Bien dans son corps, bien dans sa tête

Corps et tête : jamais l’un sans l’autre

Geoffrey Lopes
Publié le 6 décembre 2021 à 8h00
Corps et tête : jamais l’un sans l’autre

Source : iStock

SAIN DE CORPS ET D'ESPRIT - Impossible de dissocier notre corps de notre tête. Prendre soin de notre enveloppe corporelle améliore notre état psychologique et inversement.

Coupez la tête d’un poulet et il continuera pendant quelques secondes à courir. Nul ne sait si l’expérience a été tentée avec un humain. En soi, nous pouvons parfaitement vivre sans que notre cerveau ne fonctionne. Nous nous trouvons alors dans un état végétatif. L’Américaine Elaine Esposito, par exemple, est restée inerte sur un lit pendant 37 ans. Le développement de la médecine nous permet également de vivre désormais sans certains de nos organes (rein, vésicule biliaire, végétation, etc.). Néanmoins, en cas de défaillance de notre cerveau, notre corps risque de peiner. Cet organe extraordinaire de notre tête, rien de moins que le centre de contrôle de notre corps, nous permet de faire l’expérience de notre mental.

On a souvent tendance, y compris en médecine, à séparer le corps de la tête. Or, ils demeurent intimement liés : nos pensées, nos sentiments, nos croyances ou nos attitudes affectent toujours positivement ou négativement la santé de notre corps. Maurice Bensoussan, président du Syndicat des psychiatres français et de l'Association française de psychiatrie, estime que cette connexion va plus loin encore : "L’enjeu reste de bien penser les liens entre l’âme et le corps. Des chercheurs en médecine nous poussent désormais à les unir et à considérer l’esprit en son entier, tant sous sa forme psychologique que somatique."

Cerveau gestionnaire des tâches

Le corps exécute, le cœur donne de l’énergie et le cerveau régule. Cet extraordinaire organe ne gère rien de moins que le système nerveux autonome (ou végétatif), responsable des fonctions automatiques de l’organisme (digestion, rythme cardiaque, transpiration, etc.). Au-delà de l’aspect technique, le cerveau ressent et transforme ce que vous vivez en émotion. Dès que vous éprouvez un sentiment ou une sensation, le cerveau transmet, à travers les neurones, une série de messages aux organes mobilisés. En cas d’urgence, par exemple, le cerveau envoie un signal vers les glandes surrénales (situées au-dessus des reins) qui sécrètent du cortisol. Cette hormone provoque des réactions physiques (accélération du rythme cardiaque, dilatation des pupilles, sudation, comportement d’attaque ou de fuite, etc.) jusqu'au moment où le cerveau, rassuré, l’arrête dès qu’il considère le danger comme terminé.

Si vous vous sentez moins bien dans votre tête, le corps risque de caler, assure Maurice Bensoussan : "Le côté psychologique prévaut sur le fonctionnement corporel. Parler de psychosomatique ne revient pas seulement à traduire une situation psychique en aléas corporelle. Certains ressentis profonds entraînent des pathologies physiques (infarctus du myocarde, hypertension). Il ne faut pas oublier notre environnement parfois toxique (pesticides, particules fines) qui provoque ou accentue des affections physiques (asthme, cancers)."

Le corps libère le cerveau

Écouter son corps et agir en pleine conscience aide considérablement le cerveau. Bouger défoule, manger équilibré apporte toute l’énergie nécessaire et dormir suffisamment régénère. Une posture droite, tête haute, rend de la fierté au cerveau qui le communique immédiatement au corps. Le sport délivre de l’adrénaline qui aide à mieux gérer le stress. L'exercice physique apporte les mêmes effets qu’un psychotrope altérant le fonctionnement du cerveau : il augmente les taux de sérotonine et de dopamine et nous permet de nous sentir mieux. "Prendre soin de soi, c’est une façon de prendre confiance", affirme Maurice Bensoussan. Pour le psychiatre, les négligences, le manque d’attention, fumer, boire ou prendre des toxiques détruit le cerveau. Il ne faut pas compter sur le plaisir de l’excès pour réparer les dégâts. "Je ne prône pas un bonheur mode d’emploi, nous devons veiller à garder une qualité de vie qui permet d’avoir un plaisir et des satisfactions. Mais il faut trouver un équilibre entre la réalité et les émotions", suggère le psychiatre.

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La tête motive le corps

Un bon système immunitaire protège le cerveau contre la plupart des symptômes psychologiques. Il existe également un autre "mini cerveau" dans le corps : l’intestin, disposant de millions de neurones, transmettant également de nombreux messages. En l’occurrence, beaucoup d’autres organes délivrent des signaux que le cerveau réinterprète. La tête doit faire le tri, encourager et motiver son corps. Maurice Bensoussan prend l’exemple du bébé qui apprend à marcher : "Bouger n’a rien de psychologique. Il s’agit d’un mécanisme à travailler. Mais si c’est la relation et l’échange que le bébé entretien avec son entourage qui permet d’activer cette fonction, en réalité il n’y a pas de vie possible pour un être coupé de ses proches."

Dans une étude publiée par l’université américaine de Pittsburgh en 2016, on apprend que "les plus grandes zones de connexions esprit-corps sont celles impliquées dans la cognition et l’affect. Grâce à ces connexions multiples, le cortex nous donnerait la possibilité de répondre au stress de façon un peu plus subtile (combattre ou fuir) qu’une créature primaire." En l’occurrence, l’étude confirme que notre mental joue sur la manière dont le corps évolue.

La médecine commence à en prendre la mesure : les mutuelles remboursent de plus en plus les consultations chez un psychologue, la sécurité sociale rembourse certaines activités physiques… La santé de la tête se conjugue avec celle du corps et nous ne devons pas négliger l’une ou l’autre.


Geoffrey Lopes

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