L'info passée au crible

Non, les personnes vaccinées ne "transmettent" pas de virus aux autres

Felicia Sideris
Publié le 10 mai 2021 à 9h17, mis à jour le 10 mai 2021 à 20h08
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Source : Ludovic MARIN / AFP

ANTI-VACCIN - De nombreux internautes assurent que les vaccins contre le Covid-19 pourraient transmettre des virus aux personnes non immunisées. C'est faux.

Les vaccins contre le coronavirus à l'origine d'une nouvelle épidémie ? C'est ce que tentent de faire croire plusieurs internautes anti-vaccin. Selon eux, ils permettraient de créer un virus qui pourraient se transmettre des personnes vaccinées vers celles qui ne le sont pas, à l'image d'une "épidémie". Pour certains, cette technique déclencherait "des symptômes proches du covid", quand pour d'autres, elle serait un moyen de vacciner toute la population. Ce n'est vrai dans aucun de ces deux cas.

Une mauvaise interprétation d'un document officiel

Cette fausse information s'est d'abord largement répandue aux États-Unis. Dès la fin du mois d'avril, des membres influents de la sphère anti-vaccin ont assuré que les produits immunisants étaient des "self spreading vaccines" - autrement dit des "vaccins auto-propagateurs". Entre autre sources, un article publié ce 3 mai sur LifeSite, un site américain qui se proclame "média indépendant". On y lit que "comme ces vaccins expérimentaux créent des 'protéines spike'", les individus vaccinés pourraient "rejeter certaines de ces particules vers des personnes avec qui elles sont en contact étroit", provoquant "des maladies chez eux, y compris chez les enfants". Interrogé sur l'origine de son analyse par USA Today, l'auteur du texte a cité le tweet de la Dr Simone Gold, physicienne californienne bien connue de la sphère anti-vaccin américaine. Elle avait notamment été arrêtée lors de l'assaut du Capitole en janvier dernier.

Pour l'affirmer, elle s'appuie sur un document officiel du laboratoire Pfizer, présenté lors de ses essais cliniques. Seulement, elle en fait une mauvaise interprétation. Elle cite en effet la section concernant "l'exposition à un essai clinique durant la grossesse", une "EDP" dans le texte en anglais, dont les différents cas de figure sont listés par le laboratoire. Et notamment la situation où une femme apprend qu'elle est enceinte après avoir "été exposée" à l'essai "par inhalation ou par contact avec la peau". Sauf que cette précision ne signifie pas que le vaccin puisse le faire. C'est simplement une précision d'ordre légal. 

Une autre figure de la sphère anti-vaccin francophone cite quant à elle l'existence de "vaccins auto-propagateurs" dans un rapport de la prestigieuse Université John-Hopkins. Sauf qu'encore une fois, c'est une interprétation erronée. Le document, rédigé par cette université de Baltimore devenue la référence pour traquer le coronavirus, permet de faire le bilan sur les technologies existantes afin de répondre aux "risques de catastrophes biologiques mondiales". Est donc notamment relevée l'existence de vaccins "génétiquement conçus pour se disperser dans la population", comme une maladie "transmissible". "Plutôt que de causer maladie, ils confèrent une protection", précisent les chercheurs, "entraînant une rapide immunité généralisée". Certains vaccins, dits "à virus vivants", utilisent en effet cette technique. Le site PolitiFact cite en exemple un vaccin contre la polio et un vaccin antirotavirus. Des produits qui ne sont plus inoculés. Le document n'évoque par contre à aucun moment le Covid-19. Rien d'étonnant, il a été publié en 2018, bien avant la crise sanitaire.

Ces sources ne prouvent donc rien. Et la rumeur d'un vaccin "propagateur" montre une méconnaissance totale du fonctionnement des vaccins à ARN messager - technologie utilisée par les vaccins Pfizer et Moderna. Comme écrit dans plusieurs articles, celle-ci permet simplement aux cellules du corps d'apprendre comment produire cette protéine "spike", présente à la surface du coronavirus, afin de déclencher une réponse immunitaire et la production d'anticorps. Une action très ciblée et temporaire. "Le temps durant lequel cet ARN va survivre dans les cellules sera assez bref, ce sera l'affaire de quelques heures", résumait ainsi le spécialiste des maladies pulmonaires Dan Culve, sollicité par l'agence AP." Ce que vous faites en réalité, c'est présenter une recette pendant quelques heures au sein de la cellule qui fabrique la protéine."

Vaccins efficaces à 95,3% contre la contamination

C'est également ce qu'a rappelé Jasmine Reed, spécialiste des affaires publiques de l'agence sanitaire américaine (CDC). Interrogée sur cette affirmation, elle a résumé auprès de USA Today que ces produits "n'utilisent pas le virus vivant qui cause le Covid-19, et ne peuvent donc pas provoquer la maladie. Par conséquent, les personnes qui reçoivent un vaccin Covid-19 ne peuvent pas excréter le virus ou le vaccin."

Enfin, au-delà de l'aspect théorique, cette fausse affirmation est également contredite par de nombreuses observations, qui suggèrent que les personnes immunisées sont moins susceptibles de transmettre le virus. Une étude publiée ce 5 mai dans la revue médicale The Lancet, montre ainsi que le produit de Pfizer-BioNTech immunise à plus de 95,3% contre la contamination au Covid-19. Il est donc possible, bien que rarissime, qu'une personne entièrement vaccinée puisse transmettre le Covid-19, mais uniquement dans le cas où elle est contaminée par la maladie. 

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Felicia Sideris

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