Le 13H

Hôpital public : les chiffres inquiétants des lits fermés faute de soignants

V.F
Publié le 27 octobre 2021 à 13h17
JT Perso

Source : TF1 Info

SONNETTE D'ALARME - Selon le dernier avis du conseil scientifique, environ 1 lit sur 5 est fermé dans les grands hôpitaux faute de personnel. Une situation inédite qui inquiète les soignants. C'est le cas notamment au CHU de Nancy où s'est rendu le JT de TF1.

C'est un chiffre qui résume à lui seul l'état alarmant de l'hôpital public : selon le dernier avis du Conseil scientifique, publié le 5 octobre, environ 20% des lits sont actuellement fermés dans les CHU et CHR de France. "Cela touche tous les secteurs de soins (médecine dont soins critiques, chirurgie et obstétrique) mais aussi à un moindre degré les services de pédiatrie (réanimation et hospitalisation conventionnelle) qui dans certaines régions sont déjà en tension alors que nous ne sommes qu’au début des épidémies automnales et hivernales virales hors COVID", alerte l'organisation consultative.

La faute avant tout aux manques d’infirmières et d’aides-soignants, mais aussi de médecins titulaires, lessivés par la crise sanitaire. Aucun hôpital n'est épargné par le phénomène : 10% des postes d'infirmières sont par exemple désormais vacants, avec aucun renfort en vue. "On agit un peu à la chaîne, les soins d’hygiène et de confort sont aussi faits à la chaîne, et ce n’est pas pour ça qu’on a signé, ce n’est pas pour ça qu’on veut être infirmière", déplorait ainsi le week-end dernier dans le 20H de TF1 Zoé Huguet, une infirmière d'un service de neurologie. Mais les infirmières ne font pas que démissionner d'un hôpital, elles quittent aussi l'activité qu'elles avaient choisi, ce qui montre une nature nouvelle du phénomène.

Psychologiquement de se dire qu'on va devoir refuser des patients ou de faire un certain tri ou de réorganiser la filière, c'est dramatique pour nous.

Lisa Humbertjean, praticienne hospitalière

Le constat est identique au CHU de Nancy où se rend le 13H de TF1 dans le reportage en tête de cet article. Quatre chambres sur les douze que compte le service de soins intensifs en neuro-chirurgie sont par exemple aujourd'hui fermées. "Nous n'avons aucune idée de quand est-ce que nous pourrons rouvrir ces lits puisque je n'ai aucune visibilité sur le personnel soignant ultérieur", affirme le professeur Marc Debouverie, chef du pôle de neurochirurgie. 

Et ce alors que des malades attendent, mais il manque trop d'infirmiers. "Ils ne sont plus assez pour assumer les plannings de jour et de nuit. Psychologiquement, de se dire qu'on va devoir refuser des patients ou de faire un certain tri ou de réorganiser la filière, c'est dramatique pour nous", s'inquiète le docteur Lisa Humbertjean, praticienne hospitalière. "On n'arrive pas à recruter au niveau des écoles de nouveaux personnels et le personnel existant est absent. Et avec des secteurs de soins qui sont les plus lourds, on peut arriver au-dessus de 20% d'absentéisme", rajoute de son côté le professeur Marc Debouverie.

L'hôpital est pourtant prêt à embaucher. 60 postes paramédicaux sont proposés actuellement, mais il n'y a pas de candidats. Et comme il faut trois ans pour former des infirmiers, par exemple, les services vont encore devoir s'adapter dans l'urgence. "La seule chose que l'on peut faire pour l'instant, c'est d'essayer de réorienter les choses donc à nouveau de prioriser ce qu'on doit faire absolument tout de suite, et ce qu'on peut à nouveau déprogrammer ou reporter. Mais les patients n'en peuvent plus et à la fois certains professionnels ont besoin de retrouver une activité", explique le professeur Christian Rabot, le président de la Commission médicale.

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Sans compter qu'il n'y a pas que les services médicaux qui sont concernés par ce manque de personnel. "Sur les services support, on a supprimé au CHU de Nancy pratiquement la moitié des effectifs en dix ans. Les agents de bio nettoyage, il en manque aussi partout, dans tous les services du CHU", égrène Stéphane Maire, délégué CFDT. L'hôpital de Nancy, ce sont pourtant près de 10.000 salariés, mais avec une activité qui ne cesse d'augmenter. 


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