Chef du service de dermatologie de l'Institut Gustave Roussy à Villejuif, Caroline Robert combat les cancers de la peau.
À l’occasion de l’opération mobilisation cancer, Christelle Chiroux l’a rencontrée pour le podcast Expertes à la Une.
La dermatologue y fait preuve d’optimisme.

Du lundi 27 mai au mardi 4 juin, le groupe TF1 organise la 2e édition de l’opération "Mobilisation Cancer, Tous ensemble avec les chercheurs". À cette occasion, le professeur en dermatologie Caroline Robert a reçu Christelle Chiroux à l’hôpital Gustave Roussy de Villejuif.

Alors étudiante en école de médecine, Caroline Robert s’intéresse rapidement à la dermatologie. Cette discipline touche-à-tout mobilise son observation : "Les signes dermatologiques peuvent se manifester dans beaucoup de maladies différentes. Surtout, je me disais que la peau ce n’est pas grave, il n'y aura pas trop d'urgences. C’est drôle en y repensant parce que je me retrouve désormais face à des patients qui ont des cancers avec des mélanomes très graves." Ses débuts sont difficiles : aucun traitement n’existe pour soigner les cancers de la peau. "Pour guérir d’autres cancers, le chirurgien peut vous enlever un mélanome, vous surveiller et la plupart du temps ça suffit pour aller mieux. Dans le domaine de la peau, le mélanome devient métastatique et s'installe dans tout le corps. Avant 2010, rien ne marchait. La survie après un an ne concernait que 10 % des patients."

Avec son équipe, le professeur se lance dans la recherche avec succès. Elle remporte pas moins de seize prix. Les médicaments développés commencent à porter leurs fruits. "Le mélanome, le cancer le plus grave, est celui pour lequel la médecine a fait le plus de progrès. Des thérapies ciblées et l’immunothérapie ont révolutionné les traitements."

Transformer les échanges avec les patients

Au cours de sa formation, Caroline Robert se sent gênée par la communication apportée au patient. "Je trouvais que les médecins ne disaient pas du tout ce qu’il fallait aux patients, on leur baratinait des choses", assure la chercheuse. Devant le manque de préoccupation de ses supérieurs, elle décide de suivre une formation. Objectif, discuter des difficultés rencontrées avec les patients en consultation. "Nous venions de disciplines différentes et nous essayions de comprendre ce qui pouvait se passer en faisant des jeux de rôle. De mon côté, je ne savais pas quoi dire aux patients en fin de vie si je n’avais plus de traitement à leur proposer. Je me mettais à la place du patient, face à un autre collègue médecin, pour lui répéter tout ce que le vrai patient me disait et ce qui me mettait mal à l'aise." 30 ans après, le professeur réunit toujours ses internes une fois par semestre pour discuter de situations difficiles autour de ces jeux de rôles.

Dans l’intervalle, l’accès à l’information s’est démocratisé. Les médias et Internet ont permis à chacun de se renseigner plus précisément sur les maladies, les soins et les conséquences. "Nos échanges avec les patients sont beaucoup plus éclairés. Les discussions ne sont plus paternalistes. J’indique la gravité, les traitements, les risques et les bénéfices. Souvent, je suis sur la même longueur d’onde que mes patients." Elle reconnaît que l’émotion et la peur empêchent souvent de comprendre convenablement ce qu’il se passe. "Grâce à la médiatisation de personnalités, l’annonce d’un cancer devient moins taboue. Nous devons continuer à faire de la pédagogie pour expliquer comment ça fonctionne, les avancées thérapeutiques et les manières de les prévenir."

Pour prévenir les cancers de la peau, Caroline Robert livre son astuce : "Je conseille à tout le monde de prendre en photo tout son corps. Sans gros plan : en prenant la moitié du tronc jusqu’à l'abdomen, nous pouvons nous baser sur le nombril en bas et sur les mamelons en haut. L’image des constellations de grains de beauté permet d’en apprécier l’évolution." Un outil précieux pour le dermatologue : "La première chose que le dermatologue vous demande en consultation consiste à savoir depuis combien de temps vous avez ça, si ça évolue ?"

Vaccin : "Je sens que ça bouge"

Le corps humain ne recèle plus autant de secrets pour elle. "Le corps renvoie toujours des signaux positifs et négatifs. Plus les signaux s’équilibrent, meilleure est notre santé. Si nous réagissons à un antigène, avec une infection par exemple, le système immunitaire s'excite et se défend. Mais au bout d'un moment, il faut que cette activation s'arrête, sinon nous risquons de faire trop d'inflammation."

Passionnée, dévouée, Caroline Robert reconnaît qu’elle a dû se détacher de l’image du médecin sauveur. "Nous sommes élevés avec l’idée que le médecin doit résoudre tous les problèmes. Je me suis rendue compte que je ne peux pas guérir tout le monde et que ce n’est pas ma faute. Penser comme ça m’a libéré." Insatisfaite, le professeur reste pour autant optimiste. "Je sens que ça bouge dans le domaine des vaccins. Grâce aux thérapies cellulaires, nous arrivons à modifier des lymphocytes, à les faire fabriquer et à les réinjecter." Elle estime à "quelques années" le temps de développer un vaccin efficace contre le cancer.

Mobilisation Cancer

Pour faire un don de 10€, envoyez DON par SMS au 92 250

10€ prélevés sur facture mobile. Liste des opérateurs disponible sur mobilisationcancer.org

Ou rendez-vous sur mobilisationcancer.org


Geoffrey LOPES

Tout
TF1 Info