La maladie de Parkinson n'affecte pas de la même façon hommes et femmes, mais son déclenchement reste encore énigmatique.
Si les femmes sont moins touchées, une étude de l'Inserm révèle que certaines d'entre elles seraient plus vulnérables que d'autres face à la pathologie.
En cause probablement, leur taux d'exposition à une hormone sexuelle, qui pourrait protéger de la maladie.

Des règles précoces, plusieurs enfants, une ménopause artificielle... La vie reproductive des femmes pourrait jouer un rôle clé sur un tout autre plan : leur santé neuronale et cérébrale. Et en particulier sur le développement de la maladie de Parkinson. Deuxième pathologie neurodégénérative la plus fréquente en France, elle n'en reste pas moins encore entourée de mystères. Mais des chercheurs commencent à identifier des facteurs de risques qui pourraient être spécifiques aux femmes, sans en comprendre encore les ressorts concrets. 

Cette pathologie, qui entraîne une lenteur des mouvements et une rigidité des muscles, est 1,5 fois plus fréquente chez les hommes. Ce qui explique qu'elle a été jusqu'alors peu étudiée chez les femmes. Pourtant, celles-ci présenteraient à la fois des atouts protecteurs et des facteurs de risque spécifiques. Une piste que vient renforcer une étude menée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et publiée dans la revue neurologique britannique Brain. Appuyée sur le suivi de près de 100.000 Françaises sur ces 30 dernières années, dont 1200 patientes atteintes de Parkinson, elle souligne que plusieurs éléments dans leur parcours semblent liés à un risque accru de développer la maladie.

Effets "neuroprotecteurs" des œstrogènes

Parmi eux, des règles précoces ou tardives. La moyenne d’âge des premières menstruations s’élève à 12-13 ans : celles chez qui elles sont survenues avant et après présentent respectivement 21% et 18% de risques en plus de contracter la maladie. Par ailleurs, avoir un enfant n’est pas associé à une probabilité plus forte, mais en avoir plusieurs pourrait l’être. Le risque augmente au fur et à mesure des naissances : +22% pour le deuxième enfant, +30% à partir du troisième. 

Le clomifène, un traitement pour améliorer la fertilité, ferait quant à lui bondir ce risque de 80% en plus par rapport aux femmes n’ayant reçu aucune médication pour la fécondité. Quant à la ménopause artificielle, provoquée médicalement, elle entraîne +28% de risques par rapport à une ménopause naturelle, et encore davantage si elle est déclenchée avant 45 ans.

Tous ces résultats pourraient confirmer l’hypothèse selon laquelle les œstrogènes "pourraient avoir des effets neuroprotecteurs", explique à TF1info la biologiste et épidémiologiste Marianne Canonico, qui a dirigé cette analyse. Ces hormones, peu présentes chez les hommes, jouent un rôle central dans la vie reproductive des femmes. "Plusieurs études sur des cellules de modèles animaux ont montré qu'elles offrent une protection au niveau du cerveau, notamment contre l'agression d’une protéine spécifique impliquée dans la dégénérescence cérébrale qui sous-tend la maladie de Parkinson", détaille-t-elle. 

Son analyse pourrait confirmer cette piste chez les humains également. Dans le cas des ménopauses artificielles ou du traitement au clomifène par exemple, les taux d'œstrogènes chutent. La grossesse, elle, "est le moment de la vie où l’on est le plus exposé à ces hormones, avec des taux multipliés par 100 sur cette période, mais une fois qu’elle est finie, les femmes qui ont beaucoup d’enfants présentent un taux d'œstrogènes plus bas", explique la spécialiste. Enfin, dans le cas des premières menstruations tardives, les femmes sont exposées moins longtemps à ces hormones. 

Malgré des facteurs aggravants, un risque toujours faible

En revanche, des interrogations subsistent au sujet des règles précoces, qui seraient à risques alors qu'elles font pourtant grimper plus tôt que prévu les taux d'œstrogènes. "Dans ce cas-là, il y a une autre hypothèse : ces femmes pourraient présenter un vieillissement précoce ou accéléré. Des maladies tardives pourraient se développer plus tôt chez elles", pointe la chercheuse.

Tous ces différents risques peuvent se cumuler chez une même personne, mais les femmes ne doivent pas pour autant s'inquiéter : "le risque de base de contracter la maladie reste très faible", appuie-t-elle. Son équipe appelle également à rester très prudent face à l'ensemble de ces résultats. Jamais un panel aussi large de patientes atteintes de Parkinson n'avait été pris en compte dans une étude, mais des analyses plus approfondies avec encore plus de participantes sont nécessaires. 

À long terme, les scientifiques espèrent pouvoir mieux comprendre les mécanismes biologiques en jeu dans la maladie. "La pathologie est moins présente chez les fumeurs, mais on n’appelle pas pour autant les gens à se mettre à fumer ! De la même manière, on ne va pas conseiller aux femmes de ne plus faire d’enfants", insiste Marianne Canonico. "Mais on étudie les effets que pourraient avoir certaines molécules sur la dégénérescence cérébrale propre à celle-ci, pour pouvoir faire de la prévention."


Maëlane LOAËC

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