Obésité infantile : comment expliquer son accélération partout dans le monde ?

Publié le 1 mars 2024 à 14h02, mis à jour le 1 mars 2024 à 15h03

Source : JT 13h Semaine

Le taux d'obésité chez les enfants et les adolescents a quadruplé en trente ans, selon l'Organisation mondiale de la Santé.
Longtemps considéré comme un problème de pays riches, ce fléau touche désormais nombre de pays à faible et moyen revenu.
La transformation rapide des systèmes d'alimentation dans ces pays et l'importance de l'industrie agro-alimentaire sont notamment pointés du doigt.

Le franchissement de ce seuil n'était pas attendu avant 2030. L'obésité touche désormais plus d'un milliard de personnes dans le monde, soit un habitant de la planète sur huit, selon une estimation publiée à quelques jours de la Journée mondiale de lutte contre l'obésité du 4 mars. Si le taux d'obésité dans la population a doublé parmi les adultes entre 1990 et 2022, il a quadruplé chez les enfants et les adolescents, indique cette vaste étude publiée dans The Lancet et effectuée avec la collaboration de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette maladie touchait ainsi en 2022 près de 160 millions d'enfants et d'adolescents (94 millions de garçons et 65 millions de filles), contre 31 millions quelque trente ans plus tôt. 

Autre enseignement inquiétant : certains pays à revenus faibles ou intermédiaires, notamment en Polynésie et Micronésie, aux Caraïbes, au Moyen-Orient et en Afrique du nord, affichent désormais des taux d'obésité supérieurs à ceux de beaucoup de pays industrialisés, notamment d'Europe, selon l'étude qui montre une accélération du fléau dans ces parties du globe, y compris chez les enfants et les adolescents.

Des facteurs multiples

Pour rappel, plusieurs facteurs génétiques, environnementaux, sociaux et psychologiques, sont susceptibles de favoriser l'obésité. Parmi ces derniers figurent notamment un surpoids ou une obésité parentale, notamment de la mère ou encore  l'exposition du fœtus à plusieurs facteurs prédisposants pendant la grossesse tels que le tabagisme maternel, une prise de poids importante, ou encore un diabète mal équilibré. Le manque d’activité physique et l'augmentation de la sédentarité (multiplication des heures passées devant les écrans, plus de déplacements en voiture, etc) associés à une alimentation trop riche en produits gras, sucrés ou salés (chips, frites, sucreries, sodas, etc.) sont également pointés du doigt.  Enfin, des mesures alimentaires trop restrictives ou au contraire permissives de la part de l'entourage comme le manque de sommeil et certains facteurs psychologiques (harcèlement scolaire, négligences parentales, abus sexuels, etc) sont susceptibles d'expliquer l'apparition de l'obésité chez l'enfant.

"Cette nouvelle étude souligne l'importance de la prévention et de la prise en charge de l'obésité dès le début de la vie et jusqu'à l'âge adulte, grâce à l'alimentation, à l'activité physique et à des soins adéquats aux besoins", souligne dans un communiqué le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS.

Le poids de l'industrie agro-alimentaire et la "transformation rapide des systèmes d'alimentation"

Mais de plus en plus, les facteurs socio-économiques sont également pointés pour expliquer l’obésité infantile alors que pour certaines familles, la priorité n’est pas de manger équilibré, mais de manger tout simplement. 

À ce titre, l’Organisation mondiale de la santé estime d'ailleurs que l’industrie agro-alimentaire pourrait jouer un "rôle non négligeable pour réduire l’obésité de l’enfant, en abaissant la teneur en graisses, en sucres et en sel des aliments manufacturés pour nourrissons et jeunes enfants, en garantissant à tous les consommateurs la disponibilité et l’accessibilité économique d’aliments sains et nutritifs et pratiquant une commercialisation responsable ciblant les parents de nourrissons et d’enfants".

"Dans le passé, nous avions tendance à considérer l'obésité comme un problème de pays riches, désormais c'est un problème mondial", a insisté de son côté jeudi le Pr Francesco Branca, directeur du département "Nutrition pour la santé et le développement" de l'OMS, lors d'une conférence de presse. Il y voit notamment l'effet d'une "transformation rapide, et pas en mieux, des systèmes d'alimentation dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires". Nombre de pays à faible et moyen revenu connaissent ainsi désormais le "double fardeau" de la sous-alimentation et de l'obésité ou en d'autres termes : ne pas manger assez, mais aussi manger mal. Ainsi, alors qu'une partie de leur population n'a toujours pas accès à un nombre de calories suffisant, une autre n'a plus ce problème mais son alimentation est de mauvaise qualité. 

Pour expliquer que les inégalités sociales se retrouvent de plus en plus dans l'assiette des consommateurs, y compris dans l'Hexagone comme le rappelle une étude de l'Insee publiée le 27 février, Gwenaelle Gault, directrice générale de l'Observatoire Société et Conso (Obsoco) évoque pour sa part "un côté compensation sur le plaisir que peuvent procurer certains plats, comme les gâteaux, que l'on va retrouver chez les ménages les plus modestes". Et de détailler : "L'idéal c'est de pouvoir avoir à la fois le plaisir et la qualité ; quand on ne peut pas avoir la qualité et qu'on est obligé d'aller vers le moins cher on va au moins aller vers le plaisir".

Un effet Covid ?

Si l'étude de l'OMS montre que cette tendance à l'accélération du fléau qu'est l'obésité est en marche depuis plusieurs décennies à travers le monde, y compris chez les plus jeunes, certains observateurs pointent toutefois sa probable amplification sous l'effet de la pandémie de Covid-19. Une étude menée par l’agence Santé publique France dans le Val-de-Marne, et publiée en avril 2022, avait notamment montré que les cas d’obésité et de surpoids avaient augmenté considérablement chez les petits Français, à date, depuis le début de la crise sanitaire. "Chez les enfants de quatre ans, le surpoids et l’obésité ont augmenté significativement en 2020-2021, en comparaison des deux années scolaires précédentes", concluaient ainsi les auteurs.

Une analyse partagée par Hélia Hakimi-Prévot, journaliste spécialisée dans les questions de santé et l'auteure du livre "La vérité sur l'obésité" (Ed. Robert Laffont). Selon cette dernière, la pandémie "a favorisé la sédentarité, l'inactivité physique, mais aussi la malbouffe", explique-t-elle auprès d'Euronews. "Cela peut paraître anecdotique mais ça ne l'est pas : beaucoup de familles avec enfants n'avaient pas forcément le temps de travailler, de s'occuper des devoirs et de cuisiner correctement. Donc il y a eu malbouffe", poursuit-elle. Et d'illustrer : "Il y a eu aussi beaucoup d'apéritifs le soir pour essayer de se donner du baume au cœur. Finalement, l'obésité a augmenté, notamment chez les enfants. Parce que les enfants avaient l'habitude, à l'école, de se dépenser en cour de récré, de faire du sport...  Or, toutes ces activités ont été complètement annulées".


Audrey LE GUELLEC

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