Les opposants traditionnels aux vaccins anti-Covid visent depuis 48h la vaccination contre le papillomavirus.
Et plus particulièrement le vaccin Gardasil, ravivant un débat vieux de plus de dix ans en France.

"Voici un MESSAGE URGENTISSIME à diffuser : Macron + Braun + Pap Ndiaye vont à Jarnac pour VAX dans un COLLEGE." Mardi 28 février au matin, une chaine Telegram anti-masques a tenu à alerter sur l’information du jour : la visite d’Emmanuel Macron dans un collège de Charente pour annoncer l’élargissement de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV). Une campagne proposée à tous les élèves de 5e dès la rentrée prochaine pour mieux protéger contre ce virus sexuellement transmissible et responsable de plusieurs types de cancers (col de l’utérus, vulve, anus). 

Le vaccin Gardasil, au cœur des défiances

Alors que la France est à la traine dans la vaccination, avec 37% des jeunes filles et 9% des jeunes garçons vaccinés, l’annonce du président a réveillé des réseaux quelque peu en sommeil ces dernières semaines : les antivax, particulièrement actifs sur le terrain du coronavirus. Tous se sont emparés de l’information pour alerter en ligne sur les prétendus dangers autour de ce vaccin, pourtant considéré comme sûr et efficace à 90% contre le cancer du col de l’utérus.

Le Gardasil, qui n’est pas le seul à être commercialisé en France, concentre pourtant toutes les craintes et les colères sur les réseaux sociaux. "Si Macron croit qu'on va les laisser injecter nos enfants au #Gardasil alors que ce produit est interdit dans plusieurs pays pour ses effets secondaires et son mauvais rapport bénéfices/risques, c'est mal connaître la force des parents qui protègent leurs enfants", s’indigne par exemple un compte Twitter. D’autres internautes pointent le cas de l’Australie, qui a commencé à vacciner ses adolescents dès 2007 et où les bénéfices seraient invisibles aujourd’hui. Des affirmations contredites par les études scientifiques menées en vie réelle, comme nous le détaillons ici

Le vaccin contre le papillomavirus est beaucoup discuté sur Twitter depuis l'annonce faite par Emmanuel Macron
Le vaccin contre le papillomavirus est beaucoup discuté sur Twitter depuis l'annonce faite par Emmanuel Macron - Visibrain

Certains relais sont traditionnellement opposés à la vaccination contre le papillomavirus. Sur Facebook, la page "Gardasil danger" n’a jamais cessé d’être active depuis sa création en 2011. Elle renvoie régulièrement à des documentaires publiés sur le site Odysee, la plateforme de vidéos préférée des antivax, et s’est mise à poster deux fois plus après l’annonce du gouvernement. Mais les groupes qui communiquent depuis 48h se sont avant tout illustrés dans la lutte contre les vaccins anti-Covid, comme l’association "Reinfocovid" ou le "Collectif Carton Jaune" issu du mouvement des Gilets jaunes. "Après les victimes des vaccins "Covid", combien de victimes du #Gardasil, le vaccin dont Macron fait la publicité dans les collèges ?", s’interroge le collectif sur Twitter. À ce jour, aucun décès n’a été attribué directement à la vaccination contre le Covid

Plusieurs figures notoires du mouvement se distinguent aussi : Louis Fouché, médecin réanimateur à Marseille et ancien bras-droit de Didier Raoult, Alexandra Henrion-Caude, généticienne décriée et intervenante du film complotiste "Hold Up", ou encore Yves Pozzo di-Borgo, ancien sénateur aux idées conspirationnistes. Ils devront cette fois se passer de Didier Raoult, qui s’est rangé du côté de la science en préconisant dès 2019 le vaccin contre le papillomavirus. 

Des commentaires en réaction à un reportage de Radio Courtoisie, interrogeant une mère d'élève opposée à la vaccination contre le papillomavirus
Des commentaires en réaction à un reportage de Radio Courtoisie, interrogeant une mère d'élève opposée à la vaccination contre le papillomavirus - Facebook (capture écran)

C'est un débat franco-français
Geoffroy Canlorbe, gynécologue obstétricien

Cette opposition, le Pr Geoffroy Canlorbe la connait bien. "Le vaccin n’est pas visé partout, il est visé en France. Sur les 31 pays européens au sens large, nous sommes le 28e pays en termes de couverture vaccinale. Juste devant le Kazakhstan, l’Arménie et la Bulgarie. C’est un débat franco-français", insiste auprès de TF1info le gynécologue obstétricien à la Pitié-Salpêtrière et secrétaire général de la SFCPCV, la Société Française de Colposcopie et Pathologie Cervico-Vaginale. 

En 2019, au moment où le vaccin contre le papillomavirus venait à être recommandé aux garçons, la SFCPCV avait déjà alerté sur le flot de "fake news" venant perturber le débat public, une réalité depuis le début des années 2010. Et avait tenu à rassurer "quant à l’efficacité et la bonne tolérance de la vaccination anti-HPV". Mais si la désinformation en matière de santé publique et de vaccins n’a pas attendu la pandémie, elle a aujourd’hui quelque chose qu’elle avait moins à l’époque : la visibilité des réseaux sociaux.  

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Caroline QUEVRAIN

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