"Nos pratiques ne remplacent pas la médecine" : le boom des thérapies alternatives

par Emma FORTON
Publié le 12 mars 2024 à 18h00

Source : JT 20h Semaine

57 % des Français considèrent que les thérapies alternatives sont aussi efficaces que la médecine classique.
Les techniques sont variées, mais toutes apportent du bien-être et soulagent les douleurs.
Il faut cependant être vigilants face aux dérives sectaires de certains professionnels.

Acupuncture, naturopathie, sophrologie... Les Français se tournent de plus en plus vers les "médecines douces". 57 % d'entre eux considèrent que les thérapies alternatives sont, de façon générale, au moins aussi efficaces que la médecine classique, d’après un récent sondage Odoxa. Ils ont recours aux thérapies liées à la manipulation manuelle (51 %), aux plantes (45 %) et aux énergies (39 %) mais aussi à la recherche de causes psychologiques (26 %), à la spiritualité (25 %) et à l’alimentation (18 %).

Les causes de cet engouement sont multiples. Selon l'étude, les Français se tournent vers ces pratiques, car ils ont des difficultés à obtenir des rendez-vous avec les médecins (58 %). Aussi, "depuis le covid, il y a un climat de méfiance envers la science", analyse Pascal Charbonnel, médecin généraliste. "Ils sont déçus de ne pas avoir trouvé de réponse dans la médecine traditionnelle", ajoute Adriana Dinu, acupunctrice. C'est ce qui a notamment poussé Federica Petti à devenir naturopathe. "Je suis intolérante au gluten et aucun médecin n'a jamais su me donner un régime qui pouvait être adapté à ma problématique", raconte-t-elle. 

Mais c'est aussi pour des raisons plus personnelles. "Ils sont stressés par leur vie privée ou professionnelle, ils ont reçu un coup dur dans la vie ou ils commencent à rentrer dans une dépendance à certains médicaments", expose Federica Petti. Celle-ci reconnaît qu'il y a "comme le yoga, un effet de mode. Il n'y a aucune honte à le dire."

Un suivi individualisé

Les thérapies alternatives ont pour principale fonction d'apporter du bien-être et de soulager les douleurs, à travers des méthodes naturelles (vibrations, massages…). Elles constituent "un bon instrument pour sentir les tensions", assure la naturopathe. Elles se caractérisent également par une prise en charge individualisée. "Chaque personne est un puzzle. Parfois, il y a les mêmes symptômes, mais la source du problème est différente", explique l'acupunctrice. "Ce n'est pas parce que les pratiques font du bien qu'il faut les appliquer à tout le monde de la même manière", poursuit Federica Petti. Avec le bilan énergétique (acupuncture) ou l'anamnèse (naturopathie), les professionnels s'adaptent à la personne. 

Aussi, ces pratiques fournissent des outils et aiguillent les personnes pour "qu'elles soient plus attentives aux messages de leur corps et qu'elles se le réapproprient, cela les incite à être encore plus protagonistes de leur santé", précise la naturopathe. Parfois, cela passe par de simples changements dans l'hygiène de vie (alimentation, sport). Mais il y a souvent "des idées reçues" sur ces pratiques. "Beaucoup pensent qu'elles agissent comme une baguette magique et qu'il n'y a aucun effort à faire, déclare-t-elle. Les résultats ne se voient pas du jour au lendemain, mais au bout de quelques mois. Il faut de la patience pour atteindre et ressentir des changements." Les professionnels s'accordent, en tous les cas, sur un point. "La référence, ce sont les patients. On ne peut se baser que sur leurs retours et ils avancent de bons résultats. S'ils n'ont plus mal, cela me suffit", affirme Adriana Dinu. 

Attention aux dérives sectaires

Si leur influence s’étend, les thérapies alternatives suscitent néanmoins encore des réserves, notamment auprès de la communauté scientifique. "La médecine est une et universelle. Nous ne pouvons pas appeler ces pratiques "médecines", car elles ne sont pas reconnues scientifiquement. Au même titre que le sport ou les bains de mer, ce sont des soins de bien-être, de confort et du cocooning", rappelle Pascal Charbonnel. 61 % des Français ne solliciteraient pas un praticien en thérapie alternative face à des symptômes inconnus, d'après l'étude. 

Le médecin généraliste pointe également un problème significatif : les dérives sectaires. "Certains exercent une emprise et se permettent de faire renoncer les patients à leurs soins, au point d'en mourir...", alerte-t-il. Ainsi, selon l'étude, 81 % considèrent que l’État doit mieux réglementer et encadrer l’activité des praticiens en thérapies alternatives. Et c'est ce qu'a impulsé le gouvernement avec un projet de loi visant à renforcer la lutte contre les dérives sectaires et à améliorer l’accompagnement des victimes, notamment "protéger des risques et de la dangerosité dans le domaine de la santé". "C'est une loi utile, je salue la mesure de création d'un nouveau délit de provocation à l’abandon de soins", s'enthousiasme Pascal Charbonnel. Le texte sera examiné en nouvelle lecture à l’Assemblée nationale puis au Sénat respectivement les 19 mars et 2 avril prochains.

Face à ce constat, les professionnels réaffirment la complémentarité de leurs thérapies alternatives avec la médecine traditionnelle. "Nos pratiques ne remplacent pas la médecine", certifie Adriana Dinu. "Nous ne sommes pas médecins, nous ne posons pas de diagnostic et d'ailleurs, nous parlons de clients et non de patients. Nous sommes complémentaires à la médecine traditionnelle et j'essaye de rentrer en contact avec les médecins le plus possible", détaille Federica Petti. Souvent, les personnes qui se tournent vers ces pratiques ont déjà des symptômes, des douleurs, voire des maladies à des stades plus ou au moins avancés. "Ces thérapies douces devraient devenir des préventions, quand la pathologie n'est pas encore là, car en Occident, nous avons trop tendance à attendre la douleur", conclut Federica Petti. 


Emma FORTON

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