Ozempic : un médicament anti-diabétique détourné pour perdre du poids

par Frédéric SENNEVILLE
Publié le 20 décembre 2022 à 18h54
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

L'Ozempic est un traitement contre le diabète de type 2, qui permet de contrôler le taux de sucre dans le sang.
Depuis quelques mois, ce médicament est vanté sur les réseaux sociaux, pour ses vertus contre l'obésité.
La demande est telle que l'approvisionnement des patients diabétiques est menacé.

Il suffit de taper le mot "Ozempic" dans un moteur de recherche pour mesurer l'ampleur du problème. Les suggestions affichées concernent presque toute la question de la perte de poids, et les premiers résultats y sont majoritairement consacrés. Pour qui entendrait parler pour la première fois de ce médicament, il pourrait ne même pas supposer qu'il s'agit en fait d'un anti-diabétique, dont la perte de poids chez le patient n'est qu'un effet secondaire.

Depuis quelques mois, de nombreux influenceurs des réseaux sociaux, ainsi que des personnalités de premier plan comme Elon Musk, ont vanté les vertus de l'Ozempic pour perdre du poids efficacement. Leur force de prescription a tellement porté sur le public, que le médicament miracle s'arrache, une frénésie qui menace l'approvisionnement de ceux qui en ont réellement besoin : les diabétiques. Le ravitaillement est déjà sous tension aux États-Unis, et en Australie, des patients doivent attendre des mois pour renouveler leur traitement.

Réserver l'Ozempic aux patients diabétiques

En France, si on observe "des phénomènes de tension", parfois importants localement, il n'y a pas encore de rupture à proprement parler, constate le vice-président de la Fédération française des diabétiques, inquiet de la situation aux États-Unis, où le Trulicity, un traitement de la même famille contre le diabète, est déjà frappé de pénurie. 

Cardiologue de profession, Jean-François Thébaut a même envoyé une lettre aux pharmaciens et aux médecins français, pour réserver les stocks d'Ozempic et de Trulicity aux patients diabétiques, qui en ont strictement besoin. L'ANSM (Agence nationale de la sécurité du médicament) s'est, elle aussi, mobilisée, et des appels à la vigilance ont été émis à destination des personnels de santé, relayés notamment par l'Ordre des médecins. Par ailleurs, si on ne peut, en principe, se procurer ce traitement que sur ordonnance, un marché parallèle s'est déjà structuré. 

Un état nauséeux quasi-permanent

C'est depuis cet été que les autorités sanitaires sont en état d'alerte. En Australie, une véritable frénésie sur TikTok avait fait de l'Ozempic un remède miracle, avec la caution conjuguée des influenceurs de profession et de figures connues. Le produit étant administré en auto-injection, les réseaux regorgent de conseils et de tutoriels pour les novices. Dès le mois d'août, les Vérificateurs de TF1info avaient d'ailleurs consacré une enquête à ce détournement des traitements contre le diabète, dangereux pour ceux qui le pratiquent. 

Le médicament implique effectivement une perte de poids assez radicale. Le sémaglutide, la substance active à la base de l'Ozempic, "favorise la sécrétion d'insuline, et permet d'améliorer la captation du glucose par les cellules", explique le professeur Thébaut. Le temps de digestion augmente, la satiété est atteinte plus rapidement. "Une sensation pas très agréable", témoigne-t-il, "qui coupe l'appétit", et place le patient dans un état nauséeux quasi-permanent. 

Si la perte de poids est conseillée aux patients diabétiques, celle que génère l'Ozempic est en fait un effet secondaire, et c'est justement elle qui est recherchée par ceux qui détournent le médicament de son usage. Si le rapport bénéfice-risque est "très positif pour les patients atteints de diabète" de type 2, pointe le spécialiste, il ne l'est pas pour les autres.

Lire aussi

L'entreprise pharmaceutique Novo Nordisk, qui commercialise l'Ozempic, s'apprête d'ailleurs à mettre sur le marché le Wegovy, un traitement de la même famille, mais uniquement destiné à perdre du poids. "C'est le même produit avec un autre nom", pour le vice-président de la Fédération des diabétiques, "par contre le dosage peut être différent". Il rapporte aussi que l'ANSM a passé des accords avec les industriels pour que les traitements des patients soient satisfaits en priorité. Un motif d'optimisme : l'usine de production est établie en France, à Chartres, ce qui évitera de subir les éventuelles perturbations du transport pour l'approvisionnement.


Frédéric SENNEVILLE

Tout
TF1 Info