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Le Samu doit-il passer par Doctolib pour envoyer un patient aux urgences ?

Caroline Quevrain
Publié le 11 juillet 2022 à 18h10, mis à jour le 12 juillet 2022 à 10h15
JT Perso

Source : JT 20h WE

Selon Nicolas Dupont-Aignan, l’admission aux urgences d’un malade emmené par le Samu devra se faire sur Doctolib.
C’est faux : cela concernera seulement les patients redirigés vers un médecin généraliste, lesquels devront prendre rendez-vous.

Mise à jour du 12 juillet : ajout du démenti apporté par le ministère de la Santé.

Dans une vidéo publiée vendredi 8 juillet, Nicolas Dupont-Aignan a dénoncé la "privatisation de l’hôpital" et des services d’urgences. Selon le président de Debout la France, leur accès va être conditionné à une place disponible sur le site Doctolib, qui permet de réserver des créneaux pour des soins. "Le ministre de la Santé propose que les urgentistes, les Samu passent par Doctolib pour savoir s'ils peuvent emmener un patient aux urgences. Cela veut dire que le Samu devra dorénavant attendre sur un parking de savoir si sur Doctolib, site privé, il y a une place à l'hôpital public", dénonce le député de l’Essonne en se filmant pendant près de 3 minutes. En trois jours, l’extrait a totalisé 124.000 vues.

L’audience a donc été au rendez-vous mais les propos tenus par Nicolas Dupont-Aignan ne sont pas vrais pour autant. En effet, les services du Samu ne devront pas rechercher une place aux urgences sur Doctolib, ou un autre site de réservation médicale, avant d’y emmener un patient pris en charge. Cette mesure concerne les patients qui seront redirigés vers un médecin de ville après s’être rendus aux urgences ou avoir contacté le Samu dans cette optique.

Des propos dénoncés par le corps médical

Ici, Nicolas Dupont-Aignan fait référence à la "mission Flash", esquissée par celui qui est devenu entre-temps ministre de la Santé, François Braun. À aucun moment, le rapport ne mentionne un accès aux urgences conditionné à une réservation préalable sur le site Doctolib. Interrogé, le cabinet du ministre de la Santé dément l'information : "Les patients nécessitant un transport vers les urgences seront toujours emmenés dans un service d’urgences selon les procédures usuelles. Son affirmation est donc totalement fausse". 

En revanche, certains patients bénéficieront de rendez-vous, mais pas aux urgences. Ainsi, la 23e recommandation de ce rapport vise à "réguler les admissions soit à l’entrée du service, soit par la régulation médicale préalable par le SAMU/SAS". Et celle-ci pourra passer par l'alternative d'une consultation dans un cabinet généraliste, avec une prise de rendez-vous en amont. Concrètement, le Samu ou l’accueil des urgences lui-même seront en mesure de renvoyer le patient vers un médecin de ville, si son état n’est pas jugé prioritaire. 

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Les généralistes, ou les médecins libéraux spécialisés, acceptant de prendre ces patients en consultation recevront alors un bonus de 15 euros. Pour rechercher les volontaires, "l’identification des plages de RDV disponibles peut se faire par tout moyen, notamment par une plate-forme numérique développée par l’État, interfacée avec plusieurs sites de prise de rendez-vous", précise le cabinet de François Braun. Depuis, plusieurs médecins ont dénoncé les propos de Nicolas Dupont-Aignan, à l’instar du docteur Jérôme Marty, président de l’Union Française pour une Médecine Libre (UFML). 

Dans les colonnes du Parisien, l’élu de l’Essonne a justifié ses affirmations par le fait qu’elles pourraient être vraies dans le futur. "Le fait même que cela permette de prendre rendez-vous avec le médecin est bien un tri dangereux en amont, et c’est cela le vrai problème et le vrai danger", a-t-il considéré.

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Caroline Quevrain

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