Les femmes peuvent faire moitié moins de sport que les hommes pour des bénéfices santé supérieurs

par Emma FORTON
Publié le 7 mars 2024 à 9h00, mis à jour le 7 mars 2024 à 14h34

Source : JT 13h WE

Cinq heures de marche rapide par semaine pour les hommes, contre deux heures et demie pour les femmes, et ce, pour les mêmes bénéfices sur leur santé.
C'est le résultat d'une étude publiée par le collège américain de cardiologie en février dernier : en cause, des physiologies différentes entre les deux sexes.
Et pour certaines activités, des bénéfices supérieurs aux hommes, alors que les femmes pratiquent toujours moins de sport que leurs homologues masculins.

"Lorsqu'on pratique une activité sportive régulière, on augmente son espérance de vie. L'être humain renforce son système immunitaire, ce qui réduit les risques cardiovasculaires et cérébraux", affirme Arsène Djomo Nankap, coach sportif. Mais à effort similaire, les femmes tirent plus rapidement profit sur leur santé que les hommes des bienfaits de l’activité physique. C'est le constat d'une étude publiée par le collège américain de cardiologie, en février 2024, et menée sur plus de 400 000 adultes américains. 

Et les chiffres ont de quoi surprendre. Alors que chez les hommes, le bénéfice maximal en termes d'espérance de vie est atteint en faisant cinq heures de marche rapide ou de vélo par semaine, les femmes obtiennent le même gain pour leur santé, au bout de deux heures et demie par semaine seulement. Moins de sport pour les femmes, mais aussi plus de bénéfices sur leur santé. Grâce à une activité physique régulière, la mortalité est réduite en moyenne de 15 % chez les hommes, contre 24 % chez les femmes.

Des physiologies différentes

Comment l'expliquer ? Il est nécessaire d'avoir d'abord en tête que "les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes. Donc, ce n'est pas étonnant qu'avec le sport qui s'ajoute, cela améliore les bénéfices sur la santé à plus long terme", détaille le coach sportif.  

Surtout, il y a une explication à chercher du côté de la physiologie des organismes. En effet, "physiologiquement, les femmes ne sont pas constituées comme les hommes. Leur capacité respiratoire et leur masse musculaire sont statistiquement plus faibles. Elles stockent davantage naturellement les graisses, car leur corps est préparé pour recevoir un enfant. Une femme a entre 21 et 36 % de graisses et un homme, de 12 à 25 %. À effort physique identique, l'implication de l’organisme est supérieure chez les femmes. Donc le bénéfice qu’elles en retirent aussi : elles brûlent plus de graisses et plus rapidement, notamment en musculation et cela leur permet d'augmenter leur densité osseuse, et donc d'éviter l'ostéoporose", expose-t-il.

25 % de sport en moins que les hommes

C'est tout le paradoxe : en faisant du sport, les femmes tirent plus de bénéfices sur leur santé que les hommes. Pourtant, elles font toujours moins de sport. D'après une étude de Strava de mars dernier, les femmes ont 25 % de temps d’activité physique en moins que les hommes en France, soit 38 minutes de moins en moyenne par semaine. Un chiffre qui grimpe à 27 % les week-ends. 

Pourquoi ? Les raisons sont multiples, notamment la place du sport dans le pays. "En France, le sport est un supplice. Il y a un retard autour de cette culture du sport que l'on peut retrouver dans d'autres pays, comme l'Allemagne. La sédentarité ne fait que progresser, elle est l'une des grandes causes de mortalité. Les Français déclarent s'asseoir de 5,5 heures à 8,5 heures par jour, cela a augmenté de 5 points entre 2022 et 2023, alerte Arsène Djomo Nankap. La France fabrique de futurs malades, c'est extrêmement dangereux. Et cela a un coût sur la santé : 17 milliards d'euros par an pour traiter des maladies cardiovasculaires, des problèmes rénaux, de respiration, liés à la non-activité."

Si les femmes pratiquent moins de sport que les hommes, c'est aussi "à cause de la société et de toutes les idées reçues qui y sont véhiculées", et ce, depuis les bancs de l'école. Les filles appréhendent les remarques des garçons, se sentent moins fortes ou ont l'impression qu'elles doivent redoubler d'efforts pour être à leur hauteur. Comme le souligne le coach sportif, "ces pensées sont limitantes. Les femmes se sous-estiment alors qu'elles ont une impressionnante endurance et résistance à la douleur. Et parfois, elles s'étonnent elles-mêmes !"

Mais il y a un autre fléau : elles ont aussi peur d'être agressées. 55 % des femmes renoncent à sortir et faire des activités seules, selon le rapport 2023 du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes. Elles mettent également le sport de côté à cause d'une charge mentale supérieure aux hommes, notamment la gestion de leur vie familiale. 

Solution : les sessions de groupe

Face à ce constat, de nombreuses pistes d'actions s'imposent. C'est d'abord le système qu'il est nécessaire de réformer. "Il faudrait sensibiliser les jeunes dans les écoles au sport et à la nutrition et qu'ils aient plus d'heures de sport, qu'il y ait des campagnes de prévention de santé publique et un véritable grenelle sur la santé et le sport", affirme Arsène Djomo Nankap. Celui-ci propose même "le remboursement des coachings sportifs, car ce sont aussi des soins à la personne, au même titre que la kinésithérapie ou l'ostéopathie"

Enfin, pour les femmes plus spécifiquement, les sessions de groupe peuvent se présenter comme de réelles solutions pour qu'elles pratiquent plus de sport. "Le sport est fédérateur et rapproche les gens parce qu'ils partagent la même souffrance, ce qui leur permet de se motiver et d'avancer ensemble, assure-t-il. Et c'est au sein des villes que tout commence, elles devraient organiser plus de séances collectives et de rendez-vous sportifs réguliers, mais aussi des séminaires." Les auteurs de l'étude espèrent que ces résultats vont inciter les femmes à faire plus d'efforts pour s’engager dans une activité physique régulière.


Emma FORTON

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