Santé sexuelle : une recrudescence du nombre d'IST constatée, notamment chez les plus jeunes

par Aurélie LOEK
Publié le 9 décembre 2022 à 18h44
JT Perso

Source : TF1 Info

Emmanuel Macron a annoncé la gratuité du préservatif pour les moins de 25 ans.
Une manière, selon lui, de faire face à une recrudescence d'infections sexuellement transmissibles, notamment chez les plus jeunes.
Ils seraient moins bien informés des risques liés aux IST.

Une "petite révolution de prévention", apposée à un large problème de santé public. En visite à Fontaine-le-Comte près de Poitiers, dans le cadre d'une session du Conseil national de la refondation consacrée à la santé des jeunes, Emmanuel Macron a annoncé la gratuité des préservatifs masculins pour les jeunes de 18 à 25 ans à partir du 1er janvier prochain. Une mesure que le président a justifiée par la hausse du nombre d'infections sexuellement transmissibles (IST), notamment chez les jeunes. 

Des augmentations marquées chez les jeunes

Selon les données de la présidence, on constate une recrudescence d'IST de 45% entre 2017 et 2019 pour les hommes de 15 à 29 ans. En France, le nombre d'infections à chlamydia a bondi de 29% entre 2017 et 2019, celui de gonococcies de 21%, selon Santé publique France. Des augmentations encore plus marquées pour les moins de 30 ans (pour la chlamydia, une hausse de 41% pour les femmes de 15-24 ans et de 45% pour les hommes de 15-29 ans).

Par ailleurs, ces dernières années, le nombre de nouveaux diagnostics d'infection au VIH n'a pas baissé en France, stagnant autour de 5 000 en 2021. Selon Santé publique France, 15% des personnes ayant découvert leur séropositivité en 2021 étaient âgées de moins de 25 ans, et la part de cette classe d'âge ne baisse pas depuis 2017.

On a des diagnostics de plus en plus fréquents

Eric Billaud, médecin et président du COREVIH au CHU de Nantes

"Ce sont effectivement les chiffres qu'on observe. Il y a surtout plus de Chlamydia chez les jeunes femmes de moins de 26 ans, on a des diagnostics de plus en plus fréquents", constate également auprès de TF1info Eric Billaud, président du comité de Coordination de la lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le virus de l'immunodéficience humaine (COREVIH) des Pays de la Loire et infectiologue au CHU de Nantes.

Leur détection est pourtant essentielle. Car si ces IST se manifestent parfois par des atteintes génitales, il est possible d'être porteur de la bactérie sans symptômes et de la transmettre par conséquent sans le savoir. Par ailleurs, sans traitement, ces maladies ont parfois des répercussions lourdes. La séquelle la plus grave est l'infertilité, plus souvent chez les femmes, mais aussi chez les hommes.

Une solution qui interroge encore

L'annonce de la gratuité du préservatif pour les moins de 25 ans peut donc pallier ce problème et a été salué par les acteurs engagés dans la prévention des IST. Cela n'a pas empêché certains de s'interroger sur la fourchette d'âge choisie. "Pourquoi pas avant 18 ans ? Nous savons que la vie sexuelle débute souvent avant cet âge", relève l'association AIDES. Interpellé à ce sujet, le chef de l'État a finalement annoncé l'élargissement de cet accès aux mineurs.

Les professionnels soulignent par ailleurs que la seule gratuité du préservatif ne suffit pas. Selon l'association AIDES, auprès de l'AFP, "il faut aussi rendre disponibles les autres outils de prévention, notamment la PrEP (prophylaxie pré-exposition)", qui consiste à prendre un médicament afin d'éviter de se contaminer et reste "peu connue chez les moins de 25 ans". "La prévention dans le domaine de la santé sexuelle ne se résume jamais à une seule action, c'est une combinaison de plusieurs possibilités qui permet d'obtenir une prévention efficace", note encore le docteur Eric Billaud.

La question de l'accessibilité est également critiquée, notamment par Sarah Durocher, présidente du Planning familial. "Aller dans une pharmacie, donner sa carte vitale, c'est pas de la gratuité, c'est une prise en charge. Et en fait, on sait combien c'est compliqué d'aller voir des professionnels de santé sur les questions de sexualité", souligne-t-elle auprès de TF1info, regrettant que l'État ne compte plus sur les associations pour distribuer les préservatifs, facilitant ainsi leur accessibilité.

Un "déficit d'informations dès l'école"

Par ailleurs, associations et professionnels de santé regrettent le manque d'informations apportées aux différents publics concernés. Selon le médecin Eric Billaud, la recrudescence d'IST s'explique par une "utilisation un peu moindre" du préservatif. "On constate que les jeunes ne sont plus inquiets par l'infection par le VIH, alors qu'il circule toujours et visiblement, ils connaissent moins bien qu'avant les risques liés aux pratiques sexuelles", souligne-t-il, "il y a déficit d'informations dès l'école". 

Ce constat est dressé par d'autres acteurs engagés dans la prévention des infections, alors que depuis les années 2000, les IST recommencent à augmenter dans les pays occidentaux, après un recul lors des 20 années précédentes dans le sillage de l'épidémie de sida. Mais si une loi, datant de 2011, rend obligatoire une information et une éducation à la sexualité dès l'école primaire, à raison d'au moins trois séances par an, celle-ci est encore très peu appliquée.

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Une enquête publiée en début d'année par le collectif féministe #NousToutes auprès de plus de 10.000 personnes le montre encore : les répondants disent n'avoir bénéficié "en moyenne que de 13%" du nombre de séances prévues, soit 2,7 au lieu de 21 sur l'ensemble de la scolarité.

Or ces temps sont importants pour le Planning familial, qui intervient à travers ses antennes partout en France, dans près de 3000 établissements. "C'est une génération qui est hyper informée via les réseaux sociaux, mais parfois, ils ont besoin d'espaces pour savoir ce qui est vrai et ce qui est faux. C'est pour cela qu'on pense qu'il est assez primordiale de pouvoir créer ces espaces-là via les séances d'éducation à la sexualité", appelle Sarah Durocher. Mi-septembre, le ministre de l'Éducation nationale, Pap Ndiaye avait déjà affirmé sa volonté de remettre ce sujet sur la table.


Aurélie LOEK

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