Cette drogue de synthèse fait des ravages aux États-Unis, qui viennent, mercredi 12 avril, de la désigner "menace émergente".
La xylazine, ou "tranq", est un anesthésiant vétérinaire qui a été détourné à des fins récréatives, pour servir d'agent de coupe avec d'autres opioïdes.
Ce tranquillisant à bas prix, qui donne une démarche de mort-vivant, a des effets dévastateurs, pouvant conduire à l'amputation ou à l'overdose.

On la surnomme tragiquement "la drogue du zombie". Aussi appelée "tranq" ou xylazine, sa dénomination scientifique, cette substance a infiltré le marché noir outre-Atlantique, où elle est consommée en tant qu'adjuvant avec d'autres opioïdes, dont le fentanyl, une drogue décrite comme 50 fois plus puissante que l'héroïne et 100 fois plus que la morphine. Sa particularité est de donner à ceux qui se l'injectent des allures de morts-vivants. Outre l'effet sédatif qu'elle procure, en altérant dangereusement la respiration et les fonctions cardiaques, cette drogue de synthèse a tendance à provoquer des nécroses sur la chair. 

Cette drogue mortelle, que l'on trouve à un coût dérisoire - moins de 6 euros le kilo -, gangrène les rues aux États-Unis, où sa consommation a explosé. Entre 2020 et 2021, la détection de xylazine par l'Agence anti-drogue américaine (DEA) a augmenté de quasiment 200% dans le sud du pays, et plus de 100% dans l'ouest. Suffisant pour susciter l'inquiétude de l'Agence américaine des médicaments (FDA), qui a signalé un "problème de santé publique grandissant". Une préoccupation partagée par la Maison Blanche. Washington a annoncé, mercredi 12 avril, désigner comme "menace émergente" la xylazine. 

Un anesthésiant vétérinaire détourné

"C'est la première fois dans l'histoire de notre Nation qu'une substance est désignée comme menace émergente", a déclaré lors d'une conférence de presse le Dr. Rahul Gupta, directeur du bureau chargé de la lutte contre les drogues. Cette classification doit permettre à l'administration Biden, après avoir présenté au Congrès un plan d'action sous trois mois après la désignation, qui s'attaquera à plusieurs domaines, de débloquer des fonds, sans rediriger de l'argent destiné à d'autres causes.

Inventée dans les années 1960 et autorisée depuis 1972 par l'Agence américaine des médicaments (FDA), comme sédatif et analgésique vétérinaire, la xylazine est destinée exclusivement à un usage vétérinaire. Cette substance, qui bloque les récepteurs adrénergiques, empêchant la libération de noradrénaline, est utilisée sur des animaux (chevaux, chiens, chats...). Elle se présente sous la forme d'une solution injectable claire et incolore. Depuis les années 2000, l'utilisation de ce puissant anesthésiant a été détournée. Il sert d'agent de coupe afin de majorer l'effet d'un opioïde ingéré ou injecté, tel que le fentanyl, la cocaïne ou la méthamphétamine, avec des conséquences dévastatrices à la fois psychologiques et physiques. 

La "drogue du zombie" ralentit "la respiration, la tension, le rythme cardiaque" et réduit "la température corporelle à des niveaux critiques", alerte la FDA. La xylazine inhibe les récepteurs adrénergiques, localisés dans le système nerveux central et le cœur, entraînant une perte de conscience, d'attention, une sédation extrême, et éventuellement des délires ou des hallucinations. D'où l'effet "zombie". De manière toute aussi grave, "des plaies cutanées et des plaques de peau morte et en putréfaction", peuvent apparaître, y compris ailleurs qu'au niveau des points d'injection. Les tissus peuvent s'infecter et se nécroser, au point de nécessiter l'amputation d'un membre touché, sans prise en charge rapide et adéquate. 

Aucun antidote connu pour le moment

Doté d'un haut potentiel addictif, la "tranq" sert à gonfler les doses de fentanyl, très en vogue aux États-Unis. Les deux drogues de synthèse, qui prolifèrent parmi dans les milieux modestes, se retrouvent ainsi régulièrement dans un même produit, selon la DEA, ce qui maximise les risques d'addiction. Cette combinaison, très souvent faite à l'insu des consommateurs, occasionne un risque de surdosage mortel majoré. D'autant plus que l'intervalle entre la dose d'efficacité et la dose létale est minime, d'où un danger accru de faire une overdose fatale. Selon une étude parue en 2022, 26% des overdoses mortelles en Pennsylvanie en 2020 impliquaient de la xylazine, et 20% dans le Maryland, État voisin de la capitale Washington.

À ce jour, aucun antidote n'existe en cas d'overdose à la xylazine. Même la naloxone, antagoniste des opioïdes, se révèle inefficace contre la "drogue du zombies", dont elle n'annule pas les effets calmants et empêche toute réanimation. 


Yohan ROBLIN

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