Un trouble répandu, mais méconnu : ce que vous ne savez (peut-être) pas sur la myopie

Maxence GEVIN
Publié le 29 juin 2022 à 9h47, mis à jour le 29 juin 2022 à 18h59
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

De plus en plus de Français souffrent de myopie.
Risques de cécité, facteurs d'aggravation, traitements... de nombreuses caractéristiques de ce trouble restent encore pourtant largement méconnues.

Sera-t-on bientôt tous myopes ? Longtemps contingentée à une faible frange de la population - entre 10 et 15% -, la myopie touche désormais plus de 40% des humains dans le monde. Selon les projections actuelles, ce chiffre pourrait monter à 50% d'ici à 2050. Aujourd'hui en France, 37% des individus sont concernés par ce trouble, soit plus de deux fois plus qu'en 1950. Malgré cette explosion, en l'espace de seulement quelques années, la myopie reste encore relativement peu connue dans l'esprit du grand public, comme le démontre une étude de l'institut Ipsos publiée le 24 juin dernier. Pour y voir plus clair, TF1info a sollicité Thierry Bour, président du Syndicat national des ophtalmologistes de France (SNOF). 

La myopie, un trouble souvent mal défini

Selon l'enquête Ipsos, 51% des Français ne donnent pas une bonne définition de la myopie. À tort, 14% pensent, par exemple, que ce trouble affecte la vision de près et de loin, et 13% qu’il affecte la vision de près. Cette absence de connaissance est particulièrement élevée auprès des parents (54%) et même des parents ayant des enfants myopes (43%). 

Ce trouble de la vision est lié à un allongement excessif de l'œil qui entraîne une vision floue au-delà d'une certaine distance. "La myopie est la conséquence d'anomalies anatomiques. Un œil normal fait entre 22 et 24 millimètres, tandis qu'un œil myope fait entre 24 et 32mms", précise Thierry Bour. "Normalement, les rayons qui rentrent dans l'œil convergent vers la rétine, la membrane qui permet de voir. Chez les myopes, les rayons s'arrêtent avant, étant donné que leur œil est décalé. Ils arrivent flous sur la rétine, ce qui explique que la personne touchée voit flou de loin. Ils arrivent à voir de près mais sont très rapidement gênés", ajoute-t-il. 

Les facteurs la favorisant sont souvent méconnus

SI elle est aussi héréditaire - un enfant avec un parent myope a le double de risque de l'être, lui aussi ; avec deux parents myopes, ce risque est grosso modo multiplié par six -, la myopie est aussi et surtout liée aux modes de vie. Chez les citadins, le risque d'être myope est maximal. En effet, pour que ce trouble "ne se développe pas, un individu a besoin d'être soumis à plusieurs heures - au moins deux - de rayonnements naturels par jour. Or le mode de vie actuel nous oblige à être de plus en plus à l'intérieur (transports, travail...)", souligne le président du Syndicat national des ophtalmologistes de France. "En favorisant la sécrétion de dopamine, la lumière naturelle contribuerait à limiter l’allongement de l’œil et donc à freiner le développement ou l’aggravation de ce trouble de la vision", abondent les chercheurs de l'institut Ipsos dans leur étude. 

Ce besoin de lumière naturelle est particulièrement intense chez les enfants puisque la myopie se développe essentiellement entre 5 et 15 ans. "C'est une période lors de laquelle il faut faire en sorte que les enfants aient davantage d'activités en extérieur", assène Thierry Bour.

Par ailleurs, la vision de près est constamment sollicitée aujourd'hui, pointent les scientifiques. De quoi fatiguer les yeux et augmenter le risque qu'ils contractent la myopie. À titre indicatif, les enfants entre 3 et 6 ans passent en moyenne 3h29 par jour sur des livres ou des écrans. Un chiffre qui monte à 6h54 pour les 11-13 ans. Autant d'activités - y compris la lecture lorsqu'elle est prolongée - qui sollicitent particulièrement la vision de près. À noter que les chercheurs s'accordent sur le fait que les études et la pression éducatives sont également deux facteurs qui peuvent favoriser la survenue et la progression de la myopie. 

La myopie peut conduire à la cécité

Lorsqu'elle n'est pas traitée à temps, ou de manière inadaptée, la myopie peut rapidement entraîner des complications. "Plus il y a de myopes, plus il y a de myopes forts (200 à 300 millions dans le monde actuellement). Et donc, plus il y a un risque important de faire des symptômes graves", énonce Thierry Bour. Lesdits symptômes graves peuvent tout à la fois être une cataracte - opacification progressive du cristallin de l'œil -, une disruption de la vision centrale, un glaucome - destruction progressive du nerf optique - et même la cécité. D'ailleurs, "la myopie est la 4e cause de cécité en France", rappelle le président du SNOF. Or, plus de 8 Français sur 10 n'imaginent pas que la myopie puisse avoir de telles conséquences. 

Plus globalement, ce trouble de la vue entraîne régulièrement un vieillissement accéléré de l’œil. L'organe devient, dans le même temps, plus fragile et vulnérable aux maladies. 

La myopie, pas une fatalité

Contrairement aux idées reçues, la détection d'une myopie chez un individu n'est pas une fin en soi. "La grande majorité des Français doutent qu’elle puisse être freinée (61%), voire considèrent qu’il n’y a rien à faire pour y arriver", indique l'Ipsos, qui appelle à un "réel effort d’information et de pédagogie". "La plupart des myopies finissent de se développer chez un individu vers l'âge de 15-16 ans. Avant cette échéance, il est possible de la traiter ", rappelle Thierry Bour. Si les traitements sont relativement récents, ils sont de plus en plus développés. Parmi eux, des collyres à base d'atropine - qui dilatent la pupille et bloquent l'accommodation -, des lentilles de contact nocturnes ou diurnes qui remodèlent la cornée ou encore des lunettes équipées de verres spéciaux. Particularité du collyre, il n'est pas encore commercialisé en France : c'est une pharmacie centrale des hôpitaux, à Paris, qui doit directement le fabriquer, sur demande, puis l'envoyer. 

Néanmoins, ces solutions ont encore leur lot d'inconnues en ce qui concerne leur efficacité à long terme. 

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Le constat est bien moins reluisant pour les adultes. "Une fois que la myopie est vraiment développée, à l'âge adulte, il n'y a plus grand-chose à faire. Il faut éviter les coups, éviter de se frotter l'œil", explique l'ophtalmologue. Ce n'est pas un hasard si les personnes myopes se voient imposer des restrictions concernant leurs activités ou leur métier. Malgré tout, il existe toujours la piste de la chirurgie dite "réfractive". Celle-ci peut permettre un plus grand confort visuel en remodelant ou "rabotant" la cornée. Ce n'est, néanmoins, pas la solution miracle puisqu'elle n'empêche les complications liées à la myopie de survenir. Le patient doit donc, même après l'opération, continuer d'être suivi par un professionnel. 


Maxence GEVIN

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