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Papillomavirus : quels effets de la vaccination en Australie sur le cancer du col de l'utérus ?

Publié le 1 mars 2023 à 18h51

Source : JT 20h Semaine

Le gouvernement a annoncé mardi la généralisation du vaccin contre le papillomavirus pour les collégiens.
La France s’inspire du cas australien, qui a facilité dès 2007 la vaccination des adolescents.
Les bénéfices se font déjà sentir, bien que cela ne se traduise pas encore dans le nombre de cancers du col de l’utérus détectés chaque année.

Le gouvernement veut endiguer le fléau du papillomavirus, responsable de 6000 cas de cancers par an, pour moitié des cancers du col de l’utérus, en vaccinant plus largement les adolescents. Cette campagne sera ainsi proposée à la rentrée 2023 à tous les élèves de 5e volontaires. 

Celle-ci s’inspire directement de ce qu'a fait l'Australie, qui a généralisé la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) aux jeunes filles dès 2007, puis aux jeunes garçons en 2013. La couverture vaccinale est très importante dans le pays, avec 67% des adolescents de 15 ans et 78% des adolescentes ayant reçu leurs trois doses. Sur les réseaux sociaux, les commentaires après l’annonce d’Emmanuel Macron font d’ailleurs état de la politique menée par ce pays d’Océanie. Les cas de cancers du col de l’utérus, qui touchent les femmes vers 50 ans, y auraient même chuté, selon des internautes. Un effet à relativiser. Car les cancers du col de l’utérus ont continué d’augmenter en dix ans, tous âges confondus, passant de 757 cas diagnostiqués en 2006 à 888 cas en 2016, selon le Global Cancer Observatory.

Mais cela n'est pas lié à la vaccination et cela ne veut pas dire que la campagne ne fonctionne pas, bien au contraire. "Il n’y a pas de débat sur l’efficacité de la vaccination contre le papillomavirus. Ce qui est clair, c’est que la vaccination diminue de 90% le taux d’incidence du cancer", tranche auprès de TF1info le docteur Lucas Spindler, gastro-entérologue et proctologue à l’hôpital Paris Saint-Joseph.

Alors, comment cela s’explique-t-il ? En réalité, le bénéfice d’une campagne vaccinale sur les cancers du col de l’utérus ne peut pas se mesurer immédiatement. "Pour ce cancer, le délai entre l’infection par l’HPV et l’apparition de lésions cancéreuses peut prendre 10 à 20 ans", rappelle le spécialiste. "Les cancers du col de l’utérus chez les femmes jeunes sont rares et l’incidence augmente à partir de l’âge de 30 ans", soulignent encore Santé publique France (SPF) et l’Institut national du cancer, dans un rapport d’observation. "L’impact de la vaccination sur le cancer du col sera donc visible lorsque les premières cohortes de jeunes filles vaccinées à la préadolescence atteindront l’âge de l’entrée dans le dépistage du cancer du col de l’utérus", soit à partir de 2020-2025 pour une campagne entamée en 2007.

La diminution des cancers du col de l'utérus n'est visible qu'à partir de 2020-2025 dans les pays ayant introduit la vaccination chez les adolescentes en 2007
La diminution des cancers du col de l'utérus n'est visible qu'à partir de 2020-2025 dans les pays ayant introduit la vaccination chez les adolescentes en 2007 - Santé publique France

En revanche, d’autres signes d’efficacité de la vaccination sont décelables plus tôt, comme la réduction des infections au papillomavirus ou des lésions précancéreuses du col de l’utérus. Et ils sont très encourageants au sein de la population australienne. Ainsi, les infections détectées dans les frottis de jeunes femmes de 18 à 24 ans ont quasiment disparu dans les États australiens de Victoria et de New South Wales, passant de 22,7% à 1,5% en dix ans, entre 2005-2007 et 2015

"Le taux de détection des lésions précancéreuses du col de l’utérus parmi les femmes dépistées a également fortement diminué entre 2004-2006 et 2016, passant de 13,6 à 3,9 pour 1000 femmes âgées de moins de 20 ans", constatent les organismes français à partir d'études australiennes conduites en vie réelle. Des résultats encourageants qui font espérer aux autorités australiennes une éradication prochaine du cancer du col de l’utérus, alors que les premières jeunes femmes vaccinées en 2007 commencent tout juste à se faire dépister.

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Caroline QUEVRAIN

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