L'info passée au crible

"Pfizer Gate" : quelle est cette affaire décrite comme "explosive" par certains ?

Felicia Sideris
Publié le 4 novembre 2021 à 18h29
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

RÉVÉLATIONS - Le "Pfizer Gate" secoue internet depuis mardi, certain voyant dans le témoignage publié dans le British Medical Journal une bonne raison pour stopper net la vaccination contre le Covid-19. On vous explique tout sur cette affaire.

Certains y voient une "déflagration mondiale", quand d'autres relativisent. Depuis plus de 24 heures, le hashtag #PfizerGate, du nom du laboratoire qui produit le vaccin contre le Covid-19, fait partie des sujets les plus discutés sur Twitter. En cause, un article publié ce mardi 2 novembre dans le British Medical Journal. Intitulé "Covid-19 : un chercheur dénonce les problèmes d'intégrité des données dans l'essai clinique de Pfizer", il accuse de graves manquements l'un des sous-traitants du laboratoire américain.

Des révélations rapidement relayées par toute la sphère sceptique s'agissant de la vaccination. À l'instar de Florian Philippot, qui a consacré pas moins de neuf tweets et deux vidéos à cette révélation qu'il décrit comme "explosive". "Avec le Pfizer Gate nous sommes à la veille d'une déflagration planétaire, d'un scandale mondial", a-t-il lancé face caméra ce mercredi. Idem pour Nicolas Dupont-Aignan, lui aussi devenu militant anti-restrictions sanitaires. L'ancien allié de Marine Le Pen avance même que cet article montrerait que le laboratoire a "bidonné la grande étude sur 40.000 personnes". Derrière ces réactions scandalisées et ce hashtag très partagé, qu'apprend-on réellement dans cet article ?

Un sous-traitant texan mis en cause

Le témoignage recueilli porte sur de potentielles mauvaises pratiques au sein d'un laboratoire de Ventavia, spécialisé dans la tenue d'essais cliniques. L'entreprise texane était alors chargée de trois des 153 sites investis dans les essais cliniques de phase III du vaccin Pfizer-BioNTech. Une pratique courante et publique, réalisée sous la base d'un contrat de Société de recherche contractuelle. Seulement, l'un des trois sites est accusé de ne pas avoir respecté les règles élémentaires de l'évaluation de la sûreté et de l'efficacité d'un produit. 

Au cœur des révélations, une certaine Brook Jackson. Présentée comme l'ancienne directrice régionale de l'assurance qualité, dotée de "quinze ans d'expérience dans la gestion de recherche clinique", elle a travaillé pendant deux semaines chez Ventavia en septembre 2020, avant d'être licenciée. C'est dans le cadre de ces fonctions éphémères que Brook Jackson dit avoir été témoin de nombreuses anomalies, dès son arrivée. 

Tout d'abord, le laboratoire aurait compromis l'attribution en "double aveugle" de certaines doses. Pour suivre cette démarche expérimentale, ni les patients ni les soignants ne doivent savoir si le produit administré est le vaccin ou le placebo. Or, une photo consultée par l'auteur de l'article montrerait des pochettes contenant les vraies doses de vaccin avec "les numéros d'identification des participants" laissées à la vue du personnel. De plus, "les formulaires d'attribution des médicaments étaient laissés dans les dossiers des participants". Un dysfonctionnement qui aurait duré "deux mois après le début du recrutement", avec un impact potentiel sur les 1000 participants alors inscrits. 

Extrait de l'article "Un chercheur dénonce les problèmes d'intégrité des données dans l'essai clinique de Pfizer", publié le 2 novembre 2021 - British Medical Journal

Brook Jackson reproche aussi au laboratoire d'avoir tardé à remonter certains effets indésirables, avec des dizaines de signalements enregistrés avec plus de trois jours de retard, contre les 24 heures prévues par le protocole. La lanceuse d'alerte évoque également des doses mal stockées, mal étiquetées et des employés mal formés. Employés qui, selon la liste de "mesures d'action" diffusée aux dirigeants de Ventavia début août, auraient falsifié des données. 

Ce document interne identifiait "trois membres" du staff avec un problème "de journal électronique/falsification les données". Des défaillances en nombre. Si bien que, toujours selon la même source, "le personnel qui a conduit les contrôles de qualité était débordé par le volume de problèmes qu'il découvrait". Des déclarations de l'ancienne salariée appuyées "par des dizaines de documents internes, des photos, des enregistrements audio et des mails", assure le BMJ.

Ce témoignage est-il un "scandale" ?

Malgré de "multiples signalements", une "centaine" référencée par la lanceuse d'alerte, son employeur fait la sourde oreille. Elle décide alors d'en alerter la Food and Drug Administration (FDA), l'agence américaine notamment en charge des médicaments. Et se fait, selon elle, "licencier le jour même par son employeur". 

En temps normal, dans un tel cas, le centre aurait dû être inspecté et les données de ces 1000 patients retirées de l'étude. Au contraire, ce signalement semble ne pas avoir été pris au sérieux. Pour preuve, un document publié en août dernier montre que sur les neufs sites inspectés par la FDA, aucun n'appartenaient à Ventavia. Interrogée sur les raisons qui l'ont poussée à ignorer ce signalement, la FDA nous a répondu ne "pas pouvoir commenter cette affaire en cours", tout en soulignant sa "confiance dans les données qui ont été utilisées pour soutenir l'autorisation du vaccin Pfizer-BioNTech". 

L'auteur de l'article note par ailleurs "qu'après ces évènements, Pfizer a fait réaliser quatre autres essais cliniques par ce même sous-traitant". On en trouve effectivement la trace en ligne. Il s'agit des essais sur les enfants et les jeunes adultes, de ceux chez les femmes enceintes, d'un essai sur une troisième dose, ainsi qu'un dernier concernant un tout autre vaccin. Interrogé par nos soins, le laboratoire Pfizer - qui indique avoir "bien pris connaissance" de la publication - n'a pas non plus souhaité commenter "cette information".

Pas d'impact sur l'intégralité de l'essai

Reste que, si ce récit était avéré (aucun des documents le prouvant n'a pour l'heure été publié), il ne porte que sur un site de Ventavia. Et sur les seuls 1000 participants cités par Brook Jackson. Soit uniquement 2,3% de l'ensemble des participants. Contrairement à ce qu'assure Nicolas Dupont-Aignan, il ne concerne pas la totalité des 40.000 participants de la phase III de l'essai clinique. Ce qui signifie que les éventuelles conséquences sur les résultats de l'essai sont très limitées. D'autant plus que l'on dispose aussi désormais des résultats en "vie réelle", rassurants tant sur l'efficacité du vaccin contre les formes graves que sur sa sécurité.

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L'article du BMJ ne remet donc pas en question les données dont on dispose aujourd'hui sur le vaccin Pfizer. Ceci dit, l'alerte sur les négligences de ce sous-traitant doit être prise au sérieux. Tout comme l'absence de réactions de l'agence américaine et l'utilisation par Pfizer de ce laboratoire pour d'autres essais. Une apathie qui continuera sans nul doute de donner du grain à moudre aux opposants à la vaccination.

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