L’épidémie de grippe saisonnière

Grippe : "Il est encore trop tôt pour savoir l’ampleur et la sévérité que va avoir l’épidémie"

par Matthieu DELACHARLERY
Publié le 26 novembre 2022 à 15h30
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Les consultations pour syndrome grippal ont bondi de deux tiers en France.
La campagne de vaccination, qui a débuté le mois dernier, accuse un retard important.
TF1info a contacté le Pr Vincent Maréchal pour faire le point sur les bons gestes pour éviter d'être contaminé.

Il n'avait pratiquement plus fait parler de lui sous l’effet des mesures anti-Covid. Après deux années de répit, le virus de la grippe fait son retour en force, profitant d'un terrain immunitaire extrêmement propice. Durant la semaine du 14 novembre, les consultations pour syndrome grippal ont bondi de deux tiers par rapport à la semaine précédente, et le nombre de passages aux urgences pour grippe ou symptômes grippaux de 39%, selon le dernier bulletin de l'agence Santé publique France.

"À ce stade, il est encore trop tôt pour savoir l’ampleur et la sévérité que va avoir l’épidémie", tempère Vincent Maréchal, professeur de virologie à Sorbonne Université et virologue au Centre de recherche Saint-Antoine, contacté par TF1info. "Cela va dépendre autant de la nature des souches virales que de l’attitude de la population, à travers le respect des gestes barrières, mais aussi du niveau de couverture vaccinale." Alors que la campagne de vaccination peine à décoller, certains redoutent un hiver sous haute tension virale. 

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Évoquant un contexte sanitaire déjà rendu difficile par un Covid persistant et une flambée de bronchiolite, les autorités sanitaires ont recommandé en début de semaine "aux personnes à risque et aux professionnels de santé de se faire vacciner sans délai". La recommandation concerne en priorité les personnes âgées de 65 ans et plus, les femmes enceintes et les personnes souffrant de certaines maladies chroniques ou d’obésité sévère, ainsi que l’entourage des personnes immunodéprimées ou des nourrissons de moins de 6 mois présentant un risque. Pour eux, comme tous les ans, la vaccination est remboursée par l’Assurance Maladie. C'est aussi le cas pour les professionnels de santé.

On l’oublie trop souvent, c'est un virus qui tue, rappelle le Pr Maréchal. La grippe est une maladie très contagieuse qui peut entraîner de graves complications chez les personnes à la santé fragile. Et le vaccin réduit de manière significative le risque de formes graves, même si le niveau de protection varie d'une année sur l'autre et dépend aussi de l’individu. "L'efficacité du vaccin antigrippal peut varier de 40-50% jusqu’à 80%, en fonction de l’âge et la qualité de la réponse immunitaire chez la personne vaccinée. Cela reste néanmoins un outil de lutte essentiel. Il est sans danger, ne contient pas d’agents infectieux et on sait qu’il sauve des vies chaque année", souligne le Pr Vincent Maréchal. 

Le vaccin antigrippal, ça concerne tout le monde ?

Ce spécialiste des virus encourage d’ailleurs chacun à se faire vacciner. "Il y a d’abord un bénéfice individuel, le fait de ne pas tomber malade et de pouvoir maintenir son activité. Les gens qui ont une profession libérale, par exemple, s’arrêter une semaine, ce n’est pas toujours évident", explique-t-il. "Il y a aussi un gain collectif. En se vaccinant, on contribue à ralentir la circulation du virus et à ce titre-là, on protège les gens qui sont autour de nous. La vaccination, c’est un acte solidaire." D’après les chiffres officiels, le virus de la grippe tue chaque année entre 8000 et 10.000 personnes en France, rappelons-le.

L'acte de vaccination permet aussi de soutenir le système de santé et de limiter les afflux de patients dans les hôpitaux qui sont déjà sous tensions. "Il y a aussi des coûts marginaux que les gens ne prennent pas forcément en considération. Lorsque vous êtes arrêté à la maison pendant une semaine, vous pesez aussi sur toute l’activité de la société, la Sécurité sociale", souligne le Pr Vincent Maréchal. "C'est dans ce sens qu'on encourage les entreprises à mener des campagnes de vaccination directement sur le lieu de travail. En participant à l'effort public, elles y trouvent un aussi intérêt personnel", poursuit le virologue.

Aux premiers signaux, on porte le masque chirurgical

Tout comme le Covid-19, la transmission du virus grippal se fait principalement par voie respiratoire. "Le virus entre principalement par les voies respiratoires supérieures, et ressort emballé dans des petites gouttes de salive ou des aérosols, autrement dit des micro-gouttelettes de salive. Il peut aussi se transmettre via un portage par les mains", précise Vincent Maréchal. L'infection se caractérise le plus souvent par une fièvre importante (38°C), qui est assez brutale et en 'V ', c’est-à-dire qui descend puis remonte. On a des mots de tête, des céphalées, des douleurs musculaires, des difficultés respiratoires... Mais tout le monde n’a pas de symptômes, laissant ainsi la voie libre au virus pour se propager. 

Généralement, il y a des signes cliniques assez caractéristiques, mais on ne fait pas le diagnostic dans la plupart des cas, car d’autres virus peuvent provoquer des symptômes du même ordre. D’où la nécessité d’appliquer les mesures barrières dès les premiers signaux, prévient le praticien : "L’idée, en règle générale, lorsqu’on commence à avoir le nez qui coule, à tousser et à avoir un peu de température, le premier réflexe, c’est de porter un masque dès qu’on se déplace, en particulier dans les lieux clos et très fréquenté. Il permet de protéger les gens autour de vous et va aussi vous protéger dans une certaine mesure."

… et on applique immédiatement les gestes barrières

Idéalement, estime le Pr Maréchal, il faudrait remettre en place ce qu’on a appris avec le Sars-Cov2 pour se protéger contre les infections respiratoires en général, et le virus de la grippe en particulier. "Il y a des gestes simples et qui ne coûtent pas beaucoup d’argent, alors utilisons-les ! Lorsqu’on a n’a pas le masque, on tousse au creux du bras et pas dans la main, car c’est un vecteur pour les virus. On évite aussi la bise et les poignées de main. Le lavage des mains, l'utilisation du gel hydroalcoolique et l’hygiène corporelle au sens large sont tout aussi essentiels. Sans oublier la ventilation des espaces et a fortiori des espaces clos." 


Matthieu DELACHARLERY

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