Pollution aux particules fines dans le métro : quels risques pour la santé ?

Publié le 23 mai 2023 à 13h27

Source : TF1 Info

De nouveaux relevés révèlent l'étendue de la présence des particules fines dans l'air du métro parisien.
Elle serait largement supérieure à celle à l’extérieur selon l'étude menée pour l'émission "Vert de rage".
Les données existantes suggèrent "la possibilité" d'effets cardio-respiratoires.

Sur quelles lignes du réseau de transports franciliens s'expose-t-on le plus à la pollution ? Si l'exposition aux polluants dans le métro et les RER d'Ile-de-France est pointée du doigt depuis plusieurs années, de nouvelles données viennent préciser et hiérarchiser son étendue grâce aux valeurs relevées dans différentes stations. Présentées ce mardi à l’Académie du climat, et ces dernières sont le fruit de huit mois de mesures effectuées par des dizaines de volontaires pendant leurs trajets quotidiens pour le compte de  "Vert de rage", une émission diffusée sur France 5 qui enquête sur les scandales environnementaux. 

Il en ressort que la pollution aux particules fines dans le métro parisien, résultant à la fois de l’air pollué des rues, qui ventile les stations, et des rames de métros elles-mêmes, qui créent des poussières lors du freinage, atteint des valeurs bien au-delà des standards recommandés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

La ligne 5 en tête des lignes les plus polluées

En moyenne, la pollution aux particules fines PM2,5 (diamètre inférieur à 2,5 micromètres) dans le métro et le RER est de 24 μg/m3, soit près de cinq fois plus que les 5 μg/m3 recommandés par l'OMS, détaille dans un communiqué "Vert de rage" tandis que la sur-pollution, définie comme l'excès de pollution dans la station par rapport à l'extérieur, a été mesurée à 10,5 μg/m3 en moyenne.

Plus en détail, la ligne 5, "où la sur-pollution moyenne engendrée par le trafic" est de 18 μg /m³ arrive en tête des stations et des lignes les plus polluées selon le classement établie par l'étude, suivie par le RER A (+17 μg /m³) et la ligne 9 (+16μg /m³). A contrario, les lignes C, 14 et 3bis (Respectivement + 3, +3 et +2,5 μg /m³) font figure de bons élèves, détaillent les travaux coordonnés par Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au CNRS et membre du comité scientifique de l'association Respire, à l'origine d'une plainte qui a conduit en avril à l'ouverture d'une enquête visant la RATP pour "mise en danger d’autrui et tromperie.

De possibles effets cardio-respiratoires

La RATP dit mettre en place des mesures telles que des appareils de renouvellement de l'air et des garnitures pour les freins afin de réduire les risques pour la santé, tout en remettant en cause la méthode et les appareils utilisés par l'étude de Vert de rage."De telles mesures doivent être réalisées selon des protocoles scientifiques validés et avec du matériel de référence", a réagi auprès de l'AFP la RATP via sa responsable du service développement durable, Sophie Mazoué. 

Si les travaux relayés ce mardi n'ont effectivement pas été publiés dans une revue scientifique, ils viennent toutefois s'ajouter à d'autres réalisés selon diverses méthodes ces dernières années. Il y a un an, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (l'Anses) a estimé que "le corpus d'études épidémiologiques et toxicologiques spécifiques (était) trop limité pour pouvoir tirer des conclusions fermes sur d'éventuels effets sanitaires de l'exposition des usagers à la pollution de l'air", relevant toutefois que les données existantes suggéraient "la possibilité" d'effets cardio-respiratoires. De son côté, la régie de RATP cite, pour attester des actions menées et de leur efficacité, une étude épidémiologique menée sur la période 1980-2017 qui "ne montre pas d'augmentation de symptômes respiratoires et cardio-vasculaires chez nos salariés".

Airparif, l'association chargée de veiller à la qualité de l'air en Île-de-France, et dont les données sont utilisées par des organismes tels que Santé publique France ou l'ORS (Observatoire régional de la santé), rappelle sur son site que "les effets sur la santé sont dépendants de la taille des particules". Et de détailler : "Les particules fines, inférieures à 2.5 µm, impactent à long terme la santé cardiovasculaire. Les particules PM2.5 issues du trafic routier altèrent aussi la santé neurologique (performances cognitives) et la santé périnatale." 

À titre de repère, le nombre annuel de décès attribuables à l’exposition prolongée aux particules fines PM2,5 a été évalué à 6220 en 2019 (contre 10.350 en 2010) en Île-de-France.


Audrey LE GUELLEC

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