Plantes médicinales : comment les utiliser sans prendre de risques pour la santé ?

par Aurelie DUHAMEL pour TF1 INFO
Publié le 27 septembre 2023 à 7h00

Source : JT 20h Semaine

Les médicaments et compléments alimentaires à base de plantes comptent de plus en plus d’adeptes en France.
En plein essor, la phytothérapie se heurte aujourd’hui à un déficit d’information sur ses effets réels sur la santé.
En juin dernier, l’Agence nationale du médicament alertait sur les risques liés à cette pratique, notamment en cas d'interaction avec certains médicaments conventionnels.

Les ventes de médicaments et compléments alimentaires à base de plantes, notamment médicinales, s’accélèrent en France. Selon le syndicat professionnel Synadiet, “64% des compléments alimentaires vendus dans l'Hexagone contiennent au moins une plante”. En pharmacie, de nombreuses gammes sont ainsi proposées aux consommateurs en complément des traitements conventionnels pour renforcer le système immunitaire, améliorer la circulation sanguine, retrouver de l’énergie ou encore soigner les troubles du sommeil. Si leurs bénéfices sont souvent mis en avant dans les retours d’expérience, les autorités sanitaires exhortent les professionnels et leur patientèle à prendre certaines précautions avant de les utiliser.

Attention, la phytothérapie ne s’improvise pas

En tisanes, huiles, compléments alimentaires ou médicaments, la médecine par les plantes se décline sous différentes formes pour soigner certains maux physiques et mentaux. L’un des principaux arguments évoqués par les défenseurs de la phytothérapie est que la médecine par les plantes est plus naturelle et moins invasive pour l’organisme. Toutefois, cette approche dite plus traditionnelle de la médecine a ses limites. En effet, certaines plantes comme le millepertuis, réputé pour le traitement de troubles dépressifs et anxieux, peut altérer l’efficacité de certains médicaments, notamment des pilules contraceptives. 

Souvent cités par les professionnels de santé, d’autres végétaux comme le bilboa, l’ail ou le gingembre "augmentent les effets des médicaments anticoagulants oraux et augmentent le risque d’hémorragie", lit-on sur le site médical de référence Vidal.fr. Avant de vous précipiter dans les officines à la recherche de la petite gélule miracle, il est préférable de demander conseil à son médecin, en particulier pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes présentant des pathologies chroniques.

L’Anses dresse un tableau des restrictions et contre-indications

Dans un avis rendu public en juin dernier, l’Agence nationale de sécurité du médicament résumait le dossier épineux des compléments alimentaires à base de plantes en ces termes : "La simple mention de la présence de plantes dans les compléments alimentaires peut parfois être faussement rassurante pour le consommateur, alors que certaines plantes peuvent présenter un risque dans certaines conditions d’utilisation". Pour l’établissement français, ces compléments sont loin d’être inoffensifs, et peuvent entraîner des réactions allergiques sévères, voire des lésions hépatiques potentiellement fatales. 

Pour amorcer un début de protocole, l’Ansm met à disposition des professionnels un tableau récapitulatif listant l’ensemble des précautions d’emploi, recommandations, contre-indications et interactions médicamenteuses relatives à 118 plantes médicinales utilisées dans les compléments alimentaires. Gingembre, ginseng, menthe poivrée, millepertuis… Pour chaque plante, l’agence renseigne les parties utilisées dans les compléments alimentaires, et demande aux fabricants de faire apparaître plus explicitement les restrictions d’usage liées à la présence de plantes sur les notices d’utilisation. 

Quelles parties de la plante utiliser ?

Si l’usage médicinal des plantes est scruté à la loupe, c’est probablement que la pharmacopée française recense en 2023 pas moins de 425 plantes médicinales utilisées traditionnellement, dont 148 plantes d’usage thérapeutique non exclusif, c'est-à-dire libérées du monopole pharmaceutique. Toutefois, la phytothérapie peut aussi réellement soulager les patients, à condition d’être suffisamment bien informé. “Généralement, en France, ce sont les parties renouvelables : tiges, feuilles, fleurs… qui sont utilisées, plus rarement les racines et écorces”, précise le docteur en pharmacie Pierre Champy dans le Figaro Santé, qui soutient que la tisane est le moyen le plus efficace pour recueillir le "totum" d’une plante, soit l’ensemble des composés actifs. 

Pour éviter les erreurs et risques de surdosage, il est préconisé de se renseigner auprès d’un pharmacien spécialisé, d’un herboriste ou de consulter le glossaire de la Pharmacopée française cité plus haut. Par exemple, pour le sureau, on utilise la fleur pour son action diurétique. Pour l’eucalyptus, seules les feuilles sont exploitées pour soulager les infections ORL, le rhume ou encore les maux de gorge. À l’inverse, on utilise le rhizome (tige souterraine) du gingembre pour ses propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et analgésiques. Si des effets indésirables se font ressentir, vous pouvez aussi le signaler sur la plateforme dédiée nutrivigilance-anses.fr.


Aurelie DUHAMEL pour TF1 INFO

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