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Les idées reçues sur le "summer body" : que nous dit la science sur la perte de poids ?

Felicia Sideris
Publié le 25 juillet 2022 à 11h39
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Dans le cadre de son partenariat avec l'Inserm, la cellule des Vérificateurs de TF1info vous propose une série consacrée au "summer body", cette tendance qui consiste à préparer son corps avant la saison estivale.
Dans ce dernier épisode, nous faisons le point sur les connaissances scientifiques pour perdre du poids.
Réponses avec Mathilde Touvier et Daniela Cota.

Entre les Unes de magazines, les publicités placardées et les conseils sur les réseaux sociaux, l'été arrive avec son lot de solutions miracles pour atteindre l'"objectif bikini". Des injonctions toujours plus nombreuses, parfois coûteuses et souvent contradictoires. Pour y voir plus clair, l'équipe des Vérificateurs vous propose une série d'articles réalisée en partenariat avec l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et les chercheurs les plus aguerris sur ces questions. 

Nous avons voulu clôturer cette série en faisant le point sur les solutions scientifiquement prouvées pour perdre du poids. Pour répondre à nos questions dans ce quatrième et dernier épisode, nous avons interrogé Daniela Cota, responsable de l'équipe Équilibre énergétique et obésité à l'Inserm, et Mathilde Touvier, directrice de recherche en épidémiologie nutritionnelle.

Diminuer les apports, augmenter les dépenses

Comme nous l'expliquions déjà dans deux articles précédents, il n'existe aucun régime miracle. Arrêter le sucre comme le préconisait le docteur Robert Atkins ou faire des repas hyper protéinés comme le fond les adeptes du régime Dukan s'avère inefficace, voire dangereux. Par ailleurs, certains facteurs ne sont tout simplement pas contrôlables. Ainsi, le poids d'une personne serait héritable à hauteur de 70%, d'après une étude sur le sujet. Mais alors, l'objectif "summer body" est-il une illusion ? 

Pas nécessairement. Encore faut-il travailleur sur les deux facteurs directement modifiables - à savoir l'alimentation et l'activité physique – et ne pas se limiter à une bonne pratique le temps des beaux jours ! En effet, "la seule chose qui a prouvé scientifiquement son efficacité, c'est un rééquilibrage alimentaire sur le long-terme", comme le résume Mathilde Touvier. Il n'est question d'aucun secret, ni d'aucune formule magique. "C'est purement mathématique." On diminue les apports caloriques, et on augmente les dépenses.

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Pour atteindre le premier objectif, la directrice de l'équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle appelle à suivre le plus possible les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS). "Pour énormément de personnes, arriver à manger cinq fruits et légumes par jour, limiter les boissons sucrées et baisser sa consommation de viandes rouges, cela représente déjà des changements importants !", relève notre interlocutrice. Un bon début, qui permettra "de voir des bénéfices sur la non-prise de poids ou la perte de poids". Pour s'aider, celle qui pilote désormais le Nutri-Score recommande d'utiliser cet outil au quotidien. Car ce système d'étiquetage nutritionnel à cinq niveaux, disponible sur les emballages de certains produits, permet d'avoir une idée assez claire de la valeur nutritionnelle d'un produit alimentaire. "En identifiant les produits gras et sucrés, et en les limitant, on prend soin de sa ligne et on rééquilibre son poids", argue-t-elle. D'autant qu'à force, cela peut "devenir un réflexe". "En gardant cette habitude dans les rayons de son supermarché, on évite de reprendre du poids une fois l'été achevé." 

Mais lorsque l'on évoque la balance énergétique, "on parle d'un équilibre à trouver", comme le note Daniela Cota. S'il est évidemment essentiel d'évaluer "quelle énergie entre dans la machine" – grâce aussi à l'information fournie par le Nutri-Score - il faut identifier "combien elle en dépense", pour reprendre l'analogie utilisée par la directrice de recherche à l'Inserm. Et il ne s'agit pas de changer radicalement ses habitudes de vie. Car pour perdurer, "l'activité physique ne doit pas devenir quelque-chose en plus", mais "faire partie intégrante du quotidien". Et de donner quelques conseils pratiques : "Vous pouvez troquer la voiture pour le vélo. Prendre les transports en commun et descendre un ou deux arrêts plus tôt. Ou encore monter les escaliers au lieu de choisir l’ascenseur." Des solutions apparemment futiles. Pourtant, "intégrées au quotidien", elles représentent "un vrai impact sur notre poids et notre style de vie", assure la directrice de l'équipe Équilibre énergétique et obésité à l’Inserm, médecin en endocrinologie de formation. 

Eviter "l'effet yo-yo"

De fait, s'il est important de (re)trouver cette "balance", la faire perdurer est tout aussi essentiel. "Il faut être capable d'intégrer ces changements dans son quotidien, pour qu'ils s'inscrivent dans le temps", insiste Daniela Cota. Un élément primordial qu'appuie sa consœur. Car un régime trop draconien par rapport à nos habitudes, ou une activité physique choisie difficile à endurer, peuvent avoir des bénéfices sur le court terme, mais risquent de créer un "effet yo-yo". Habitué à stocker la moindre calorie avalée comme conséquence d'une diminution drastique des apports caloriques, le métabolisme va continuer à stocker et moins dépenser une fois que l'alimentation habituelle reprend. Les calories ingérées augmentent alors à nouveau. Pour preuve, selon l'Anses, 80% des personnes gagnent à nouveau du poids un an après la fin de leur régime. Une reprise "difficile à gérer", qui peut être "psychologiquement mal vécue", en plus de potentiellement "induire des changements métaboliques néfastes", souligne celle qui fut médecin de formation

En résumé, comme souvent, il faut se méfier des solutions miracles. "Il n'y a rien de miraculeux", comme nous l'a répété à de multiples reprises Mathilde Touvier, "ça n’existe pas". Tout est dans la recherche d'un équilibre nutritionnel et d'une activité physique qu'on peut insérer dans nos habitudes quotidiennes. 

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