L'hémisphère nord a entamé, ce lundi 17 juillet, une nouvelle semaine sous une chaleur accablante.
En Europe, jusqu'à 48°C sont attendus en Sardaigne (Italie) alors que les 40°C devraient être dépassés dans certaines zones du sud de la France.
Des températures extrêmes dangereuses pour les organismes.

Les thermomètres s'affolent depuis plusieurs jours dans l'Hémisphère nord. En Europe, les 48°C devraient être atteints en Sardaigne en ce début de semaine, et la capitale de l'Italie, Rome, pourrait enregistrer près de 42°C. L'Espagne est en alerte orange canicule, alors que le mercure pourrait grimper jusqu'à 44°C sur certaines zones de l'Andalousie. En France, les températures devraient atteindre 40° mardi dans le quart sud-est du pays, selon Météo-France.

L'Europe n'est pas le seul pays touché, en Chine, un record de températures pour une mi-juillet a été franchi avec 52,2°C enregistrés dimanche au Xinjiang (ouest), selon la météorologie nationale. Aux États-Unis, les 50°C ont également été dépassés ces derniers jours, alors que plus de 113 millions de personnes sont en alerte face aux chaleurs intenses. Des températures qui peuvent être dangereuses pour les organismes, mettant le corps humain à l'épreuve, en frôlant les limites théoriques de sa résistance à la chaleur.

Une dépense d'énergie due à la chaleur dangereuse sur le long terme

"Notre organisme dépense beaucoup d’énergie et d’eau pour maintenir la température interne à 37°C", indiquait en 2019 à TF1info Rémy Slama, directeur de recherche à l'Inserm et auteur du livre "Le mal du dehors, L’influence de l’environnement sur la santé" (éditions Quae). Car, explique l'épidémiologiste environnemental, les protéines de l’organisme se dénaturent et nos cellules ne survivent pas si la température interne avoisine 41°C. "Cette dépense d'énergie, déclenche, dans le corps, des réactions assez similaires à celles d'un exercice physique", telles qu'une perte excessive d'eau et de sels ou encore une élévation de la température corporelle. D'où l'importance de bien s'hydrater et de bien manger en cas de canicule.

Malgré l'observation des préconisations pour se préserver de la surchauffe, l'effort que doit fournir le corps devient de plus en plus important à mesure que la vague de chaleur se prolonge. De fortes chaleurs, supérieures à 31°C pendant plus de trois jours sans refroidissement sensible nocturne (moins de 21°C), peuvent avoir de graves conséquences sur la santé, tels qu'un syndrome d'épuisement physique ou encore de déshydratation, entraînant des désordres métaboliques avec retentissement rénal et cardiaque.

"Pour cette raison, le risque le plus élevé à l’échelle des populations ne vient pas des coups de chaud dus à une exposition brève à une température très élevée, mais de l’exposition prolongée à des températures chaudes", affirme le chercheur. Le risque de décès est alors plus élevé en raison de l'épuisement de l'organisme et de la survenue de troubles, comme l'infarctus. Pour Rémy Slama, ceux-ci ne seront pas forcément "identifiés par le médecin comme une conséquence directe de la température élevée". Pour autant, si "la cause proche de la maladie peut être la manifestation d’une pathologie qui pré-existait chez l’individu, la cause 'lointaine' sera l’épuisement de l’organisme lié à la canicule."

Jusqu'à 100°C, mais pas plus de quelques minutes

Ainsi, les températures auxquelles l'organisme est capable de résister dépendent de la durée à laquelle il est confronté à celles-ci. "Si l’air est sec, l’organisme peut résister, au moins pour un temps très bref, à des températures très élevées", assure Rémy Slama. Il est effectivement tout à fait possible de supporter une température allant jusqu'à 100°C dans un sauna pendant quinze minutes. Si l'air est chargé d'humidité en revanche, la résistance de l'organisme est bien moindre, l'eau étant un bon conducteur de la chaleur. "Des températures de 35 à 40°C sont très difficiles à supporter plus de quelques minutes en milieu très humide", souligne le chercheur. Quant à l'immersion, dans un bain par exemple, l’hyperthermie, voire la cuisson, peuvent se produire si l'eau dépasse les 40°C.

La résistance de l'organisme à la chaleur dépend donc de quatre paramètres : la température, l'humidité, la durée à laquelle l’organisme est soumis à ces conditions et la santé ainsi que la fragilité de l'individu. Les enfants, les personnes âgées de plus de 65 ans et les malades chroniques sont les personnes les plus à risques.

Vers une adaptation aux fortes chaleurs ?

Pour l'Inserm, qui a publié un document sur le sujet, "nos gènes ont plutôt été sélectionnés par l'évolution pour résister au froid des dernières glaciations". L'Institut estime cependant qu'une évolution vers une meilleure résistance à la chaleur est possible, mais qu'elle prendra beaucoup de temps. Cette adaptation peut déjà s'observer entre les populations du sud de l'Europe, plus résistantes à la chaleur, et celles du nord. Mais elle n'est pas forcément physiologique et s'explique plus probablement par une adaptation des modes de vie en termes de chauffage, d’isolation, ou encore de solidarité. Des changements de mode de vie qui pourraient en plus être suffisants à l'avenir si le monde ne réduit pas ses émissions de gaz à effet de serre pour endiguer les effets de la crise climatique due aux activités humaines.

Selon une étude de l'Inserm et de l'Institut de Barcelone pour la Santé Globale, les vagues de chaleur de 2022 ont ainsi provoqué plus de 60.000 morts en Europe. Selon les scientifiques, la canicule survenue entre le 18 et le 24 juillet - la plus intense - est responsable à elle seule de 11.637 décès. "On connaissait les effets de la chaleur sur la mortalité avec le précédent de 2003, mais avec cette analyse, on voit qu'il reste beaucoup de travail à faire pour protéger les populations", pointe ainsi l'étude. 


La rédaction de TF1info Charlotte Anglade & Frédéric Senneville

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