L'info passée au crible

Les confinements dénoncés par l'OMS ? Pas tout à fait...

Thomas Deszpot
Publié le 9 décembre 2020 à 18h53, mis à jour le 12 décembre 2020 à 23h51
JT Perso

Source : TF1 Info

INTERPRÉTATION - Les propos d'un médecin de l'OMS sont brandis pour assurer que l'organisation internationale elle-même s'oppose aux politiques de confinement des populations. Ce qui n'est pas tout à fait le cas.

De nombreux Français, las de rester confinés, trouvent le temps long. Certains vont jusqu'à douter de l'utilité d'une telle mesure, parfois vécue comme une entrave aux libertés individuelles et difficile à supporter à long terme. Des citoyens qui ont sans doute été sensibles à une publication mettant en avant les propos d'un médecin de l'OMS, un certain David Nabarro, qui aurait "demandé aux politiciens d'arrêter d'utiliser le confinement pour combattre le Covid-19". Cette mesure n'aurait ainsi contribué à sauver aucune vie et causerait une grande pauvreté. Si l'intéressé s'est bel et bien exprimé à ce sujet, son point de vue apparaît toutefois beaucoup plus nuancé.

Pas une solution idéale

Les internautes qui partagent aujourd'hui ces messages ne sont pas les seuls à rebondir sur les propos de ce docteur, puisque Donald Trump en personne s'appuyait dessus à la mi-octobre. Il y voyait une confirmation par l'OMS d'une position qu'il défendait lui-même, à savoir le danger des confinements, qui "tuent des pays partout à travers le monde".  

Avant de tirer de telles conclusions, la première étape consiste à retrouver la source de ces propos. En l'occurrence, il s'agit à l'origine d’une interview vidéo donnée par David Nabarro le 8 octobre à un hebdomadaire britannique tendance conservatrice, The Spectator. Ambassadeur spécial de l’OMS sur le Covid, il tient le discours suivant : "Au sein de l’OMS, nous ne recommandons pas le confinement comme méthode principale" dans la lutte contre le virus. Principalement en raison de l’impact économique d’une telle stratégie, qui "appauvrit encore plus les gens pauvres".

De quoi conclure que l'OMS se montre hostile aux confinements ? Pas vraiment. Comme le fait remarquer 20 Minutes, David Nabarro complète son analyse : "Le seul moment, selon nous, où un confinement s’avère pertinent, c’est pour permettre [à un pays] de gagner du temps, de se réorganiser, de se rassembler, de redéployer ses moyens et de protéger son personnel de santé épuisé", note-t-il, estimant qu'il est "préférable d’éviter d’en arriver là".

Il se montre partisan de ce qu'il nomme une "voie intermédiaire", et explique qu'il est nécessaire de procéder à des politiques de tests, une manière de retracer les cas contacts puis de les isoler afin éviter de nouvelles contaminations. Derrière cette intervention, il faut donc plutôt voir une incitation à ne pas considérer les confinements comme une mesure permettant de résoudre tous les problèmes, et surtout qui pourrait se suffire à elle-même. 

Utiliser les propos de David Nabarro pour critiquer les confinements apparaît donc abusif lorsque l'on se penche sur le détail de son intervention. S'il estime que cette mesure n'est pas l'alpha et l'omega de la lutte contre la maladie, il ne la balaie pas d'un revers de main. De nombreux chercheurs s'accordent par ailleurs sur le fait qu'elle a permis de sauver de nombreuses vies. Une étude de l'Imperial College de Londres, relayée en juin par LCI, indiquant par exemple que les mesures de confinement avaient contribué à éviter 3,1 millions de morts dans 11 pays européens.

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