Elizabeth II : 70 ans de règne, un jubilé de platine historique

Jubilé de platine d’Elizabeth II : comment expliquer la fascination des Français pour les têtes couronnées britanniques ?

Romain LE VERN
Publié le 1 juin 2022 à 11h13, mis à jour le 1 juin 2022 à 20h12
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Source : Sujet TF1 Info

La reine Elisabeth II fête, à compter de ce jeudi, ses 70 ans de règne au cours de quatre jours de festivités royales que des dizaines de millions de Britanniques vont vivre avec passion. Mais ils ne seront pas les seuls.
Comment expliquer que les joies et les heurts des têtes couronnées captivent jusqu'à ce côté-ci du Channel ?

Mais qui a dit que le Jubilé d'Elizabeth II ne passionnait personne en France ? Détrompez-vous : si nos amis britanniques ont souvent des opinions tranchées sur les vissitudes, a fortiori les psychodrames, se déroulant chez les Windsor, force est de constater que, dans l'Hexagone, on raffole aussi des enjeux tiraillant la famille royale britannique. Comment expliquer une telle fascination ? 

Pour la psychologue Laurie Hawkes, interrogée par TF1info, il suffit de prendre un exemple bien de chez nous, à savoir Johnny Hallyday pour comprendre un tel mécanisme : "Regardez comment les fans réagissent, ils se disputent, prennent parti, se déchirent pour leur idole", remarque-t-elle. "La vraie différence, c'est que la famille royale recèle une dimension supplémentaire chez les Français : elle symbolise tout d'abord la royauté qui a disparu en France. Avec un regard franco-français, on est fasciné par ce que nous autres, héritiers d’un sans-culottisme diffus, n'avons pas et que nous n'avons plus."

La popularité jamais démentie de la monarchie britannique

Est-ce alors parce que la France n'a plus eu de monarque depuis 143 ans, soit depuis le départ de Napoléon III après la défaite française face aux Prussiens pendant la guerre de 1870, que les aficionados français de la famille Windsor regrettent la royauté ? "Avoir une figure presque divine au-dessus de nous, c’est rassurant, même si on a peur qu'ils se fassent couper la tête", soutient Laurie Hawkes. 

La population est fascinée par ces personnages providentiels tout en se montrant constamment déçue à leur égard

Benjamin Thiry, psychologue

Un raisonnement "historique" qui rejoint celui du psychologue Benjamin Thiry, également sollicité par TF1info : "Depuis la nuit des temps, la tendance naturelle des groupes humains est de désigner un meneur qui parlera, agira, prendra des décisions et les autres se contentent de décider de les suivre ou de s’y opposer. Au fil de l’histoire, les meneurs ont trouvé des légitimités nouvelles, bien souvent de nature religieuse, et porté des titres glorieux : césars, rois, empereurs, présidents, etc. Ceci afin de diminuer les mouvements de contestation de rivaux éventuels. Ainsi, la figure du meneur fait l’objet d’une idéalisation de la majorité de la population, indépendamment des critiques qu’elle pourrait lui adresser. Le meneur est un personnage qui rappelle un parent qui s’occupe de ses enfants, qu’il le fasse bien ou mal. Le peuple attend de ce chef qu’il réponde à ses problèmes, rappelant l’enfant que nous avons tous été." 

En d'autres termes, les membres de la famille royale, dans l'inconscient collectif, sont comme des repères, soutenant que nous avons un besoin impérieux de symboles, de profondeur historique, de références permanentes dans notre quotidien. Ils incarnent donc ces chefs, "personnages surnaturels qui suscitent le rêve, le rêve d’un parent idéal qui viendrait résoudre tous nos problèmes" : "Il n’est dès lors pas étonnant que la population soit fascinée par ces personnages providentiels tout en se montrant constamment déçue à leur égard", ajoute Benjamin Thiry. Le psychologue prend l'exemple du couple ultra-médiatique Harry-Meghan, refusant le poids des conventions établis par la couronne britannique début 2020, de s'affranchir de la tutelle des membres de la famille Windsor. Délivrés, libérés. Mais provoquant l'incompréhension, voire l'ire, de certains fans de la famille Windsor.

Comme la presse en parle souvent, il faut presque une passion inverse pour ne rien savoir des histoires des Windsor.

Laurie Hawkes, psychologue

Reste une question : pourquoi des réactions aussi outrées ? "Il y a tout de même un certain nombre de spectateurs tièdes, suffisamment amusés par ces histoires pour se tenir à peu près au courant, mais qui peuvent quand même dormir la nuit."

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Et ceux qui s'en moquent royalement ? "Comme la presse en parle souvent, il faut presque une passion inverse pour ne rien savoir des histoires des Windsor. Soit une détermination rageuse à ne rien entendre, ne pas être emporté là-dedans. Certains me semblent "héritiers" de la révolution, de cœur sinon de lignée et donc farouchement anti-noblesse et privilèges, quand d’autres ne veulent tout simplement pas s’encombrer avec de telles fariboles." 


Romain LE VERN

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