décembre, et est à l'initiative d'une première manifestation à Paris jeudi 5 janvier, qui a rassemblé 4000 personnes selon les organisateurs, 2300 selon la préfecture de police. Il y a deux semaines, les syndicats de médecins libéraux avaient aussi demandé dans une lettre commune à la Première ministre, Elisabeth Borne, "une enveloppe financière supplémentaire" pour éviter "un échec des négociations" en cours.

En réponse, l'Assurance maladie a confirmé au début du mois à l'AFP avoir proposé "une revalorisation des consultations de l'ensemble des médecins libéraux de 1,50 euro", sauf pour les téléconsultations qui ont "vocation à rester à 25 euros". Le ministre de la Santé François Braun, lui, estime que cette augmentation de tarif constitue déjà un "point de départ", qui représente "en moyenne pour un généraliste 7000 euros de plus par an"

Il a aussi évoqué "une deuxième partie en discussion", au-delà de cette revalorisation de base. "Ceux qui iront dans une logique territoriale, pour répondre aux besoins de la population de leur territoire, ceux-là bien sûr auront une valorisation supérieure", a-t-il assuré. Quant à la grève des médecins elle-même, le ministre a dit "entendre leur inquiétude, leur colère parfois", mais aussi "la colère des Français, qui n'arrivent pas à trouver un médecin, ni à avoir les soins dont ils ont besoin".

La prescription médicale bientôt contournée ?

Le collectif "Médecins pour Demain" s'oppose également à une proposition de loi portée par la députée Renaissance Stéphanie Rist. Une manifestation est prévue mardi à Paris pour protester contre le texte, dès 13h au départ des Invalides en direction du Panthéon, avec un passage prévu près du Sénat. Le projet de loi vise à permettre "l'accès direct", sans prescription médicale, aux infirmières dites "de pratique avancée" ainsi qu'aux kinés et orthophonistes. Il a été voté à l'unanimité en première lecture le 19 janvier à l'Assemblée, et doit être maintenant examinée par les sénateurs ce mardi.

Le texte signerait "la tombe de la médecine libérale", a réagi collectif sur Twitter. "La porte s’ouvre sur le transfert du diagnostic médical et de la prescription à des non-médecins, une médecine sans médecins", s'inquiète-t-il dans une pétition en ligne, qui a déjà rassemblé plus de 81.500 signatures. Par ailleurs, un amendement à la proposition de loi prévoit aussi une "obligation collective" de garde le soir, le week-end et les jours fériés pour l'ensemble des médecins et soignants libéraux, une perspective que redoutent également les praticiens. 

Le ministre de la Santé, lui, affirme que le texte a déjà été modifié à l'Assemblée et après le passage en commission au Sénat. "On voit qu'il y a des bougés, je crois qu'il faut laisser aller la discussion parlementaire", a-t-il défendu. Sur le fond, la proposition de loi vise à "favoriser l'exercice coordonné et de libérer du temps médical", a argué François Braun. Et d'exhorter les médecins à "regarder ce texte dans le détail".


Maëlane LOAËC (avec AFP)

Tout
TF1 Info