L'info passée au crible
Verif'

Journée mondiale contre le sida : quand le VIH continue d'alimenter les fake news

Publié le 1 décembre 2022 à 17h34
JT Perso

Source : JT 13h WE

Ce jeudi marque la Journée mondiale de lutte contre le Sida.
En cette journée de sensibilisation, nous avons voulu décortiquer les fausses informations autour de cette pandémie.
Origine, transmission, létalité et vaccin, retour sur quatre fake news.

Les discours erronés, voire complotistes, autour des virus ne datent pas du Covid-19. Un autre virus, venu d'Afrique, a inspiré plusieurs rumeurs et contre-vérités, dont certaines continuent à avoir la dent dure. Entre la très vieille théorie d'une origine humaine ou les toutes récentes interrogations sur les raisons derrière l'absence de vaccin, le VIH n'a de cesse de nourrir les fausses informations. 

À l'occasion de la Journée mondiale de la lutte contre le Sida, TF1info propose de refaire le point sur certaines fake news autour de ce virus qui tue encore de nos jours. 

Origine et transmission, au cœur des théories

Le VIH n'est pas issu d'un laboratoire

Le VIH – ce virus responsable de l'infection évoluant vers le syndrome d'immunodéficience acquise (sida) – est apparu il y a près d'un siècle. Ce qui n'empêche pas certains de douter encore de son origine. Ainsi, pour reprendre l'expression du politologue Pierre-André Taguieff, "la mythologisation des origines et des modes de transmission du virus du sida s'est constituée en un nouveau thème, inépuisable, du discours complotiste". Si bien que, d'après un sondage mené par l'Ifop en 2018, 32% des Français sont toujours persuadés que le VIH a été créé en laboratoire. 

Même si la localisation exacte de son origine est encore discutée, il ne fait plus aucun doute : le virus a un réservoir animal. Alors que le sida a été décrit en 1981, les premières contaminations humaines pourraient remonter jusqu'au début du siècle dernier. Des "études rétrospectives sur des sérums zaïrois", du nom de ce pays où se situe l'actuelle République démocratique du Congo, ont en effet permis d'identifier un virus de 1959, souligne l'institut Pasteur sur son site

D'autres études font même remonter la circulation du VIH chez l'homme au début du siècle dernier. Pour l'épidémiologiste Jacques Pépin, auteur de l'ouvrage Aux origines du Sida, il serait ainsi né dans les années 1920, dans la forêt camerounaise, et se serait propagé via la colonisation européenne de l'Afrique centrale. Toujours est-il qu'au cours de cette période, au moins "12 événements de transmissions" du VIH de l'animal à l'homme ont eu lieu. Ces virus circulaient en effet parmi quelque quarante espèces de singes africains, dont les chimpanzés, les gorilles ou les singes verts. Le virus a pu franchir la barrière des espèces lors de chasses, par des morsures d'un singe infecté, par des blessures avec du sang de l'animal contaminé ou même lors de la consommation de cette viande. 

Lire aussi

Le VIH ne peut pas se transmettre par la salive

La manière dont le VIH s'est disséminé au début du XXe siècle s'explique par différentes manières. Mais nombreux sont ceux qui accusent le développement de la prostitution lors de la colonisation du continent africain ou les tentatives européennes d'éradiquer les endémies infectieuses par voie intraveineuse, en utilisant des aiguilles non stérilisées. Des hypothèses qui permettent de noter les deux principaux facteurs de transmission  : le sang contaminé et la relation sexuelle. 

Et quid des transmissions sans contact direct ? Dans un sondage réalisé par l'Ifop pour Sidaction en février dernier, près d'un quart des jeunes sondés (23%) pensaient que le virus pouvait être transmis en embrassant une personne séropositive. 18% considéraient quant à eux que la contagion pouvait se faire en utilisant des toilettes publiques ou en buvant dans le verre d'une personne séropositive. C'est faux. 

Le VIH n'est pas une maladie contagieuse semblable au Covid-19 ou la grippe. Il ne peut se transmettre ni par un baiser, ni en serrant la main, ni en partageant un verre et pas non plus par une piqûre d'insecte. De fait, comme le rappelle Santé Publique France, le virus responsable du sida se transmet le plus souvent "lors de rapports sexuels non protégés en cas de pénétration vaginale ou anale". La "pénétration buccale" peut aussi présenter un "risque faible de transmission", notamment en cas de lésions ou irritations des muqueuses. Le virus peut par ailleurs se transmettre par un contact "important avec du sang contaminé", comme lors de partage de matériel d'injection ou en cas de piqûres accidentelles. Enfin, il peut aussi exister une transmission de la mère à l'enfant en cas d'absence de traitement de celle-ci.

Un virus qui a perdu en gravité ?

Le sida tue toujours  

Dans le même sondage que celui cité précédemment, plus d'un tiers des répondants (37%) affirmaient ne pas craindre la maladie. Pour cause, certains d'entre eux estiment que la maladie se soigne grâce aux traitements (8%) ou qu'elle n'est plus mortelle (5%). Ces deux idées reçues sont fausses. Certes, cette pandémie n'est plus aussi meurtrière qu'elle le fut auparavant (pour rappel, le sida a fait autant de victimes que la Première Guerre mondiale). Mais elle continue à faire des victimes. Dans le monde, en 2021, 650.000 personnes sont mortes des suites du Sida, selon un décompte de l'Organisation mondiale de la santé

Ceci dit, en France, les traitements ont indéniablement réduit le taux de mortalité. Baptisés "trithérapies", ils permettent aux personnes séropositives "de bloquer la multiplication du VIH dans leur organisme et ainsi de garder un système immunitaire opérationnel", comme l'explique l'institut Pasteur sur son site. Cependant, on continue de compter "chaque année plusieurs centaines de décès liés directement ou indirectement au VIH", d'après Sida Info Service, un outil d'information autour de la maladie créé par l'Agence française de lutte contre le sida et l'association Aides.

Si ces traitements permettent de vivre avec le virus et même de réduire considérablement les risques de transmission, à l'heure actuelle, "aucun traitement ne permet d'éliminer complètement le VIH de l'organisme", pour reprendre l'expression de l'Institut Pasteur. Actuellement dans le monde, 38,4 millions de personnes continuent de vivre avec le virus, dont 180.000 en France.

TÉMOIGNAGE - Vieillir avec le VIH : Pascale vit avec le Sida depuis 37 ansSource : JT 13h Semaine

Un vaccin à ARNm pour bientôt ? 

Enfin, s'inscrivant dans cette idée selon laquelle le sida serait un virus créé pour nuire, certains s'étonnent de la rapidité avec laquelle la médecine a trouvé un vaccin contre le Covid-19, quand il n'existe toujours rien contre le VIH. Alors, après 40 ans de recherche, pourra-t-on s'immuniser grâce à la technologie de l'ARNm ? Malheureusement, les deux virus sont incomparables. Et cette technologie pourrait s'avérer inutile dans la lutte contre le sida. Comme nous l'expliquait Étienne Decroly, virologue au CNRS, dans un article publié en mars 2021, les deux virus ont de nombreuses différences. À commencer par le type d'infection provoquée. 

Le VIH est un "rétrovirus" dont la "caractéristique principale" est qu'il s'attaque au système immunitaire. Il provoque une infection "persistante", quand les coronavirus induisent une infection "aiguë". En substance, cela signifie que pour le VIH, une fois le matériel génétique intégré dans les cellules, celles-ci persistent dans le corps. Au contraire, pour le Covid-19, le matériel génétique du virus n'est jamais rétro-transcrit et intégré. Ce qui facilite le contrôle de l'infection par l'organisme. En somme, "le système immunitaire peut éliminer tout le virus". "S'il y arrive, le virus ne circule plus dans l'organisme", résume Étienne Decroly. Résultat, dans le premier cas, le vaccin doit être "stérilisant", quand pour le second, il suffisait de cibler la fameuse protéine Spike pour acquérir une immunité suffisante afin de ne pas développer de formes sévères.

Reste que la recherche continue. Et des efforts considérables continuent à être fournis. D'ailleurs, à l'occasion de cette journée de lutte contre le sida, une équipe française a révélé de nouveaux résultats "prometteurs" dans la mise au point d'un vaccin anti-VIH. 

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.


Felicia SIDERIS

Tout
TF1 Info