Contraception gratuite pour les moins de 26 ans : pourquoi ça ne résout pas tout

Charlotte Anglade
Publié le 10 septembre 2021 à 17h23
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

INTERVIEW - Le gouvernement a annoncé jeudi que la contraception hormonale serait gratuite pour les 18-25 ans à partir du 1er janvier 2022. Contacté par LCI, le médecin généraliste Fabien Quedeville regrette que le gouvernement ne prenne pas en compte la problématique dans sa globalité.

Déjà accessible gratuitement pour les jeunes filles mineures, la contraception hormonale le sera également pour les femmes jusqu'à 25 ans inclus, a annoncé jeudi le gouvernement. À partir du 1er janvier 2022, l'Assurance maladie prendra en charge "à 100% et en tiers payant", tous les frais nécessaires à la contraception pour les trois millions de jeunes femmes potentiellement concernées : une consultation par an avec un médecin ou une sage-femme, les examens biologiques afférents, ainsi que les contraceptifs proprement dit, à savoir "certaines pilules contraceptives, les implants contraceptifs, les dispositifs intra-utérins", les diaphragmes et la contraception d'urgence hormonale, a précisé le ministère de la Santé.

Si la mesure est largement saluée, Fabien Quedeville, médecin généraliste dans l'Essonne, reste sceptique. Interviewé par LCI, il dénonce un "effet d'annonce"

Un manque d'information et d'écoute

Pour lui, la problématique va bien au-delà de l'aspect financier. "Ça fait des années que je fais du suivi de contraception et je n’ai jamais vu, ou très rarement, des patientes renoncer à la contraception pour des raisons financières", dit-il. Le médecin généraliste évoque plutôt un manque d'information des patientes. "Dans l’esprit de beaucoup de femmes, il faut forcément passer par un gynécologue pour une prescription de contraception. Or trouver un gynécologue est aujourd'hui devenu très compliqué. Ce que beaucoup ignorent, c'est que les médecins généralistes et d'autres professionnels de santé comme les sages-femmes peuvent aussi suivre la contraception, poser un stérilet ou un implant", insiste-t-il.

Fabien Quedeville regrette aussi que ces annonces réduisent "encore une fois la problématique de la contraception à la pilule" à l'heure où celle-ci est justement délaissée en raison de ses effets secondaires. Selon un baromètre de Santé Publique France (SPF), cette contraception orale était utilisée par 36,5% des femmes en 2016, contre 45% d’entre elles en 2010. "La contraception va de l’absence de contraception aux moyens de contraception, hormonale ou non, sur prescription", souligne le médecin. 

Il y a un déficit d’écoute des professionnels de santé sur les désirs d’une femme.

Fabien Quedeville, médecin généraliste dans l'Essonne

Au lieu de vouloir à tout prix convaincre les femmes de prendre une contraception, il voudrait qu'elles soient plus écoutées dans leurs choix. "Il y a un déficit d’écoute des professionnels de santé sur les désirs d’une femme. C'est encore très mal vu qu’une femme ne prenne pas de contraception. Pourtant, c’est son choix et ça ne devrait pas être un problème. Si elle n’en a pas envie, il est possible de lui prescrire des moyens pour éviter qu’elle tombe enceinte après un rapport à risque, comme une pilule ou un stérilet d'urgence", explique-t-il, se disant convaincu que la pilule a notamment été délaissée parce que les femmes n'étaient pas écoutées lorsqu'elles évoquaient la problématique des effets secondaires.

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"J’aurais préféré qu’il y ait un vrai débat sur la contraception", regrette le médecin. "Quand vous voulez résoudre un problème de santé publique, il faut le faire dans sa globalité. C’est un peu comme pour le Covid : si vous ne l’abordez que sous l’aspect de la vaccination, vous abordez un pan de la prise en charge, mais pas le reste."


Charlotte Anglade

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